Couverture du roman La vie ne l'aura pas tué

La vie ne l'aura pas tué

8.0 / 10.0
Dans La vie ne l'aura pas tué, le troisième d'une fratrie de sept livre son récit personnel. Ce mystery modern explore les secrets familiaux et les perspectives divergentes. Découvrez ce nouveau web novel sur l'identité et les liens de sang, une fiction captivante à lire en ligne.
Résumé de La vie ne l'aura pas tué
Au sein d'une fratrie de sept, chaque membre possède sa propre vérité. Lorsque le troisième enfant décide de mettre son vécu par écrit, il dévoile un univers insoupçonné aux siens. En découvrant ce récit, sa plus jeune sœur saisit enfin le sens profond d'une phrase qu'il lui répétait sans cesse : on ne choisit pas sa famille, mais on choisit ses amis. Ce témoignage intime de Marcel Janvier explore les méandres des liens fraternels et la subjectivité des souvenirs partagés.
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La vie ne l'aura pas tué Chapitre 1

*****

Je ne souris pas à la vie, je me bats à conquérir ce qu’elle a oublié de me donner, se battre jour après jour pour ne pas subir ma destinée.

Sonia Lahsaini

Il est temps de s’éloigner, de rompre les amarres et de s’aventurer sur l’océan de la vie. Il sait déjà qu’il y aura ces tempêtes que les marins appellent le « gros temps », des moments de doute et de renoncement, mais il s’efforce de croire qu’il sera un navigateur averti, à la mesure de sa volonté de vivre. D’ailleurs il n’a pas le choix, il s’en persuade et évacue énergiquement l’idée qu’il puisse renoncer. L’avenir est là, en face, à l’horizon bleuté au-delà duquel cependant, il se refuse à imaginer quoi que ce soit. Il préfère accorder une confiance aveugle à sa bonne étoile, celle qui l’a guidé et protégé jusqu’à présent, avant qu’il ne s’élance, bientôt, vers ce qu’il pense être « son Nouveau Monde ». Il préfère aussi ne pas trop s’attarder sur la fiabilité de l’embarcation sur laquelle il naviguera car, même sans assurance, le moment venu, il sait qu’il n’hésitera pas à se jeter à l’eau. À vingt ans, tout est possible. Même l’impossible. Rien ni personne ne le retiendra. Ainsi a-t-il décidé.

Il fait beau en cette fin de mois d’août. Les promeneurs, nombreux, arpentent la ville. Quelques-uns s’arrêtent et commentent les stigmates des affrontements urbains car le Cours des Cinquante-Otages présente encore l’allure d’un champ de bataille. Tout en y cheminant, léger, il se remémore les guérillas nocturnes dont ce lieu fut le théâtre deux mois auparavant. Les gaz lacrymogènes qui brûlaient les yeux. Les gens qui couraient dans tous les sens. Et ce vent de folie qui soufflait sur la ville. Dès la nuit tombée, les hostilités s’ouvraient selon un scénario immuable : les manifestants provoquaient les gardes mobiles qui répliquaient par un feu nourri de grenades lacrymogènes. Repliés en hâte derrière les barricades, constituées d’arbres abattus, de carcasses d’automobiles, d’un amoncellement de pavés et d’objets hétéroclites, les jeunes gens, foulard sur le nez, répliquaient avec des cocktails Molotov. Entre deux affrontements, les ambulances prenaient en charge les blessés et les deux camps s’observaient dans l’attente du prochain assaut dont on ne pouvait dire, cette fois, de quel camp il viendrait. Il en était ainsi jusqu’à l’aube à la faveur de laquelle les insurgés s’évanouissaient. Les compagnies de CRS, faute decombattants, se retiraient un peu plus tard en laissant toutefois, ici et là, quelques points de garde. C’était l’heure pour lui de rejoindre le Marché d’Intérêt National, sur l’esplanade du Champ-de-Mars, un peu plus loin, et d’aller tirer les baladeuses chargées de fruits et de légumes. Au milieu de la matinée, les paupières lourdes, il enfourchait sa bicyclette, passait les deux bras du fleuve et regagnait sa ville de banlieue. Il a vingt ans et bientôt il partira à Paris.

Il s’assied à la terrasse d’un café et réfléchit à ce qu’il fera à Paris. Quelqu’un lui a dit que pour réussir il fallait « monter à Paris ». Mais réussir quoi ? Ce ne sont pas quelques poèmes adolescents qui éblouiront Paris. Mais alors, qu’irait-il faire à Paris sinon gagner sa liberté et apprendre la vie… ? Il avale à petites gorgées la bière que le serveur vient de lui apporter. Mais, bien vite, il revient à des réflexions auxquelles il ne peut échapper : les préparatifs de son départ. Un cousin, qui se rend dans la Capitale pour une réunion politique, a proposé de l’emmener en voiture. Il économisera ainsi le prix du voyage. C’était déjà ça. Il le déposera ensuite à la Porte d’Orléans d’où il devra emprunter un autocar qui le mènera en banlieue parisienne, vers une bourgade connue pour son circuit automobile. Après, c’était l’inconnu, l’incertitude, le « au-delà de l’horizon bleuté » en quelque sorte. Outre une rémunération mensuelle, il sera « nourri, logé, blanchi », selon la formule de son contrat de travail qu’il a reçu l’autre jour. « Surveillant d’internat », mais « ce n’est pas un métier », lui a fait remarquer sa mère quelque peu contrariée. Peut-être bien. Mais ça lui donnera le temps de réfléchir. De faire le point sur sa vie. Cette vie dont il ne sait trop quoi en faire. Jusqu’à douter, même, qu’elle le mènera loin. D’ailleurs, quand sa sœur aînéea fait une tentative de suicide le mois dernier, n’a-t-il pas imploré le ciel qu’on lui prenne la vie plutôt que la sienne ? Elle a survécu, sa frangine, et lui aussi jusqu’à présent. Alors il lui faut continuer, vaille que vaille, à défaut d’être animé d’un enthousiasme débordant. Mais pourquoi la vie ne serait-elle pas belle aussi pour lui ? Et d’abord, pourquoi ne se sent-il pas comme les autres ? Car, inexplicablement, il ne voit pas « les autres » en proie aux doutes qui l’assaillent et le taraudent, lui, en permanence. Il voit en eux, au contraire, la joie de vivre et l’insouciance de leur âge. Leur assurance s’affirmant, même, alors que la sienne balbutie et le confine dans une timidité paralysante. Combien de fois s’est-il détesté, a-t-il enragé et pleuré en secret ? Combien de fois a-t-il voulu disparaître sous terre ? Mais la souffrance, jusqu’à présent, ne l’aura pas tué. Juste affaibli, inhibé, même s’il cherche désespérément des réponses aux questions qu’il se pose. Des questions qu’il tourne et retourne dans sa tête sans trouver le début d’une réponse. Mais il se sent bien, à cet instant, et ne veut plus penser à rien. Il évacue ses réflexions et hume voluptueusement l’air tiède de cette fin d’été.

— Une autre bière, monsieur… ?

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Table des matières de La vie ne l'aura pas tué

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
Ch. 4
Ch. 5
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