
La voiture rose de la trahison
Chapitre 3
PDV de Gabrielle Riva :
Je me levai, et les yeux de Damien tombèrent immédiatement sur la boîte cadeau que j'avais placée sur la table basse. Son visage s'illumina. « Qu'est-ce que c'est ? Une autre surprise ? » Il s'avança vers elle, une excitation enfantine dans la voix.
« C'est pour toi », dis-je, ma voix plate. « Ton cadeau d'anniversaire. »
Il gloussa en la ramassant. « Mon anniversaire n'est que dans une semaine ! Tu es toujours si attentionnée, mon amour. » Ses yeux pétillaient. Il était tellement inconscient. Il le découvrira bien assez tôt, pensai-je, une satisfaction froide se répandant en moi.
« Ouvre-le le jour de ton anniversaire », lui dis-je, une pointe d'acier dans la voix.
Il plaça soigneusement la boîte sur la cheminée, à côté d'une photo encadrée de nous lors de notre mariage. « Je le ferai », promit-il, les yeux pleins d'affection. « Tu fais de moi l'homme le plus heureux du monde. »
Il prit ma main, me tirant vers la porte. « Viens. Le dîner nous attend. »
Nous descendîmes au parking souterrain. Elle était là. La voiture « Âme Sœur », brillant sous les néons, sa peinture rose presque aveuglante. Sa trahison ultime, maintenant garée chez nous.
« Tu veux faire un tour avec ? » demanda-t-il, ses yeux sortant presque de sa tête de fierté.
Je marchai lentement autour de la voiture, mon souffle se bloquant dans ma gorge. La plaque d'immatriculation personnalisée : « GABRIELLE ». Mon nom. Estampillé sur le véhicule de son infidélité. Mon corps commença à trembler, une terreur froide s'infiltrant dans mes os. Je voyais le visage de Karine, son sourire moqueur, sa main sur la cuisse de Damien dans la vidéo. Tout cela à l'intérieur de ma voiture.
Damien vit mon hésitation. « Qu'est-ce qu'il y a, bébé ? Tu ne l'aimes pas ? » Il semblait sincèrement inquiet.
Je secouai la tête. « Non, elle est magnifique », mentis-je. « C'est juste… Je n'ai pas l'habitude de conduire une si grosse voiture. Je n'ai pas conduit en ville depuis un moment. » Mon excuse était faible, mais il l'a gobée.
Il prit les clés de ma main tremblante. « Pas de problème ! Je conduis. Je t'apprendrai même. Pense à tous les endroits où nous irons. » Il ouvrit la porte passager avec emphase.
Je sortis une lingette désinfectante, frottant le cuir somptueux du siège passager avant de m'asseoir. Je frottai et frottai, comme si je pouvais effacer la présence de Karine, son odeur, son contact. C'était inutile.
Damien rit à nouveau. « C'est une voiture toute neuve, chérie. Pourquoi tu la nettoies ? »
« Je n'aime pas que d'autres personnes touchent mes affaires », dis-je, ma voix sèche. Les mots restèrent suspendus dans l'air, lourds d'un sens inexprimé.
Son sourire vacilla. Une lueur de quelque chose — embarras ? peur ? — traversa son visage. Il s'éclaircit rapidement la gorge. « D'accord. Bon, allons-y. Ces pâtes aux truffes ne vont pas se manger toutes seules. »
Il déblatéra sur le restaurant étoilé, le menu exquis, l'accord mets-vins parfait. Je l'entendais à peine. Ma main frôla quelque chose de dur sous le siège. Un rouge à lèvres. Fuchsia.
Je le ramassai. Il le vit. Ses yeux s'agitèrent nerveusement. Son visage devint cramoisi. « Oh, ça ! C'est… un nouveau gadget marketing. Une teinte populaire. Karine a dû le laisser. » Il bafouilla.
Je le tins en l'air, un sourire faible et glaçant sur les lèvres. « Est-ce aussi un cadeau, Damien ? »
Il balbutia : « Non, non ! Juste un échantillon. L'équipe de vente l'a probablement mis là par erreur. »
Je ricanai intérieurement. Je tournai le capuchon. Le bout du rouge à lèvres était usé, clairement utilisé. Je le regardai, mon regard perçant. « Je déteste les choses d'occasion, Damien », dis-je doucement. « Les hommes aussi. »
Il tressaillit, comme frappé. Sa main jaillit, saisissant mon poignet. « Gabrielle, s'il te plaît ! Je suis tellement désolé. Je... » Sa voix était épaisse de panique.
Je ne répondis pas. Je levai simplement la main et jetai le rouge à lèvres dans la poubelle de rue qui passait alors que nous étions au ralenti.
Mon téléphone vibra. Karine. *Oups, j'ai encore laissé mon rouge à lèvres dans l'Âme Sœur ! Je ne voulais pas salir mon nouveau sac, héhé. Dis à Damien que je passerai le prendre demain matin, tu veux bien ?*
Je regardai Damien, son visage un masque de regret suppliant. Tout n'était qu'une performance. Tout était si totalement vide de sens.
Je tournai la tête, regardant les lumières de Paris floues défiler. Je voulais juste que cette journée se termine. Je voulais célébrer mon dernier anniversaire avec lui, puis partir.
Nous nous arrêtâmes devant le restaurant. Il ouvrit ma porte, un mari charmant et dévoué. Les passants roucoulaient. « Quel gentleman ! » « Il est tellement amoureux ! » « Elle a tellement de chance ! »
Damien se pavanait, s'imprégnant de l'admiration. Il me fit entrer. Une table chargée de mes plats préférés nous attendait. Cuisinés par quelqu'un d'autre. Payés par lui. L'illusion ultime.
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