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Couverture du roman L'amour bâti sur des mensonges tus

L'amour bâti sur des mensonges tus

Privée d'audition après le sacrifice de ses parents, Éléonore voit son existence basculer quand ses sens lui reviennent. Elle découvre l'atroce réalité : Bastien, son protecteur dévoué, n'est qu'un manipulateur cruel qui orchestre ses souffrances avec sa complice Astrid. Face à cette trahison perverse, la jeune femme refuse de rester une proie. Elle simule un acte désespéré en sautant du troisième étage pour briser l'image de son bourreau et entamer sa propre renaissance.
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Chapitre 1

Pendant dix ans, mon monde a été silencieux. Bastien était mon protecteur, ma voix, mon tout, me protégeant d'un univers que je ne pouvais plus entendre depuis que mes parents étaient morts en le sauvant.

Mais quand une nouvelle, Astrid, est arrivée et a déclenché une guerre cruelle contre moi, j'ai soudainement retrouvé l'ouïe, seulement pour découvrir l'horrible vérité. Bastien n'était pas mon protecteur ; il était le cerveau de l'opération.

« Il adore te voir te tortiller », ricana Astrid, sa voix un murmure venimeux que je pouvais maintenant entendre à la perfection. « Il m'a dit que ça l'excitait. Il déteste ton visage inexpressif. »

Leur jeu pervers était de faire pleurer « l'impassible Éléonore ». Ma douleur était leur divertissement. Le garçon en qui j'avais confiance, la famille que j'aimais, tout cela reposait sur un socle de culpabilité et de tromperie.

Il pensait que j'étais une victime silencieuse et sans défense qu'il pouvait contrôler. Il pensait que je supporterais sa trahison pour toujours.

Il avait tort.

Alors, j'ai sauté par la fenêtre du troisième étage, orchestrant un « suicide » public pour exposer leurs crimes. Tandis que le monde sombrait dans le chaos et que sa vie parfaite volait en éclats, je savais que ma véritable histoire ne faisait que commencer.

Chapitre 1

Point de vue d'Éléonore :

Le murmure a commencé dans le couloir, un bourdonnement de voix qui vibrait à travers le plancher et montait dans ma poitrine. C'était comme un grondement sourd, un son que je remarquais à peine désormais, mais le vif éclat de lumière a attiré mon œil. Astrid Moreau, la nouvelle, se tenait au milieu de la cantine, ses cheveux rouge vif un phare dans la grisaille de l'après-midi. Elle regardait Bastien. Tout le monde le regardait.

La voix d'Astrid perça le bruit, un son aigu et clair qui, d'une manière ou d'une autre, transperça le silence dans lequel je vivais habituellement.

« Bastien Leclerc », déclara-t-elle, les bras grands ouverts comme si elle était sur scène. « Tu me plais. Vraiment beaucoup. »

Mon plateau-repas semblait lourd dans mes mains, un poids mort. J'ai observé Bastien, son visage un masque de surprise, puis quelque chose de plus froid. Son regard a glissé vers moi, un coup d'œil rapide, presque imperceptible, avant de se poser à nouveau sur Astrid.

« T'es une merde », dit Bastien, sa voix plate, dénuée de toute chaleur. Les mots restèrent en suspens dans l'air, lourds et brutaux. « Éléonore est pure. Tu n'as rien à voir avec elle. »

Un hoquet de stupeur ondula dans la foule. Le sourire éclatant d'Astrid s'évanouit, remplacé par une rage sombre et bouillonnante. Ses yeux, d'habitude pétillants de malice, devinrent froids et durs. Elle s'approcha de Bastien, sa voix s'abaissant en un murmure dangereux qui, pourtant, me fit dresser les poils sur les bras.

« Tu le regretteras, Bastien Leclerc. »

Puis son regard se posa sur moi, un regard venimeux qui promettait la destruction.

« Et toi », articula-t-elle, une menace silencieuse qui hurlait plus fort que n'importe quelle parole.

Avant qu'Astrid ne puisse bouger, Bastien était déjà là, un mur entre nous. Il ne me toucha pas, mais sa présence était un bouclier. Sa main se posa sur sa propre poitrine, le signe familier pour « à moi », puis il pointa un doigt accusateur vers Astrid, un avertissement clair. C'était un geste que je connaissais, un geste qui m'avait toujours fait me sentir en sécurité. Un instant, le poids lourd dans ma poitrine s'allégea.

Le surveillant de la cantine, M. Dubois, un homme au visage perpétuellement fatigué, intervint enfin. Astrid écopa d'une journée de retenue pour « perturbation du service de restauration et agression verbale ». C'était une petite victoire, un répit temporaire. Mais je savais que ce n'était pas fini. Astrid n'était pas du genre à reculer.

À partir de ce jour, les couloirs du lycée devinrent un champ de bataille. Astrid se donna pour mission de tourmenter Bastien, et par extension, moi. Elle lui faisait des croche-pieds dans le couloir, renversait « accidentellement » de l'eau sur ses livres, ou laissait des dessins obscènes sur son casier. C'était puéril, mais incessant.

Chaque fois, Bastien ripostait, ses actions s'intensifiant avec les siennes. Il « oubliait » son nom en classe, corrigeait publiquement sa grammaire devant tout le monde, ou une fois même, dans un accès de rage, versa son café latte hors de prix dans l'évier. Leur guerre était bruyante, publique et épuisante.

Puis, le centre d'intérêt a changé. C'est devenu moi. Astrid a commencé à laisser des mots anonymes dans mon casier, des dessins cruels d'une fille bâillonnée, ou des images de flammes. Ils étaient toujours cachés, toujours destinés uniquement à moi. Je les trouvais, le souffle coupé, et les enfouissais au fond de mon sac, prétendant n'avoir rien vu.

Un après-midi, je me dirigeais vers la salle d'arts plastiques, un lieu qui me semblait habituellement un sanctuaire. Le couloir était vide, la lumière tamisée. Soudain, on m'a poussée dans un placard à balais. La porte a claqué, me plongeant dans l'obscurité. Je pouvais entendre la voix d'Astrid, étouffée mais sans équivoque, juste derrière.

« Regardez-la, la petite muette anormale. Même pas capable de crier à l'aide. »

Un rire, froid et aigu, suivit ses paroles. Mon cœur martelait contre mes côtes, un oiseau affolé pris au piège. Je me suis collée contre les étagères poussiéreuses, essayant de disparaître.

La porte s'ouvrit avec fracas, inondant le placard de lumière. Bastien se tenait là, son visage déformé par une fureur que j'avais rarement vue. Il attrapa Astrid par le bras, ses doigts s'enfonçant dans sa peau.

« Je t'ai dit de la laisser tranquille ! » rugit-il, sa voix résonnant dans le couloir vide. Il la repoussa si fort qu'elle trébucha en arrière, heurtant les casiers avec un bruit métallique.

Astrid se mit alors à rire, un son aigu et troublant. Ses yeux, brillants d'une lueur dangereuse, croisèrent les miens par-dessus l'épaule de Bastien.

« Il te protège si bien », ricana-t-elle, sa voix dégoulinant d'une fausse douceur. « Comme un chien fidèle. Mais dis-moi, Éléonore, est-ce qu'il te protège de moi quand on est seuls ? »

Mon estomac se noua. L'insinuation me frappa comme un coup physique.

Bastien se tourna, sa main se tendant vers moi, son visage adouci par l'inquiétude. Mais c'est alors que je l'ai vue, sur le cou d'Astrid, une marque rouge à peine visible, un suçon. Cela hurlait une intimité, une trahison, qui me coupa le souffle. Mon monde entier, celui que Bastien avait méticuleusement construit autour de moi, s'effondra en poussière.

Une douleur aveuglante déchira ma tête, un vacarme métallique aigu qui me fit plier en deux. Mes oreilles, scellées depuis des années dans un silence profond, rugirent soudain d'une cacophonie de sons. Le bourdonnement des néons, les cris lointains des élèves dans le gymnase, le martèlement de mon propre sang dans mes oreilles – c'était une symphonie brutale et écrasante. Mon corps se raidit, chaque terminaison nerveuse hurlant de protestation.

Je fixai Bastien, le garçon qui m'avait appris la langue des signes, qui avait été ma voix et mon bouclier pendant une décennie. La prise de conscience me frappa avec la force d'un raz-de-marée : son regard, autrefois si dévoué, présentait maintenant un changement subtil, une lueur de quelque chose que je ne pouvais pas tout à fait nommer. C'était comme regarder un paysage familier se transformer lentement, imperceptiblement, sous mes yeux, le rendant étranger. Il n'était plus à moi. Il n'était plus à nous.

« Tu gardes tes distances avec elle », la voix de Bastien était rauque, un grondement sourd que je pouvais maintenant entendre. Il parlait à Astrid, mais ses mots étaient destinés à me rassurer. C'était un réconfort creux, un mensonge que je pouvais désormais décoder.

La voix d'Astrid, une plainte aiguë et agaçante qui écorchait mes sens nouvellement éveillés, m'atteignit.

« Oh, mon Basti-chou », ronronna-t-elle, son ton écœurant de douceur. « Ne t'inquiète pas pour ta petite muette chérie. Elle ne saura rien. »

Puis, un bruit doux et humide. Un hoquet s'échappa de ma gorge, bien qu'aucun son ne sortît. C'était un baiser. Un baiser profond, humide, intime. Et puis, le son indubitable de leur respiration, haletante et désespérée, remplit l'espace entre nous. Mon estomac se retourna. La trahison était comme un goût infâme dans ma bouche, me brûlant la gorge.

« C'était amusant », murmura Astrid, sa voix empreinte de satisfaction. « La prochaine fois, on la fera vraiment pleurer. »

« N'abuse pas », marmonna Bastien, sa voix étouffée. « Ne gâche pas le jeu. »

Les mots furent un coup physique, une confirmation glaçante de mes pires craintes.

Les sons du monde nouvellement revenus étaient un tourment. Chaque bruissement de vêtement, chaque souffle, chaque mot chuchoté était une cacophonie de douleur. Ma tête me lançait. Je fermai les yeux, souhaitant le silence familier, le vide réconfortant qui m'avait autrefois protégée. C'était une sensation terrible, suffocante, comme être piégée dans une pièce remplie de parasites.

La main de Bastien se tendit, ses doigts effleurant mon bras. C'était un geste familier, sa façon habituelle de me réconforter après une des attaques d'Astrid. Mais cette fois, je tressaillis, m'écartant comme si son contact me brûlait.

Il s'arrêta, les sourcils froncés de confusion. Il signa : *Ça va ?* Les signes familiers, autrefois une bouée de sauvetage, semblaient maintenant une moquerie cruelle. Il essaya de nouveau : *Éléonore, qu'est-ce qui ne va pas ?* Son expression était un mélange d'inquiétude et de perplexité.

Son inquiétude, autrefois une couverture chaude, me semblait maintenant une excuse fragile, une performance pour un public d'une seule personne. Combien de fois m'avait-il « réconfortée » après avoir orchestré ma douleur ? Combien de fois m'étais-je fondue dans son étreinte, croyant en sa protection, alors qu'il était celui qui tirait les ficelles ? L'ironie était une pilule amère.

Je me souvins de la première fois qu'il avait commencé à apprendre la langue des signes, ses doigts maladroits tâtonnant avec les formes, son front plissé de concentration. Il avait passé des heures, des jours, des semaines, juste pour me parler, pour être mon lien avec le monde. Il était mon protecteur, ma voix, mon tout. Maintenant, ces mêmes mains étaient complices de mon tourment.

Le souvenir de l'incendie me revint en mémoire, une image brûlante d'orange et de rouge, le rugissement des flammes, les cris. Mes parents, courant dans le brasier pour sauver Bastien, leur dernier acte pour le protéger, pour lui donner un avenir. Un avenir qu'il était en train de gaspiller, de souiller, en transformant ma douleur en un jeu. La culpabilité qui nous liait, la dette qu'il était censé porter, était devenue une monnaie d'échange pour la cruauté.

Je regardai Bastien, puis son cou. La faible marque rouge du baiser d'Astrid était toujours là, une marque cruelle. C'était un témoignage silencieux, une manifestation physique de sa trahison, se moquant du lien sacré que nous partagions autrefois.

Je brandis mon portable, tapant furieusement avec des doigts tremblants. *Je veux dénoncer Astrid. Au proviseur. À la police.* Mon pouce plana au-dessus du bouton d'envoi, ma résolution se durcissant.

Il tendit la main, saisissant mon poignet d'une poigne ferme, m'arrêtant. Il secoua la tête, ses yeux suppliants. *Non. Ne fais pas ça.*

Il signa : *Astrid va se faire renvoyer. Ses parents seront furieux. Ça va la détruire.* Son inquiétude était peinte sur son visage, mais ce n'était pas pour moi. C'était pour elle. La prise de conscience me frappa durement. Il se souciait plus de l'avenir d'Astrid que de ma souffrance, de mon appel désespéré à la justice.

*C'est rien, Éléonore.* Il signa, sa voix un écho des mots condescendants que je venais d'entendre. *Les jeunes sont juste des jeunes. Tu réagis de manière excessive.* Ses mots étaient méprisants, un geste désinvolte de la main balayant ma douleur, mon traumatisme, comme si c'était de la poussière.

Ses yeux se plissèrent, une lueur d'impatience dans leurs profondeurs. *Pourquoi tu rends les choses plus difficiles ? Oublie ça. Sois sage.* Son ton était sec, un ordre, pas une demande. Il était fatigué de mon « drame », fatigué de ma souffrance silencieuse.

*C'est pour ton bien*, signa-t-il, une excuse boiteuse que je pouvais maintenant entendre pour le mensonge manipulateur qu'elle était. *Fais-moi confiance.* Il avait vraiment l'audace d'utiliser ces mots.

*Viens*, signa-t-il, essayant de me tirer vers la porte, loin de la scène, loin de la vérité. *On rentre à la maison.* Il essayait de contrôler la situation, de la mettre sous le tapis, comme il le faisait toujours.

Mon cœur se durcit. *Non, Bastien.* C'était une rébellion silencieuse, un rugissement tranquille. Je ne me laisserais plus faire taire. Pas par lui. Pas par personne.

Mais à l'extérieur, je restai passive. Mon corps bougeait comme il le dirigeait, une marionnette sur ses fils, mais mon esprit complotait déjà mon évasion. Mes mains tombèrent le long de mon corps, un geste vide de soumission.

Alors que nous sortions, Astrid était là, appuyée contre les casiers, un sourire narquois sur le visage. Elle envoya un baiser à Bastien, un geste flagrant et provocateur destiné à m'humilier. Il l'ignora, mais je vis la légère rougeur sur ses joues.

Plus tard, en cours de français, l'examen final était devant moi. Je fixai la page blanche, mon esprit en ébullition. Un petit morceau de papier froissé atterrit sur mon bureau. Je le ramassai. C'était une antisèche, couverte d'une écriture minuscule et serrée. Mon cœur sursauta. Ce n'était pas à moi.

« Éléonore Hébert triche ! » La voix d'Astrid, forte et claire, déchira le silence de la salle d'examen. Tout le monde se tourna. Mes yeux croisèrent ceux de Bastien de l'autre côté de la pièce. Son visage était pâle, ses yeux écarquillés d'un mélange de choc et de compréhension naissante. Il savait. Il savait qu'Astrid m'avait piégée.

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