
La Vérité Cachée Dans Un Dossier
Chapitre 2
POINT DE VUE DE CHLOÉ :
Son odeur familière, un mélange de son parfum et de notre lessive, a rempli mes narines alors qu'il me tenait. C'était autrefois réconfortant, une odeur de foyer et de sécurité. Maintenant, c'était une douleur aiguë, mordante, un rappel constant de la trahison qui venait de déchirer ma vie.
Je me suis légèrement reculée, ma voix faible, presque un murmure. « Antoine », ai-je commencé, la gorge serrée. « Est-ce que... est-ce que tu m'aimes ? »
Il m'a regardée, les yeux grands et innocents. « Bien sûr que je t'aime, Chloé. C'est quoi cette question ? »
J'ai insisté, les mots ayant un goût de cendre dans ma bouche. « Est-ce que tu n'aimes que moi ? Pourrais-tu jamais aimer quelqu'un d'autre pendant que tu es avec moi ? »
Son corps s'est raidi, juste une seconde, une micro-expression d'inconfort que je n'aurais pas remarquée avant. Mais maintenant, elle me hurlait au visage. Il s'est penché, m'embrassant le front, puis les lèvres. « Ne sois pas bête, mon cœur. Bien sûr que non. Tu es ma femme. Nous sommes mariés depuis trois ans. Pourquoi poses-tu des questions aussi stupides ? »
Il a pris mon visage entre ses mains, me fixant avec une intensité étudiée. « Notre mariage, Chloé. C'est une preuve suffisante, non ? »
Mon esprit est revenu au début de notre relation. Les rumeurs avaient commencé à l'époque, des chuchotements sur le regard baladeur d'Antoine, sa réputation de coureur de jupons. Je les avais ignorées, convaincue que ce n'était que des ragots de jaloux.
Puis, une nuit, j'avais reçu un appel frénétique de Manon. « Chloé, je viens de voir Antoine avec une autre femme ! À l'Hôtel Céleste, chambre 302 ! Tu dois y aller, maintenant ! »
La panique m'avait saisie. Je l'avais rappelée, les larmes coulant sur mon visage, à peine capable de respirer. « Il me trompe ! Manon, il me trompe ! »
Je m'étais précipitée à l'hôtel, mon cœur battant un rythme effréné contre mes côtes. Mais quand j'ai fait irruption dans la chambre 302, je n'ai pas trouvé Antoine avec une autre femme. J'ai trouvé Manon, la main levée, giflant Antoine au visage.
« Espèce de salaud ! » lui avait-elle hurlé. « Comment oses-tu essayer de m'acheter pour que je me taise ! Chloé mérite de savoir quel genre d'homme tu es ! »
Antoine avait l'air humilié, tenant sa joue rougie. Manon s'était tournée vers moi, les yeux pleins d'une fureur vertueuse. « Il a essayé de me payer, Chloé. Il a dit qu'il me paierait pour garder ses sales petits secrets. Il pensait que je te trahirais. »
« J'allais... j'allais te le dire moi-même », avait balbutié Antoine, évitant mon regard. « C'était une erreur. Un moment de faiblesse. Je te promets que ça n'arrivera plus. »
Manon avait ricané. « Une erreur ? Tu appelles ça une "erreur" d'essayer de coucher avec la meilleure amie de ta copine ? » Elle l'avait fusillé du regard. « Et toi, Chloé, tu penses vraiment que moi, ta meilleure amie, j'essaierais de te piquer ton mec ? Tu me connais mieux que ça. »
J'avais ressenti une vague de honte, une culpabilité écrasante. J'avais douté d'eux, douté de ma meilleure amie et de mon petit ami. Je m'étais excusée platement auprès d'eux deux. À partir de ce moment-là, j'avais été particulièrement vigilante pour leur montrer à quel point je leur faisais confiance, à quel point j'avais besoin d'eux deux dans ma vie.
Antoine me taquinait souvent à ce sujet par la suite, m'appelant « ma petite reine du drame », « ma petite jalouse ». Il disait : « Honnêtement, si ce n'était pas pour toi, je ne jetterais même pas un second regard à Manon. Elle est trop source de problèmes. » Et moi, me sentant idiote pour mes soupçons antérieurs, je me précipitais toujours à ses côtés, pour l'apaiser et défendre Manon. « Elle se soucie juste de moi, Antoine. C'est tout. »
Mes pensées ont été ramenées à la vidéo actuelle. Antoine repoussait Manon, le visage sombre. « Non, Manon. On ne peut pas continuer comme ça. Je ne peux pas. Je me marie dans trois jours. Ça doit s'arrêter. On ne peut plus se voir. »
Le visage de Manon s'est décomposé. Elle s'est jetée en avant, enroulant ses bras autour de lui, désespérée. « Non ! S'il te plaît, Antoine. Juste une dernière fois. S'il te plaît. »
Un frisson glacial m'a parcouru l'échine. Trois jours avant notre mariage. Je me souvenais de cette semaine. J'avais été si stressée, si submergée par les détails de dernière minute, que j'avais développé une fièvre de cheval. J'étais clouée au lit, à peine capable de lever la tête, incapable de joindre ni Antoine ni Manon. Ils avaient tous les deux été injoignables, leurs téléphones éteints ou tombant directement sur la messagerie.
Ma collègue de travail m'avait vue en difficulté et, avec un clin d'œil entendu, m'avait dit : « Fais attention, Chloé. C'est pour ça qu'on dit toujours : surveille ton mari, ta maison, et surtout, ta meilleure amie. »
J'étais si faible, si fiévreuse, mais j'avais quand même réussi un petit rire. « Ne sois pas ridicule, Sophie. Manon ne me trahirait jamais. Elle m'a pratiquement sauvé la vie une fois. »
Mais maintenant, l'image sur l'écran, le plaidoyer désespéré de Manon, l'acceptation sombre dans les yeux d'Antoine... Tout cela prenait un sens horrible et écœurant.
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