
L'âme Sœur Prédestinée de l'Alpha
Chapitre 2
Elle était arrivée en fin d'après-midi, le dos en feu après des heures de bus, des heures à fixer les montagnes qui se découpaient au loin. L'Espagne. Ce n'était qu'un mot, un endroit au hasard sur une carte, choisi pour être loin. Loin de tout. Mais maintenant qu'elle y était, assise sur le bord d'un lit à la literie douteuse dans une petite pension, elle se demandait si c'était suffisant. Les murs écaillés, l'odeur d'humidité, le bruit des gonds mal huilés à chaque passage dans le couloir - tout lui rappelait qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'elle faisait.
Son sac, posé dans un coin, contenait tout ce qu'elle possédait. Quelques vêtements, de quoi survivre. Mais pas d'ancrage, rien pour la rattacher à quoi que ce soit. Elle avait cru que l'éloignement suffirait. Que partir était la solution. Pourtant, alors qu'elle passait une main dans ses cheveux pour en déloger la poussière accumulée, les images revenaient. Toujours les mêmes. Le hurlement. Le sang. Le regard d'un Alpha qui avait tout pris. Elle secoua la tête. Pas ici. Pas maintenant.
Elle descendit dans la rue. Il y avait quelque chose d'étrange dans cette petite ville, un calme qui n'avait rien de naturel. Les pavés résonnaient sous ses pas, comme si elle marchait sur un tambour creux. Les fenêtres étaient ouvertes, mais personne ne semblait regarder. Pourtant, elle sentait. Cette sensation familière, cet instinct qu'elle n'avait jamais vraiment appris à contrôler. Ils étaient là. Pas des humains. Elle aurait pu le jurer.
Elle s'arrêta devant une petite épicerie. Une femme d'un certain âge lui lança un regard en biais en rangeant des pommes. Lyra évita de croiser son regard et se contenta de déambuler entre les étagères. Elle n'avait pas besoin de grand-chose, juste un prétexte pour tuer le temps et se prouver qu'elle pouvait agir normalement, comme n'importe qui.
Quand elle ressortit, le sac en papier serré contre elle, le soleil était en train de disparaître. Une brise fraîche souleva ses cheveux, et avec elle une odeur. Pas humaine. Son souffle se bloqua, ses doigts se crispant sur le sac. Elle tourna la tête instinctivement, cherchant la source. Rien. Seulement les rues vides, les volets qui claquaient doucement au gré du vent. Mais elle savait qu'elle ne se trompait pas.
Ce fut plus tard, alors qu'elle arpentait les rues sans but, qu'elle les croisa. Trois silhouettes à l'entrée d'une ruelle. Ils étaient appuyés contre un mur, leurs corps détendus mais leurs regards fixés sur elle. Lyra continua de marcher, essayant de ne pas leur prêter attention, mais ils ne bougèrent pas. Pas un mot. Pas un geste. Pourtant, elle les sentait. Leur présence était lourde, palpable.
Quand elle fut à leur hauteur, l'un d'eux parla.
- T'es nouvelle ici.
Ce n'était pas une question. Elle s'arrêta malgré elle, leurs regards braqués sur elle comme des projecteurs.
- Et alors ? répondit-elle sèchement, regrettant immédiatement son ton.
Ils échangèrent un regard. Un sourire passa furtivement sur les lèvres de celui qui avait parlé.
- On se demandait juste ce que tu fais là. Pas beaucoup de gens passent par ici.
Elle haussa les épaules, essayant de se dégager de leur emprise invisible.
- Je suis de passage. Rien de plus.
Le plus grand des trois, un type aux cheveux noirs et au visage marqué par une cicatrice, s'avança légèrement. Il avait ce regard que Lyra connaissait bien, celui de ceux qui savaient. Qui voyaient au-delà des apparences.
- C'est pas une ville pour les gens de passage, dit-il calmement.
Lyra ne répondit pas. Elle serra le sac contre elle et s'éloigna, sentant leurs regards la suivre longtemps après qu'elle ait tourné au coin de la rue.
Cette nuit-là, elle eut du mal à s'endormir. Elle se sentait observée, même dans la sécurité relative de sa petite chambre. Chaque grincement, chaque souffle de vent semblait cacher quelque chose. Quand elle finit par sombrer, ce ne fut pas dans un sommeil paisible.
Elle rêva. Pas de ces rêves flous et insaisissables, mais de ceux qui s'imposent avec une clarté troublante. Il était là, dans l'obscurité. Une silhouette imposante, une présence qui remplissait l'espace comme une tempête silencieuse. Elle ne voyait pas son visage, seulement ses yeux. Des yeux qui semblaient briller d'une lumière propre, brûlants et froids à la fois.
- Lyra, murmura-t-il.
Sa voix était un grondement, un écho dans son esprit. Elle sentit une chaleur étrange l'envahir, une sensation qui n'était pas tout à fait désagréable mais profondément déstabilisante. Elle voulut répondre, mais aucun mot ne franchit ses lèvres.
- Viens.
Elle se réveilla en sursaut, le cœur battant. La pièce était plongée dans l'obscurité, mais elle aurait juré qu'elle n'était pas seule. Elle tendit l'oreille, mais il n'y avait que le silence. Pourtant, cette voix résonnait encore dans sa tête, claire comme si elle venait d'être prononcée.
Elle se leva, incapable de rester immobile. Ses jambes la portèrent jusqu'à la fenêtre, où elle observa la rue en contrebas. Vide. Mais cette sensation persistait, cette certitude qu'elle n'était pas seule.
Elle retourna se coucher, mais le sommeil ne vint pas. Toute la nuit, elle revit ces yeux, cette voix. Elle ne savait pas qui il était, mais une chose était sûre : ce n'était pas un rêve ordinaire.
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