
L'Amour Sous Contrainte
Chapitre 3
Le lendemain matin, j'ai essayé d'oublier l'incident.
J'ai essayé de me convaincre que ses dernières paroles n'étaient qu'une provocation de plus.
Mais son sourire, son regard, restaient gravés dans mon esprit.
Cette sensation étrange dans ma poitrine quand il s'était approché... je la détestais.
J'étais en train de plaider une affaire compliquée au cabinet quand mon père m'a appelée sur ma ligne directe.
« Léa, rentre à la maison. Immédiatement. »
Son ton était grave. Il n'utilisait jamais ce ton, sauf en cas de crise nationale.
J'ai laissé mon associé prendre le relais et j'ai foncé.
Je l'ai trouvé dans son bureau, le visage fermé. Face à lui, assise dans un des fauteuils en cuir, se tenait une femme que je n'avais pas vue depuis des années.
Madame Lefevre. La mère de Marc. La Ministre des Finances.
Une femme de pouvoir, froide et calculatrice.
Elle m'a souri, un sourire qui n'atteignait pas ses yeux.
« Léa, ma chère. Tu es devenue une très belle jeune femme. »
J'ai ignoré le compliment.
« Que se passe-t-il ? »
Mon père s'est levé.
« Nous avons un problème. Un gros problème. La coalition au gouvernement est fragile. Le parti de Bernard menace de tout faire tomber si nous ne lui cédons pas plusieurs ministères clés, dont la Justice. »
Le père de Chloé. Bien sûr.
« Et alors ? Ce sont les risques de la politique. »
Madame Lefevre a pris la parole, sa voix douce mais ferme.
« Ce n'est pas si simple. Si Bernard obtient ce qu'il veut, il aura accès à des dossiers qui pourraient... nuire à de nombreuses personnes. Y compris à ta famille, Léa. Et à la mienne. »
Je commençais à comprendre.
« Vous voulez une alliance. »
Mon père a hoché la tête.
« Une alliance forte. Indiscutable. Une démonstration de force qui coupera l'herbe sous le pied de Bernard. L'union de nos deux familles. »
Un silence glacial a rempli la pièce.
Je sentais le piège se refermer.
Madame Lefevre a continué.
« Bernard a tenté de nous approcher. Il a proposé un mariage entre Marc et sa fille, Chloé. Pour sceller leur propre alliance. »
J'ai failli rire.
« Eh bien, qu'attendez-vous ? C'est la solution parfaite ! Chloé serait ravie. Et ça nous débarrasserait de Marc. Tout le monde est gagnant. »
J'essayais de paraître détachée, mais mon cœur battait la chamade. L'idée de Marc marié à cette pimbêche me provoquait une réaction physique désagréable.
Madame Lefevre a eu un petit sourire.
« C'est une idée charmante, ma chère. Mais il y a un léger problème. »
Elle a posé une tasse de thé avec un bruit sec.
« Chloé Bernard est déjà fiancée. En secret. Avec un duc allemand. Son père comptait rompre les fiançailles si notre accord se faisait. Mais la nouvelle vient de fuiter dans la presse. C'est un scandale. »
Un duc allemand ? Je n'ai pas pu retenir un ricanement. Chloé avait toujours eu des ambitions démesurées.
Mon soulagement a été de courte durée.
Madame Lefevre m'a regardée droit dans les yeux.
« Ce qui nous amène à la seule solution viable. La seule qui ait assez de poids pour calmer le jeu. »
Mon père avait l'air misérable.
« Léa... »
Madame Lefevre a coupé la parole à mon père.
« Marc va t'épouser. »
J'ai éclaté de rire. Un rire nerveux, incrédule.
« Vous êtes folle. Jamais. Plutôt mourir. »
« Ce n'est pas une demande, Léa. C'est une nécessité. »
Sa voix était devenue dure comme de l'acier.
« Nos familles ont besoin de cette union. Le pays en a besoin. »
Mon père a enfin parlé, sa voix basse.
« J'ai refusé, Léa. J'ai dit que je ne t'imposerais jamais ça. »
Un éclair de gratitude a traversé ma colère.
Mais Madame Lefevre n'avait pas dit son dernier mot.
« C'est pourquoi j'ai pris les devants. »
Elle a sorti un document de son sac à main et l'a posé sur la table.
« Il y a une vieille loi, rarement utilisée, qui permet aux familles fondatrices de sceller des alliances par des contrats de fiançailles approuvés par décret présidentiel pour raison d'État. J'ai... réactivé un ancien accord qui avait été signé par nos grands-parents. »
Elle a poussé le papier vers moi.
C'était un décret officiel, signé par la Présidente de la République – la grand-mère de Marc.
Il annonçait les fiançailles de Monsieur Marc Lefevre et de Mademoiselle Léa Dubois.
Daté de ce matin.
Le sol s'est dérobé sous mes pieds.
« Vous n'aviez pas le droit. »
« Oh si, ma chère. Pour la stabilité de la nation, j'ai tous les droits. »
J'ai regardé mon père, espérant un démenti. Il a juste baissé la tête.
« C'est légal, Léa. Contestable, mais légal. »
Je me suis levée, tremblante.
« Je refuse. Je vais organiser une conférence de presse. Je vais tout déballer. »
Madame Lefevre n'a pas cillé.
« Fais ça. Et tu détruiras la carrière de ton père, tu affaibliras le gouvernement et tu plongeras le pays dans une crise. Tout ça par caprice. Es-tu si égoïste ? »
Le mot "égoïste" m'a touchée en plein cœur.
Je me suis tournée vers la porte.
« Où est-il ? Où est votre lâche de fils ? Il est d'accord avec cette... cette monstruosité ? »
Comme pour répondre à ma question, la porte du bureau s'est ouverte.
Marc était là, appuyé contre l'encadrement, les bras croisés.
Il n'avait pas l'air surpris. Il avait l'air... résigné.
Je me suis précipitée vers lui.
« Dis-leur que c'est ridicule ! Dis-leur que tu refuses ! »
Il m'a regardée, son expression indéchiffrable.
« Je ne peux pas, Léa. »
« Pourquoi ? Tu me détestes autant que je te déteste ! »
Un long silence.
Il a fini par répondre, sa voix si basse que j'ai à peine entendu.
« C'est là que tu te trompes. »
Il a ensuite regardé sa mère, puis mon père.
« C'est d'accord. J'accepte. »
J'ai senti mes genoux flageoler.
J'étais piégée. Fiancée à mon pire ennemi.
Et le pire, c'est qu'il ne semblait même pas s'en plaindre.
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