
L'Amour Trahi, Le Destin Refait
Chapitre 2
L'odeur de fumée âcre m'a réveillée. Ma première pensée a été pour mon ordinateur, là où étaient stockés des mois de travail, des algorithmes qui valaient une fortune. Puis la douleur fulgurante dans ma jambe m'a ramenée à la réalité. Plâtrée, immobile. Piégée.
Je me suis souvenue. L'accident de vélo il y a une semaine. Une voiture qui avait déboulé de nulle part, le choc, la douleur. Marc, mon mari, était à côté de moi, paniqué, désolé. Des larmes de crocodile.
Et puis, il y a deux jours, cette conversation. La dernière.
« Léa, je pars », avait-il dit, sans même me regarder. Il était en train de faire sa valise, pliant avec soin des chemises de luxe que je lui avais offertes.
« Partir ? Partir où ? Marc, ma jambe... J'ai besoin de toi. »
Il s'était enfin tourné vers moi, son beau visage de start-upper charismatique déformé par une sorte de pitié méprisante. « Je pars avec Chloé. Nous faisons le tour du monde. C'est... nécessaire pour moi, pour mon inspiration. Pour réparer le passé. »
Chloé. Son éternelle "muse". Une influenceuse mode dont la seule compétence était de poser devant des objectifs et de dépenser l'argent des autres. L'argent que j'avais généré. Les algorithmes de cybersécurité que j'avais créés, vendus par Marc sous son nom, avaient financé leur "inspiration".
« Réparer le passé ? Et notre mariage, Marc ? Dix ans de mariage, ce n'est rien ? »
« Dix ans... » Il a eu un petit rire sec. « Dix ans d'ennui, Léa. Tu es brillante, oui, mais tu es... prévisible. Tu ne me fais plus rêver. J'ai besoin de passion, de beauté. Chloé me l'apporte. »
Il avait claqué sa valise, s'était approché du lit où je gisais, impuissante. Il ne m'avait même pas embrassée. Juste une main posée sur mon épaule, froide comme la mort. « Soigne-toi bien. L'assurance couvrira tout. »
Et il était parti. Me laissant seule dans cet immense appartement, avec ma jambe cassée et un cœur en miettes.
La fumée devenait plus épaisse. Elle venait du salon. Des flammes léchaient déjà le bas de la porte de la chambre. J'ai compris. L'accident de vélo n'était pas un accident. Cet incendie non plus. Marc n'était pas parti en tour du monde. Il était en train d'effacer les traces, de simuler sa propre mort dans l'incendie, emportant sa femme handicapée avec lui. Un plan parfait pour un homme qui se voyait comme un génie. Un plan pour commencer une nouvelle vie avec sa muse et tout l'argent qu'il m'avait volé.
J'ai toussé, l'air devenait irrespirable. J'ai essayé de ramper, de me traîner vers la fenêtre, mais la douleur dans ma jambe était insupportable. Chaque mouvement était une torture. Les flammes ont fait éclater la porte. La chaleur était infernale.
Mon regard est tombé sur une photo encadrée sur la table de nuit. Marc et moi, le jour de notre mariage. J'étais si jeune, si naïve. Je le regardais avec des yeux pleins d'amour, persuadée d'avoir trouvé l'homme de ma vie. Un entrepreneur de génie, disait-on. Un génie de la manipulation et de l'exploitation, oui. Il avait bâti son empire, "Dubois Tech", sur mes idées, mon travail acharné, mes nuits blanches. Il prenait la gloire, je prenais les miettes.
La fumée a rempli mes poumons. Ma vision s'est brouillée. J'ai pensé à mes parents, à mon frère. Leur peine allait être immense. Ils aimaient Marc, ils le croyaient incapable de faire du mal à une mouche.
Ma dernière pensée a été une prière rageuse. Pas pour Dieu. Pour l'univers, pour n'importe quelle force qui pourrait m'entendre. Si seulement je pouvais recommencer. Si seulement je pouvais revenir en arrière, avant de le rencontrer. Je ne referais pas la même erreur. Je ne le laisserais pas me détruire. Je le détruirais avant. Je lui montrerais ce que c'est, un vrai génie.
Le crépitement du feu était la dernière chose que j'ai entendue. Puis, le silence. Le néant.
Et soudain, une lumière vive. Je me suis réveillée en sursaut, suffoquant, comme si je sortais d'une longue apnée. J'étais dans un lit étroit, inconfortable. Une odeur de renfermé et de paille flottait dans l'air. Ma jambe... ne me faisait plus mal. J'ai touché le plâtre. Il n'y en avait pas. J'ai bougé mes orteils. Aucune douleur.
J'ai regardé autour de moi. Ce n'était pas ma chambre luxueuse. C'était une petite pièce aux murs de terre, avec une unique ampoule nue qui pendait du plafond. Par la fenêtre, je voyais des champs à perte de vue. J'ai repéré un calendrier accroché au mur, un de ces calendriers de la poste avec des photos de chatons. La date était bien visible.
15 juin 2005.
2005. L'année de mes vingt ans. L'année avant ma rencontre avec Marc Dubois.
Un rire a secoué mon corps. Un rire fou, hystérique, plein de larmes et d'une joie sauvage. J'étais revenue. J'avais une seconde chance.
Cette fois, les choses seraient différentes. Je n'étais plus la jeune Léa Dupont, naïve et dévouée. J'étais une femme de trente-cinq ans, avec quinze ans de connaissances technologiques avancées dans la tête, et une haine aussi froide et dure que le diamant.
Marc Dubois, tu penses être un génie ? Tu n'as encore rien vu. Je vais construire mon propre empire. Je vais t'écraser, te ruiner, t'humilier. Je vais te reprendre tout ce que tu m'as volé, et bien plus encore.
Le succès n'est pas la meilleure des vengeances. La vengeance, c'est la meilleure des vengeances. Et la mienne sera spectaculaire.
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