
L'amour a vaincu ses peurs
Chapitre 2
Alphonse du Châteauet Léontine Figeras
Novembre 1949
Ce jour s’annonçait pour Alphonse comme une journée bien ordinaire. Nous étions lundi, il faisait extrêmement froid comme toujours dans le Nord à cette saison. Il avait neigé cette nuit et, à l’heure où il ouvrit ses volets, les sols étaient encore immaculés.
Le froid vif ne l’incitait évidemment pas à prendre l’air. Paradoxalement, depuis qu’il était enfant, il était toujours émerveillé par la neige, par son côté magique, irréel. Cette vision le mit donc de bonne humeur, même si l’idée de rejoindre les champs ne l’enchantait guère.
Les bagarres et les mots acerbes étaient fréquents entre Louis et Gustave. Léontine souffrait beaucoup de cette situation. Bien que très proche de Gustave, elle aimait tendrement ses deux fils et détestait les conflits. Les deux garçons avaient deux ans d’écart, ils n’exprimaient pas leurs émotions profondes, et s’arrangeaient toujours pour éviter
Tout petit, Louis s’était montré frondeur et colérique. Il n’avait sans doute pas été facile pour le bébé qu’il était de voir arriver deux ans plus tard, un petit frère. Fruit de l’amour passionné de ses parents, il avait sans aucun doute senti cet amour s’étioler et sa mère devenir de plus en plus triste et fatiguée.
Devenu adolescent, Louis était resté rebelle et tenait tête à tous lorsqu’il pensait avoir raison. Ses parents baissaient souvent les bras devant tant de déterminations : Léontine haussait les épaules en disant que cela finirait bien par lui passer un jour.
Alphonse était secrètement heureux du caractère bien trempé de son aîné mais, avait néanmoins tenu son rôle de père et lui avait collé bon nombre de torgnoles pour ne pas perdre la face. La guerre était finie depuis près de cinq ans et la vie avait repris son cours dans tout le pays. Après une période de liesse et d’insouciance, d’embrassades folles dans les rues et en famille, tout était redevenu comme avant.
Personne ne parlait plus de la guerre, ni à la ferme ni en famille, on avait clairement tiré un trait sur ce passé douloureux et on regardait l’avenir. On avait l’impression que cette période avait été un mauvais rêve et qu’il ne s’était rien passé.
De son côté, et dans le silence de sa chambre, Alphonse aimait se remémorer ces événements qui avaient été très difficiles. Il savait que les privations et la peur vécues pendant la guerre avaient sans doute encore endurci son fils Louis.
La perte de Louis l’avait marqué à jamais. Cefils aîné, célibataire endurci, mort à la guerre en 1944 à l’âge de 39 ans leur avait causé d’innombrables souffrances.
De cette disparition, il ne leur restait que des lettres qu’ils avaient précieusement gardées. Heureusement, il y avait Gustave leur second fils, et Gaspard leur unique petit-fils bien-aimé.
En 1957, pendant les grandes vacances et celles de la Toussaint, Gaspard passait le plus clair de son temps chez ses grands-parents paternels Alphonse du Châteauet Léontine Figeras, qui avaient une ferme dans les Flandres du côté de Hondschoote.
Gaspard savait pour son oncle, il savait qu’il était mort à la guerre. C’est Alphonse qui lui a tout raconté, il lui a montré les lettres de Louis.
Gaspard aimait les histoires de son grand-père, il n’avait que sept ans, mais il souhaitait connaître la vérité, l’histoire de la famille.
À quatre-vingts ans, Alphonse du Châteauétait grand, large d’épaules et fortement musclé, il avait les cheveux blancs et une belle barbe soignée, ses traits étaient fins, et très nets, et ses yeux verts brillaient comme des olives mûres. Son autorité était sans failles et ses décisions sans appel. Il fallait obéir.
À soixante-dix-sept ans, Léontine ans était tout son contraire, une femme simple et douce avec un cœur d’or, visage souriant aux yeux bleus, cheveux courts grisonnants, robe longue à fleurs et chapeau de paille, elle était de taille moyenne et bien bâtie. Le travail ne lui faisait pas peur, c’était une femme très courageuse.
Vous aimerez aussi





