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Couverture du roman L'amour bâti sur des mensonges tus

L'amour bâti sur des mensonges tus

Privée d'audition après le sacrifice de ses parents, Éléonore voit son existence basculer quand ses sens lui reviennent. Elle découvre l'atroce réalité : Bastien, son protecteur dévoué, n'est qu'un manipulateur cruel qui orchestre ses souffrances avec sa complice Astrid. Face à cette trahison perverse, la jeune femme refuse de rester une proie. Elle simule un acte désespéré en sautant du troisième étage pour briser l'image de son bourreau et entamer sa propre renaissance.
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Chapitre 2

Point de vue d'Éléonore :

M. Martin, le professeur de français, un homme dont la patience semblait habituellement sans limites, scrutait maintenant l'antisèche froissée, les sourcils froncés. La tension dans la pièce était épaisse, suffocante.

« Éléonore », dit-il, sa voix étonnamment douce, mais ferme. « C'est à vous ? » Il poussa le papier plus près de moi.

Je serrai mon stylo, les jointures blanches. Ma gorge était sèche, un désert. Je ne pouvais pas parler, pas à voix haute, pas encore. Mon silence, une habitude de dix ans, était à la fois ma prison et mon bouclier. Je me contentai de fixer l'antisèche, puis lui.

« Éléonore », répéta-t-il, sa voix s'élevant légèrement, une pointe de frustration s'y glissant. « J'ai besoin d'une réponse. Est-ce votre papier ? Avez-vous triché ? »

Il ne savait pas. Il ne savait rien de l'incendie, du traumatisme, du silence qui avait englouti ma voix. Il voyait juste une élève désobéissante. C'était un récit familier, dont j'étais lasse.

Son visage rougit, une veine palpitant sur sa tempe.

« Votre silence n'aide pas votre cas, jeune fille ! »

Il se dirigea vers son bureau, décrochant le téléphone.

« J'appelle votre professeure principale, Madame Fournier. »

Les mots sonnèrent comme un glas, signalant l'escalade inévitable.

La voix d'Astrid, un murmure malveillant, trancha le silence tendu.

« Regardez-la, la petite muette. Même pas capable de se défendre. Probablement trop occupée à s'entraîner à avoir l'air innocente devant tout le monde. C'est juste un cas social tragique, n'est-ce pas, Éléonore ? »

Une vague de ricanements ondula dans la classe. Le son était comme un millier de petites aiguilles piquant ma peau. Mon visage brûlait. Mon regard se darda sur Bastien, un appel désespéré à l'aide, au sauvetage, au protecteur qu'il était autrefois.

Le visage de Bastien était sombre, une tempête se préparant derrière ses yeux. Il foudroya Astrid du regard, une menace silencieuse qui la faisait habituellement se recroqueviller. Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, elle se contenta de sourire narquoisement.

L'amère vérité s'installa dans mes entrailles : ce n'était qu'un autre acte, une autre scène de leur pièce tordue. Leur « jeu » pour me faire pleurer battait son plein, et Bastien jouait son rôle à merveille.

Mme Fournier, ma professeure principale, entra en trombe, le visage empreint d'inquiétude, mais aussi d'une pointe d'exaspération. La scène était déjà un désastre. Tout le monde regardait, chuchotait.

« Bastien », dit Mme Fournier, la voix tendue. « Peux-tu demander à Éléonore ce qui s'est passé ? S'il te plaît ? » Elle le regarda, puis moi, les yeux remplis d'un mélange de pitié et d'urgence.

Bastien se leva, ses mouvements raides, presque hésitants. Il se dirigea vers mon bureau, le dos à la classe, ses mains se mouvant dans les gestes familiers et fluides de la langue des signes. *Éléonore, as-tu triché ?* Ses yeux, je le remarquai, évitaient soigneusement les miens. Il jouait la comédie, encore une fois.

J'observais ses mains, son visage, les changements subtils de sa posture. Il avait l'air le même, mais tout semblait différent. Ses mains, autrefois source de réconfort, me semblaient maintenant un conduit pour la trahison. Les souvenirs de sa gentillesse passée, de son enseignement patient, me submergèrent, une blague cruelle.

Il se tourna vers Mme Fournier, le dos toujours partiellement tourné vers moi.

« Elle... elle l'admet », dit-il, la voix basse, mais assez claire pour que tout le monde l'entende. « Elle a triché. »

Mon cœur s'arrêta. Le monde se mit à tourner. Il ne m'a même pas regardée. Il leur a juste dit. La trahison fut si soudaine, si absolue, qu'elle me coupa le souffle.

Mais alors, une étincelle de quelque chose s'enflamma en moi. Une résolution froide et dure. Je ne le laisserais pas gagner leur jeu. Je ne le laisserais pas me briser. Pas comme ça.

Je me levai, repoussant ma chaise avec un grincement sonore qui fit sursauter tout le monde. Je regardai Bastien, puis Mme Fournier, et hochai la tête. Lentement, délibérément, je hochai la tête. Oui.

Les yeux de Bastien s'écarquillèrent, un éclair de confusion authentique sur son visage. Il secoua la tête, un *Non* silencieux, mais je l'ignorai. C'était mon jeu maintenant.

Je saisis mon cahier, en arrachai une page neuve et écrivis en lettres grasses et claires : « J'ai triché. Je suis désolée. » Puis je le tendis à Mme Fournier. Les mots étaient un mensonge, mais l'acte était ma vérité.

Le visage de Mme Fournier se durcit, ses lèvres se pressant en une ligne fine. Elle me prit le bras, sa poigne ferme, et me fit sortir de la classe. Les chuchotements nous suivirent, un chœur de jugement.

Astrid, observant depuis son bureau, semblait sincèrement surprise. Son sourire suffisant vacilla, remplacé par un éclair momentané d'incrédulité. Mon aveu l'avait déroutée.

Bastien, toujours debout près de mon bureau, vacilla légèrement. Ses épaules s'affaissèrent. Un frisson parcourut son corps, une ondulation visible de détresse. Bien. Qu'il le sente.

Le résultat fut rapide. Ma note d'examen fut annulée, un gros zéro, mais on m'épargna un dossier disciplinaire formel. Mme Fournier, j'appris plus tard, s'était battue pour moi dans le bureau du proviseur, se portant garante de mon caractère, de la fille calme et studieuse qu'elle pensait que j'étais.

Je me tenais devant le bureau, le soleil de l'après-midi chaud sur ma peau, mais je ne sentais qu'un froid glacial. Le monde, si vibrant quelques instants auparavant, semblait maintenant terne, assourdi.

Mon cœur martelait avec une nouvelle sorte de résolution. Leur jeu s'arrête maintenant. Je me le jurai, un vœu silencieux gravé dans mon être même.

On me permit de retourner en classe. Astrid, en me voyant, se mit immédiatement à marmonner : « Tricheuse, tricheuse, mangeuse de citrouilles », à voix basse, une raillerie enfantine. Quelques autres se joignirent à elle, leurs voix un bourdonnement bas et moqueur.

Bastien se leva d'un bond, le visage comme un nuage d'orage. Il se dirigea vers le bureau d'Astrid, y abattit sa main, et en signes secs et saccadés : *Tais. Toi.* Puis il vint à mon bureau, repoussant ma chaise. Il signa : *Ça va ?* Ses mains étaient douces, ses yeux remplis d'une inquiétude feinte.

Je me souvins comment son contact me faisait me sentir en sécurité, protégée. Ses mains signant ces mots familiers, *Ça va ?* C'était un rituel, un baume. Mais maintenant, ce n'étaient que des gestes vides, un théâtre de sympathie.

Je signai en retour, mécaniquement : *Je vais bien.* Mes mains bougeaient, mais mon cœur restait immobile, gelé.

Le reste de la période d'examen se passa dans un calme précaire. Je pouvais sentir le regard de Bastien sur moi, lourd et constant, mais je refusai de croiser ses yeux.

Après la sonnerie, alors que nous rassemblions nos affaires, je lui signai : *Toujours partant pour la fac à Londres ?* C'était un test, une confirmation finale de l'avenir que nous avions planifié, un avenir qui semblait maintenant impossible.

Il n'hésita pas. *Bien sûr. On a toujours dit qu'on le ferait.* Sa réponse fut immédiate, confiante, comme si rien n'avait changé.

Je hochai la tête, un mouvement petit, presque imperceptible. Puis je me tournai et me dirigeai directement vers le bureau de Mme Fournier.

Je pris les formulaires d'inscription à l'université, mes doigts traçant les lignes vierges. Je remplis une nouvelle demande, une nouvelle université, une nouvelle ville : Paris, où vivait mon oncle. Mon cœur battait à un rythme de défi.

Non, Bastien. Nous n'irons pas ensemble. Nos chemins, autrefois entrelacés, divergeaient maintenant de manière irrévocable.

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