
L'Amour, Cette Douce Prison
Chapitre 2
La sirène de la police hurlait encore au loin, un son strident qui se mêlait au battement affolé de mon cœur.
Sophie était blottie contre moi, tremblante. Ses sanglots étaient étouffés contre ma chemise, que je sentais devenir humide.
« C'est fini, mon amour, c'est fini », je murmurais en lui caressant les cheveux. « Ils sont partis. Tu es en sécurité. »
Elle leva vers moi un visage baigné de larmes, ses grands yeux bleus remplis d'une terreur qui me tordait les entrailles.
« Antoine... J'ai eu si peur. S'ils t'avaient fait du mal... »
Je l'ai serrée plus fort.
« Je ne les aurais jamais laissés te toucher. »
Le braquage avait été rapide, brutal. Deux hommes masqués, surgis de nulle part dans la ruelle sombre alors que nous rentrions du restaurant. Ils voulaient son sac, sa montre. Je m'étais interposé, sans réfléchir. Il y avait eu une bousculade, des cris. J'avais reçu un coup à la mâchoire qui me lançait encore, mais ils avaient fini par fuir avec mon portefeuille, laissant le sac de Sophie par terre.
Ma sœur, Isabelle, est arrivée en courant, alertée par mes cris. Elle s'est jetée sur Sophie, l'enlaçant.
« Mon Dieu, vous allez bien ? Antoine, tu es blessé ? »
Sa voix était pleine d'une panique que je connaissais bien, celle de la grande sœur protectrice.
« Ça va, juste un bleu », je l'ai rassurée. « Le plus important, c'est que Sophie n'a rien. »
Les policiers prenaient nos dépositions. Tout était flou. Le chaos, la peur, puis le soulagement. Je regardais Sophie, si fragile, et Isabelle, si forte et si présente pour nous. Dans ce moment de crise, je ressentais une vague d'amour et de gratitude pour elles. Elles étaient mon monde.
C'est à ce moment-là que mon téléphone a vibré dans ma poche. Une notification. Je l'ai ignoré. Probablement un message d'un ami qui avait entendu la nouvelle.
Puis il a vibré à nouveau. Et encore.
Agacé, je l'ai sorti. Ce n'était pas un SMS. C'était une série de notifications provenant d'une application que je ne me souvenais pas avoir installée. Une icône noire, sans nom.
L'écran affichait des lignes de texte blanc.
J'ai froncé les sourcils. Qu'est-ce que c'était que cette blague ?
Mon souffle s'est coupé. J'ai relu les lignes, encore et encore. C'était impossible. Une sorte de virus, un canular de très mauvais goût. J'ai secoué la tête pour chasser ces mots absurdes.
J'ai levé les yeux. Sophie était en train de raconter sa version des faits à un policier, la voix tremblante. Isabelle avait un bras autour de ses épaules, lui lançant des regards pleins de compassion. Elles semblaient si authentiques.
Mon téléphone a vibré une dernière fois.
Le monde a basculé. Le son des sirènes s'est estompé, remplacé par un bourdonnement sourd dans mes oreilles. La douleur à ma mâchoire a disparu, remplacée par une sensation de froid glacial qui se propageait dans mes veines.
Jean-Luc. Mon meilleur ami. Mon ami d'enfance.
Je l'ai appelé il y a deux jours pour lui parler d'un investissement important. Il m'avait dit de prendre mon temps, d'être prudent. Isabelle m'avait conseillé la même chose, ajoutant que je devais m'assurer d'avoir la tête froide pour prendre une telle décision.
Maintenant, tout prenait un sens monstrueux.
Je les ai regardées à nouveau. Leurs visages, leurs gestes, leurs larmes. Tout n'était qu'une pièce de théâtre. Un spectacle dont j'étais le seul spectateur et la seule victime. Le coup que j'avais reçu, la peur que j'avais ressentie... c'était le prix du billet.
Un policier s'est approché de moi.
« Monsieur Dubois, tout va bien ? Vous êtes très pâle. »
J'ai essayé de parler, mais aucun son n'est sorti. Que pouvais-je dire ? "Bonjour Monsieur l'agent, je crois que je viens de lire le script de ma propre vie et il s'avère que c'est une arnaque."
Je me sentais piégé. J'étais le héros de la soirée. Le fiancé courageux. Le frère sur qui on peut compter. Si je criais à la trahison maintenant, on me prendrait pour un fou. On dirait que le choc m'avait fait perdre la tête. Et elles, les pauvres victimes, devraient en plus gérer ma crise de paranoïa.
Elles avaient tout prévu.
Une vague de nausée m'a submergé. J'ai regardé ma main. Elle ne tremblait même pas. C'était pire que ça. Je me sentais déconnecté de mon propre corps.
L'ironie de la situation était presque comique. J'étais là, au milieu de ce décor de crime parfaitement orchestré, et la seule preuve que j'avais de la supercherie était une série de messages surréalistes sur mon téléphone.
Une pensée absurde m'a traversé l'esprit.
Si je leur montrais le téléphone, est-ce qu'elles avoueraient ? Ou est-ce que le script prévoyait aussi un acte où elles s'inquiéteraient pour ma santé mentale ?
Je savais déjà la réponse.
J'ai glissé le téléphone dans ma poche. J'ai respiré profondément, essayant de calmer le chaos en moi. J'ai regardé Sophie, qui me souriait faiblement à travers ses larmes.
« Viens, on rentre à la maison », a-t-elle dit d'une voix douce.
J'ai hoché la tête, un automate. Pour la première fois de ma vie, en la regardant, je n'ai ressenti absolument rien. Juste un vide immense et effrayant.
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