
La Vengeance d'Alpha
Chapitre 3
Chapitre 3
Les gens sont rarement ce qu'on attend d'eux. Luna Petrov ne faisait pas exception.
Le café où elle travaillait ce jour-là était un lieu quelconque, un de ces endroits où les visages se perdent dans le bruit des machines à espresso et les murmures des conversations banales. Pourtant, dès qu'elle franchit la porte, elle attira l'attention d'Aurelien. Pas parce qu'elle cherchait à le faire. Justement parce qu'elle ne cherchait rien du tout.
Il l'observa depuis une table au fond, un journal ouvert devant lui, bien qu'il n'ait pas lu une seule ligne. Matteo avait mentionné la galerie, mais apparemment, Luna occupait aussi ses matinées dans ce café, sans doute pour arrondir ses fins de mois.
Elle était là, à ranger des tasses et à sourire poliment à des clients qui ne semblaient pas la voir. Une simplicité désarmante. Pas de bijoux ostentatoires, pas de démarche calculée. Juste une femme ordinaire, vêtue d'un jean et d'un t-shirt blanc, ses cheveux attachés à la hâte.
Aurelien s'attendait à ressentir une vague de mépris. Peut-être même de dédain. Mais ce qu'il éprouva fut bien différent. Il ne savait pas pourquoi il s'attendait à voir Viktor dans ses traits, dans ses gestes. Une arrogance, une froideur. Rien de tout cela n'existait chez elle.
Luna dégageait quelque chose de doux, de calme. Une espèce de lumière discrète, loin des projecteurs. Une femme qui semblait ne pas vouloir d'ennuis, mais qui portait en elle une énergie tranquille, presque contagieuse.
Il fronça les sourcils, dérangé par ce constat. Ce n'était pas ce qu'il voulait voir.
Elle prit une commande, écouta attentivement, nota les détails avec un sourire sincère, puis se dirigea vers le comptoir pour préparer un café. Pas de hâte, pas de fausse politesse. Juste une présence naturelle, authentique.
- Elle n'a rien à voir avec Viktor, dit Matteo en s'asseyant en face de lui, une bière à la main.
Aurelien ne leva pas les yeux du journal.
- Tu devrais regarder plus qu'un sourire, répondit-il sèchement.
Matteo haussa les épaules.
- Tu cherches des signes d'une filiation toxique. Je t'en donne un, elle n'en montre aucun.
Aurelien plia le journal d'un geste net, le regard acéré.
- Tout le monde a des ombres, Matteo. Elle les cache bien, c'est tout.
Matteo croisa les bras, mais ne répondit rien. Il savait qu'insister ne servirait à rien.
Luna finit sa matinée et quitta le café, sans se presser. Aurelien sortit quelques secondes après, se fondant dans la foule. Il avait l'habitude de passer inaperçu quand il le voulait. C'était une compétence essentielle dans son monde.
Elle marcha tranquillement, les mains dans les poches, sans une once de suspicion dans ses gestes. Matteo avait raison, elle ne ressemblait pas à Viktor. Mais ça ne voulait rien dire.
Son chemin la mena à un parc. Elle s'assit sur un banc, sortit un carnet de son sac et commença à écrire. Pas un téléphone, pas un ordinateur, mais un carnet et un stylo. Il plissa les yeux, intrigué.
Elle ne regarda jamais autour d'elle, ne montra aucune nervosité. Rien. Soit elle ignorait complètement qu'elle pouvait être suivie, soit elle était excellente pour le dissimuler.
Aurelien s'adossa contre un arbre à quelques mètres, observant. Les minutes s'étirèrent. Elle écrivait, s'arrêtait, regardait le vide, puis reprenait.
- Qu'est-ce que tu vois ? murmura Matteo à ses côtés.
- Une femme qui ne sait pas qu'elle est une cible, répondit Aurelien sans détourner le regard.
- Tu penses vraiment qu'elle sait quelque chose ?
- Peut-être pas consciemment. Mais elle a grandi avec lui. Elle a forcément des réponses.
Matteo soupira, mais il n'insista pas.
Plus tard dans l'après-midi, elle rejoignit la galerie où elle travaillait. Aurelien la suivit à distance, prenant note de chaque détail. La manière dont elle interagissait avec ses collègues, le soin qu'elle mettait à organiser les tableaux, même les gestes anodins qu'elle faisait en parlant.
Quand il repartit en fin de journée, il savait ce qu'il devait faire.
- Je vais l'approcher, annonça-t-il à Matteo alors qu'ils marchaient dans une ruelle sombre.
Le détective haussa les sourcils.
- Directement ?
- Pas tout de suite. Il faut une stratégie.
- Et tu as une idée ?
Aurelien s'arrêta et se tourna vers lui, un sourire froid aux lèvres.
- J'ai toujours une idée.
Le lendemain, il retourna à la galerie, cette fois en tant que client. Un costume sobre, une attitude détendue, rien qui puisse attirer l'attention. Luna était là, occupée à ajuster un tableau sur un mur. Il s'approcha lentement, s'arrêtant à quelques pas d'elle.
- Excusez-moi, dit-il doucement.
Elle se retourna, un sourire poli sur les lèvres.
- Oui ?
Il lui montra un tableau.
- Cette pièce m'intrigue. Pouvez-vous m'en dire plus ?
Elle posa son chiffon et s'approcha, jetant un coup d'œil à l'œuvre.
- Bien sûr. C'est un travail récent d'un artiste local. Il explore les thèmes de la mémoire et de l'oubli.
Sa voix était calme, posée, presque apaisante. Pas une seule fois elle ne détourna les yeux, pas un seul signe qu'elle pouvait soupçonner quoi que ce soit.
Il hocha la tête, feignant l'intérêt.
- Fascinant. Vous semblez connaître ce sujet en profondeur.
Elle haussa légèrement les épaules, modestement.
- J'essaie, répondit-elle avec un petit sourire.
Il resta quelques minutes de plus, posant des questions, l'écoutant répondre. Chaque mot, chaque geste était soigneusement noté dans son esprit. Il ne se pressa pas, sachant que la patience était son arme la plus précieuse.
Quand il partit, il laissa un souvenir. Une carte de visite. Un nom fictif, une adresse bidon, mais suffisamment crédible pour qu'elle puisse croire qu'il était simplement un collectionneur intéressé.
- Et maintenant ? demanda Matteo plus tard, alors qu'ils retournaient dans leur cachette temporaire.
- Maintenant, je laisse la graine germer, répondit Aurelien, un éclat dangereux dans les yeux.
Il n'était pas encore certain de la profondeur de son plan, mais une chose était claire : Luna Petrov était bien plus qu'un simple outil. Elle représentait un défi. Et il n'y avait rien qu'Aurelien aimait plus qu'un bon défi.
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