
La Vengeance d'Alpha
Chapitre 2
Chapitre 2
Matteo attendait dans l'ombre, immobile comme une statue, prêt à livrer ce qu'il savait. Il avait pris le soin de vérifier chaque détail, anticipant les questions d'Aurelien. Mais même préparé, il sentait la tension dans l'air. Aurelien Di Luca n'était pas un homme à qui on remettait de mauvaises nouvelles sans en payer le prix. Cette fois, cependant, il espérait que ce qu'il avait trouvé suffirait à éteindre, ou du moins à canaliser, la fureur de son patron.
- Elle s'appelle Luna Petrov.
Le nom flotta dans la pièce, accompagné d'un léger silence. Pas d'explosion de colère, pas de poing s'abattant sur la table. Juste le bruit du cuir du fauteuil d'Aurelien qui grince alors qu'il se penche légèrement en avant, son regard perçant cloué sur Matteo.
- Parle, dit-il simplement.
Matteo respira profondément et se lança. Luna Petrov, trente ans, ancienne photographe prometteuse ayant brusquement quitté la scène artistique il y a près d'une décennie. Elle avait changé de nom, adopté un profil bas et menait une vie discrète, bien loin des scandales qui entouraient son père. Mais malgré ses efforts pour disparaître, elle restait la seule survivante directe de Viktor Petrov.
- Elle vit à Florence, continua Matteo. Sous un faux nom. Pas de gros train de vie, pas d'entourage notable. Elle semble vouloir rester en dehors des affaires... ou peut-être qu'elle a peur de ce que son père pourrait lui avoir laissé.
Aurelien haussa un sourcil, signe qu'il écoutait attentivement, mais son expression restait illisible.
- Et elle a de l'argent ?
- Pas à première vue. Aucun mouvement bancaire suspect, aucune indication qu'elle aurait touché quoi que ce soit de l'argent de Viktor.
Un sourire froid étira les lèvres d'Aurelien.
- Alors elle est soit plus maline que lui... soit une idiote naïve.
Matteo hésita un instant avant d'ajouter :
- Mais elle est une porte. Si Viktor a caché quelque chose, elle pourrait être la clé pour le trouver.
Aurelien se redressa, faisant rouler ses épaules comme un prédateur prêt à bondir.
- Continue à la surveiller. Je veux savoir tout ce qu'il y a à savoir sur elle. Ses routines, ses contacts, ses faiblesses. Chaque détail.
Matteo acquiesça, mais il n'avait pas fini.
- Il y a autre chose. Elle...
Il s'arrêta, cherchant ses mots.
- Quoi ?
- Elle n'a pas l'air d'être impliquée dans les affaires de son père. Pas du tout, en fait. Il y a un véritable mur entre eux. Si elle sait quoi que ce soit, elle le cache bien.
- Peu importe. Elle reste une Petrov, répondit Aurelien. Et tout ce qui porte ce nom m'appartient, qu'elle le sache ou non.
Matteo hocha la tête, mais ses yeux trahissaient une certaine appréhension.
- Faites-moi savoir dès que vous avez autre chose, ordonna Aurelien en se levant, signifiant que l'entretien était terminé.
Quand Matteo quitta la pièce, Aurelien resta seul, les mains posées sur son bureau, les yeux rivés sur un point imaginaire. La colère qu'il avait ressentie en apprenant la trahison de Viktor bouillait toujours en lui, mais maintenant, elle avait une direction. Luna. Une lueur d'espoir dans cette toile d'obscurité. Pas parce qu'elle pouvait réparer les dommages, mais parce qu'elle pouvait lui offrir quelque chose que Viktor avait emporté avec lui : une cible.
Un homme comme Aurelien Di Luca ne vivait pas pour l'argent seul. Ce n'était qu'un outil, un moyen d'étendre son pouvoir, de marquer son territoire. Mais lorsqu'on osait le voler, lorsqu'on piétinait sa confiance, cela devenait personnel. Luna n'avait peut-être rien à voir avec ce que son père avait fait, mais cela importait peu. Elle était la dernière pièce du puzzle, le dernier lien avec celui qui l'avait défié.
La décision fut prise avant même qu'il ne s'en rende compte. Elle serait son levier, son outil pour récupérer ce qui lui revenait. Peu importait combien de temps cela prendrait, combien il devrait dépenser ou sacrifier. Il allait la trouver, la manipuler, et s'assurer qu'elle paie pour les péchés de son père.
Mais il savait aussi que cela nécessiterait de la patience. Luna Petrov n'était pas Viktor. Elle ne vivait pas dans l'ombre des deals douteux et des alliances fragiles. Elle avait choisi une vie différente, une vie ordinaire. Il allait devoir entrer dans son monde, jouer selon ses règles, avant de les briser une à une.
Le soir même, il appela Matteo pour obtenir un premier rapport.
- Elle travaille dans une petite galerie d'art, expliqua le détective. Rien de prestigieux. Elle organise des expositions, aide à vendre des œuvres. Rien qui suggère un lien avec des affaires illégales.
- Et ses fréquentations ?
- Minimes. Quelques collègues, une ou deux amies proches. Pas de compagnon sérieux d'après ce que j'ai pu voir.
Un sourire froid éclaira brièvement le visage d'Aurelien.
- Cela va simplifier les choses.
Matteo, qui avait appris à lire entre les lignes, sentit le frisson dans cette phrase anodine.
- Boss, je ne peux m'empêcher de penser qu'elle n'est peut-être pas comme lui.
Aurelien ne répondit pas immédiatement.
- Peu importe ce qu'elle est. Ce qui m'importe, c'est ce qu'elle peut m'apporter.
Matteo savait que la discussion était close.
Les jours qui suivirent furent dédiés à l'étude méticuleuse de chaque aspect de la vie de Luna. Aurelien se plongea dans les rapports de Matteo, observant les photos, les descriptions, les horaires. Il traça des plans dans sa tête, envisageant différentes façons de l'approcher. Une chose était claire : elle ne serait pas facile à briser.
Mais il n'avait pas besoin qu'elle se brise tout de suite. Il voulait qu'elle le guide, qu'elle ouvre la porte à ce que Viktor avait laissé derrière lui.
Et si elle refusait ?
Aurelien chassa la pensée. Personne ne disait non à Aurelien Di Luca. Pas même une femme comme Luna Petrov.
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