
L'Amour Trahi, Le Destin Refait
Chapitre 3
Je me suis levée du lit, mes jambes un peu tremblantes mais solides. Je portais un pyjama usé en coton, celui que ma mère m'avait donné quand j'avais quitté la maison pour mes études. En 2005, j'étais encore étudiante, mais j'avais décidé de passer l'été à la campagne, chez mes grands-parents, pour aider aux récoltes. C'était une tradition familiale, une façon de rester connectée à nos racines modestes.
Je suis sortie de la petite chambre. La maison était simple, rustique, mais propre. L'odeur du café frais et du pain grillé venait de la cuisine. Ma grand-mère était là, son dos voûté penché au-dessus de la cuisinière à bois.
« Debout, ma chérie ? Tu as bien dormi ? » m'a-t-elle demandé avec un sourire chaleureux.
« Très bien, mamie. »
Sa simple présence, sa bienveillance, m'ont submergée. Dans ma vie précédente, après mon "succès", je les avais un peu délaissés, trop occupée par Marc et son monde superficiel. Une vague de culpabilité m'a traversée. Cette fois, je ne les négligerais pas. Ma famille était mon ancre, la seule chose qui comptait vraiment.
Mon grand-père est entré, portant un seau de lait frais. Il m'a ébouriffé les cheveux. « Alors la citadine, prête pour une journée aux champs ? Faut pas perdre la main ! »
J'ai souri, un vrai sourire cette fois. « Plus que prête, pépé. »
Après le petit-déjeuner, nous sommes sortis. Le soleil de juin était déjà chaud. Le travail était dur, physique. Récolter les légumes, porter des caisses lourdes... Mon corps, habitué à des heures assises devant un écran, protestait. Les muscles me brûlaient, la sueur coulait sur mon front. Mais cette fatigue était saine, réelle. Elle me lavait de l'intérieur, chassant les derniers vestiges du cauchemar de l'incendie.
En fin d'après-midi, alors que je rentrais des champs, je l'ai vu. Marc Dubois. Il était là, au milieu d'un groupe de jeunes du village. En 2005, il n'était pas encore le grand entrepreneur. Il était le fils du maire, un jeune homme charismatique qui passait ses vacances à la campagne et se faisait passer pour un "homme du peuple".
Il portait un jean de marque et un polo impeccable, complètement déplacés au milieu des tenues de travail des autres. Il ne travaillait pas, bien sûr. Il parlait, gesticulait, charmait son auditoire avec de grands discours sur l'avenir, la technologie, le progrès. Les mêmes discours qu'il me servirait un an plus tard.
Je me suis arrêtée, cachée derrière un arbre, et je l'ai observé. Il était jeune, son visage n'avait pas encore la dureté que je lui connaîtrais plus tard. Mais l'arrogance était déjà là, dans la façon dont il se tenait, dans le sourire condescendant qu'il adressait à ceux qui l'écoutaient avec admiration.
À côté de lui, Chloé Leclerc était suspendue à ses lèvres. Elle aussi passait ses étés ici. Elle était déjà belle, vêtue d'une petite robe d'été qui mettait en valeur son bronzage parfait. Elle le regardait avec la même adoration vide que dans le futur. Ils étaient déjà un duo, le "génie" et sa "muse".
Dans ma première vie, j'avais été fascinée par lui. J'avais cru à ses belles paroles. J'avais vu en lui un visionnaire. Aujourd'hui, je ne voyais qu'un manipulateur narcissique, un parasite qui se nourrissait du talent des autres.
J'ai ressenti une bouffée de dégoût. Pas de la haine, non, c'était trop passionné. Juste un froid mépris. Il était pathétique.
Je me suis détournée et j'ai continué mon chemin vers la maison. Ce soir-là, au dîner, mon frère et sa femme sont venus avec leur fille, ma nièce, qui n'était alors qu'un bébé. Le repas était simple, joyeux. On parlait de la récolte, du temps, des petites nouvelles du village.
Ma mère m'a regardée, un peu inquiète. « Tu es silencieuse ce soir, Léa. Quelque chose ne va pas ? C'est le travail qui te fatigue ? »
Avant, j'aurais minimisé, j'aurais dit que tout allait bien. Pas cette fois.
« Non, maman. Je réfléchissais. Je pense que je ne vais pas retourner à l'université à la rentrée. »
Un silence de plomb est tombé sur la table. Mon père a froncé les sourcils. « Comment ça ? Mais... tes études d'ingénieur ? C'est tout ce que tu voulais. »
« Je veux monter ma propre entreprise. Ici. Dans la technologie. »
Mon frère a éclaté de rire. « Une entreprise de technologie ? Ici, au milieu de nulle part ? Léa, tu as pris un coup de soleil ou quoi ? »
« Je suis sérieuse », ai-je dit, mon ton calme et déterminé les a surpris. « Je sais exactement ce que je dois faire. J'ai des idées. Des idées qui vont changer beaucoup de choses. Et je n'ai pas besoin d'un diplôme pour ça, j'ai besoin de temps et de liberté. »
J'ai regardé chacun d'entre eux. « Et je n'ai besoin de personne pour me dire ce que je vaux. Surtout pas d'un homme qui parle beaucoup mais ne fait rien. » C'était une pique directe contre Marc, même s'ils ne pouvaient pas le savoir.
Ils étaient stupéfaits. La Léa qu'ils connaissaient était douce, studieuse, presque timide. Cette femme qui leur parlait était différente. Décidée. Implacable.
Mon père a finalement hoché la tête. « Si c'est ce que tu veux, Léa... on te soutiendra. On t'a toujours fait confiance. »
Ce soir-là, dans mon petit lit, je n'ai pas pensé à Marc ou à Chloé. J'ai pensé à l'avenir. Un avenir où je serais la seule maîtresse de mon destin. J'ai sorti un carnet et j'ai commencé à écrire. Des lignes de code, des schémas d'architecture de sécurité, des plans de business. Tout était là, clair dans ma tête. L'empire Dubois Tech n'existait pas encore. J'allais construire le mien sur ses ruines avant même qu'il ne pose la première pierre.
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