
L'Amour Sous Contrainte
Chapitre 2
Je n'aurais jamais dû répondre à cet appel.
Mon petit frère Paul, la voix tremblante, m'a suppliée de venir le chercher au club de tennis.
« Léa, il y a quelqu'un qui m'embête. »
Cette simple phrase a suffi.
J'ai quitté mon bureau en plein milieu d'une réunion, laissant mes collaborateurs avec des yeux ronds.
Mon père, l'ancien Premier Ministre, m'a toujours dit que j'avais un instinct protecteur surdéveloppé, surtout envers Paul.
Il avait raison.
Quand je suis arrivée, j'ai vu Paul, acculé contre un mur, l'air terrifié.
Face à lui, un homme grand, en tenue de sport impeccable, lui parlait avec un sourire que je n'ai que trop bien connu. Un sourire arrogant.
Marc Lefevre.
Mon cœur s'est serré. Pas de surprise, mais de colère pure.
Lui. Après toutes ces années.
« Laisse-le tranquille. »
Ma voix était froide, tranchante.
Marc s'est retourné lentement, son sourire s'élargissant en me voyant.
« Léa Dubois. Toujours la même. Prête à bondir pour défendre les plus faibles. »
Je me suis approchée, me plaçant entre lui et mon frère.
« Et toi, toujours le même. Un lâche qui s'en prend aux plus jeunes. »
Nos pères étaient amis, puis rivaux politiques. Nos familles, deux des plus influentes du pays.
Lui, le fils de la Ministre des Finances, petit-fils de l'ancienne Présidente.
Moi, la fille de l'avocat le plus respecté du pays, ancien chef du gouvernement.
Nous avions grandi ensemble, une enfance faite de compétition, de coups bas et d'une étrange camaraderie qui s'était évaporée avec l'adolescence.
Je me souviens encore de ce jour, à nos douze ans, où il avait mis un serpent en plastique dans mon casier. Pour me venger, j'avais remplacé son shampoing par de la teinture rose. Il avait dû aller à un gala officiel avec les cheveux couleur barbe à papa.
Nos familles avaient ri. Nous, nous nous étions juré une guerre éternelle.
Puis il était parti. Quatre ans à l'étranger, dans les meilleures universités, pour soi-disant parfaire son éducation.
J'avais savouré la paix.
Mais il était de retour, et il n'avait pas changé. Non, il avait empiré.
Il était plus grand, plus musclé. Le garçon dégingandé que je connaissais avait laissé place à un homme. Un homme dont le charme était une arme dangereuse. Ses cheveux noirs étaient coupés court, ses yeux sombres brillaient d'une intelligence moqueuse.
Il a ignoré mon insulte et a regardé Paul.
« Ton frère me doit de l'argent. Un pari sur le match. »
Paul a bafouillé.
« Ce n'était que vingt euros... »
Marc a ri.
« Ce n'est pas une question d'argent, petit. C'est une question de principe. »
J'ai sorti mon portefeuille et lui ai jeté un billet de cinquante.
« Prends ça et fiche-lui la paix. »
Il n'a même pas regardé le billet tomber à ses pieds.
Son regard était fixé sur moi.
« Ce n'est pas ton argent que je veux, Léa. »
Juste à ce moment-là, une voix mielleuse a percé l'air tendu.
« Marc, mon chéri ! Je te cherchais partout. »
Chloé Bernard.
La fille du principal rival politique de mon père. Sophistiquée, belle, et connue dans tout Paris pour être la perfection incarnée. Elle était l'opposé de moi. Là où j'étais impulsive et directe, elle était calculatrice et douce en apparence.
Elle s'est glissée au bras de Marc, me lançant un regard triomphant.
« Léa, quelle surprise de te voir ici. Tu ne fréquentes pas habituellement ce genre d'endroit. »
Sous-entendu : un endroit trop chic pour une brute comme moi.
J'ai serré les poings.
« Je venais récupérer mon frère, que ton... ami importunait. »
Chloé a fait une moue adorable.
« Oh, Marc, tu ne dois pas être si méchant. Allons, laisse-les. Maman nous attend pour le dîner. »
Elle a tiré sur son bras, s'attendant à ce qu'il la suive comme un petit chien.
Mais Marc n'a pas bougé.
Il a délicatement retiré son bras de l'étreinte de Chloé.
« Tu peux y aller sans moi, Chloé. Dis à ta mère que j'ai quelque chose de plus important à faire. »
Le visage de Chloé s'est décomposé. L'humiliation était publique, plusieurs membres du club nous observaient.
Elle a bredouillé quelque chose et est partie, la tête haute mais les joues rouges.
Je n'ai pas eu le temps de savourer cette petite victoire.
Marc s'est de nouveau tourné vers moi.
Il a fait un pas en avant, envahissant mon espace personnel.
Son odeur, un mélange de savon cher et de quelque chose de purement masculin, m'a frappée.
Il a baissé la voix pour que seul moi puisse l'entendre.
« Ce n'est pas ton frère que je suis venu chercher, Léa. C'est toi. »
Mon cœur a raté un battement.
« Qu'est-ce que tu racontes ? »
Son sourire est revenu, mais cette fois, il y avait quelque chose de différent. Moins d'arrogance, plus de... quelque chose que je n'arrivais pas à identifier.
« Tu m'as manqué. »
Et sur ces mots, il a ramassé le billet de cinquante euros, me l'a glissé dans la poche de ma veste, et est parti, me laissant là, tremblante de rage et de confusion.
Paul m'a tiré la manche.
« Ça va, Léa ? »
Non. Ça n'allait pas du tout.
Marc Lefevre était de retour, et j'avais le sentiment que mes ennuis ne faisaient que commencer.
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