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Couverture du roman La valse des sens

La valse des sens

Ces quatre chiffres gravés dans ma mémoire étaient autrefois le pont vers ta joie de vivre. Aujourd'hui, ton téléphone reste muet et ton absence laisse un vide immense que je ne parviens pas à combler. Je n'ai jamais pu faire mon deuil, gardant en moi tant de secrets non partagés. Pourtant, malgré le silence et ton départ prématuré, une certitude demeure : notre amitié brave l'éternité et la force de mon amour pour toi s'avère bien plus puissante que la mort.
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Chapitre 2

LA VALSE DES SENS/ 2- Déclic et déni...

- Yougou yougou, A-dô-ka-flè, yougou yougou …connaisseur connait, Gaou passe ! yougou yougouuuu… !!! (cris vendeurs de friperie)

Par cette aube à peine naissante, et comme chaque Samedi, le marché de friperie de Belleville était envahi de femmes, jeunes ou pas, déambulant entre les différents commerçants, qui s’égosillaient à qui mieux mieux. C’était les vacances scolaires, Djena était rentrée de Yamoussoukro depuis une semaine, et on s’en donnait à cœur joie dans notre exploration, en vue de dénicher le petit haut ou la jolie robe qui ferait mouche au quartier. Nous étions devant la baraque d’un vendeur Ghanéen, lorsque mes yeux d’experte tombèrent sur une tunique turquoise. Je me précipitai pour la décrocher de son cintre et l’essayer, quand d’autres mains la saisirent férocement. Un très bref instant, chacune tira sur l’article, puis ma concurrente s’exclama, irritée par ma résistance plutôt farouche :

- Ah, ma chérie, j’ai pris la première, hein…

Mais n’était-ce pas…

- Grâce ! m’exclamai-je, n'en revenant pas de rencontrer ici, l'une des Bimbo les plus "in" de l'école.

Visiblement embarrassée, la jeune fille laissa sa phrase en suspens, et me dévisagea avec plus d’acuité. A la lueur honteuse qui lui traversa le regard, je compris qu’elle m’avait reconnue.

- Euh…vous faites erreur, je…ne crois pas que…

Ma copine, c’est très toi, hein…pensai-je, amusée par sa gêne. Grâce faisait partie de ces filles qui passaient le temps à frimer, et à se targuer de ne se vêtir que de grandes marques. Ainsi, le « j’adore le shopping » qu’elle lançait à la ronde pour un oui ou pour non, c’était notre « Fouilling » là aussi ?

- Si si, ce n’est pas Grâce, d’Agitel ?, insistai-je, consciente d’être un peu perverse.

- Euh…si…en tout cas, j’accompagne une de mes cousines là, fit-elle avec un geste vague dans une direction tout aussi vague.

J’évitai soigneusement de croiser le regard de Djena qui suivait la scène…je n’aurais pu réprimer le fou rire qui menaçait d’exploser…la fille avait quoi à se justifier ? Rapidement, je pris congé d’elle, puis une fois hors de son champ de vision, Djena et moi laissâmes éclater notre hilarité.

- Ahahaha…ma copine voulait faire son « Qui me connaît », elle est venue fouiller à six heures, djaaaaa, elle a oublié qu’on est beaucoup dans Abidjan là…

Pendant cinq bonnes minutes, nous fûmes pliées de rire, nous tenant les côtes en évoquant la mine déconfite de Grâce lorsqu’elle s’était vue démasquée. Après trois heures de fouille et de marchandage acharnés, nous quittâmes enfin le marché, ravies de nos emplettes. J’avais une envie folle d’avaler un bon Garba, mais Djena n’était pas très enthousiaste :

- Ce n’est pas très propre…avança-t-elle…

- C’est ça qui donne les vraies vitamines même ! répliquai-je du tac-au-tac

- Beurk…et puis il est à peine dix heures, il faut qu’on rentre laver et sécher les habits…on ne va pas sentir « yougou yougou » le soir-là quand même !

Le soir…mon cœur fit une embardée, je me rembrunis. Didi organisait une virée en boîte, ce soir, pour me présenter cette fille, celle qui me pourrissait les nuits depuis deux semaines…sans que je l’aie vue une seule fois. Il avait suffi que Didier me parle d’elle, ce samedi midi où il m’avait rendu une visite surprise. Mince, dès qu’il avait prononcé cette phrase, j’avais compris le sens du mot « Uppercut » :

- J’ai rencontré quelqu’un, Mimi, et cette fois, je t’assure…je ne m’en sors pas, elle est trop…

Accélération de rythme cardiaque… Il avait continué:

- …canon. Mais pas que ! Il faut absolument que tu la rencontres ! Elle est douce !!! Pas comme toi, go garçon là, s’était-il cru obligé d’ajouter au passage, en m’envoyant une chiquenaude…

Température brusquement capricieuse : Bouffées de chaleurs, suivies de courants d’air froid…Il avait poursuivi, inconscient de l’état de transe intérieur vers lequel chacun de ses mots me menaient :

- En plus, elle est très sérieuse, tu vois un peu le genre, fille calme, tranquille, sans embrouille…bref, pour le moment, on est juste potes… il faut absolument que tu la rencontres, tu me donneras ton avis, toi tu sais que tu es comme mon frère !

Vibrations et tremblements d’origine suspecte aux extrémités des membres. Son frère…mince, à ce point, là ?

Et moi, qu’avais-je à réagir comme une sotte? Pour une fois que Didi avait une relation sérieuse…Décidant d’analyser cette contrariété inopinée plus tard, j’avais pris sur moi, et lui avait envoyé une grosse claque dans le dos. Après tout, c’était de cette façon qu’on avait toujours communiqué:

- Hum, on a eu tort…"Didi l’amorosoooo!!!" Le taquinai-je, avant d’ajouter, retrouvant mon sérieux :

- J’ai hâte de la rencontrer…J’espère qu’elle est aussi bien que tu dis, hein…Trop de V.I (vendeurs d’illusions) à Babi…

Mon calvaire avait commencé ce jour-là, à cet instant précis. Et ces pensées, où Didi n’était plus Didi… Je me sentais toute chose, très truc, un peu maboule, beaucoup larguée…

- Tu es étrange depuis toute à l’heure, un souci ?

Je sursautai ; nous étions chez Djena à Aghien depuis quelques heures. Après notre lessive, nous nous étions jetées, affamées, sur le Tchep Djen (riz au poisson) que sa mère avait concocté. Nous étions dans sa chambre à s’affairer (commérer), et feuilleter les GO Mag (magazine féminin, Côte d’Ivoire) auxquels elle était accro.

- Etrange? … moi?…Comment ça ?, répondis-je, mal-à-l’aise.

- Je ne sais pas, je te trouve pensive, un peu tristounette… dis-moi tout, c’est quel petit garçon qui traumatise ma Mimi comme cela ?

Je souris nerveusement, et tentai de répondre le plus normalement possible :

- Un garçon ? Me traumatiser, moi ? ça va commencer comment ?

J’éclatai d’un rire aigu. Très aigu. Trop aigu. Elle m’observa, sceptique, puis continua :

- Hum, d’accord…tu dis que Didi nous invite pour quoi ce soir, déjà ?

Rester désinvolte. A tout prix. Sans quitter des yeux les lettres qui dansaient devant mes yeux, je lançai négligemment :

- Ah, je ne t’ai pas dit ? A ma chère, l’homme n’est rien, vraiment... « Enjaillement est rempli dans kpakite » de nos amis, oh (nos amis sont amoureux)…il veut nous présenter sa future chérie, à ce qu’il paraît…

- Ah bon ??? Ah ça…mais…enfin…bon…ben…ok… c’est bien !

Ah, ma chère, insinue-vite ta chose, hurlait mon esprit surchauffé tandis que les lettres semblaient ne jamais s’arrêter de danser sous mes yeux. Je sentais le regard de Djena peser sur moi. Elle hésita quelques secondes, puis se lança :

- Mimi, tu vas me trouver bizarre…Ne prends pas mal, hein…

- Hmmm… ? fis-je, en levant vers elle un regard faussement interrogateur.

- Mais Didier et toi…je m’étais imaginée…enfin…je pensais que…enfin, tu vois, quoi…

- Noonn…qu’il y avait un truc entre nous ??? Attends…notre même Didi, là ?

- Oui…Enfin, pas un truc déclaré, quoi, un peu comme le bled actuellement, …une sorte de « ni paix ni guerre », tu vois le genre…

J’écarquillai les yeux, épatée par ma propre capacité de simulation, et restai là, bouche bée, à la contempler d’un œil abasourdi :

- Attend…sérieux, easy… il faut penser à décrocher un peu des adoras (harlequin Ivoirien), hein…parce que là là, scénario Eza grave…

Il faut dire que j’ai un meilleur sens de la répartie, en temps normal… dans ma tentative piteuse de paraître crédible, je ré-éclatai d’un rire un poil trop tonitruant…en croisant les doigts pour que l’œil perspicace de Djena ne décèle la fébrilité qui se cachait derrière chacun de mes gestes. Mon vœu parut exaucé :

- Ah...j’ai dû me tromper alors…tu as raison, c’était un peu ridicule de penser ça.

Quoi, elle abdiquait déjà ???…Et moi qui espérais qu’elle développe les indices qui lui avaient laissé penser que, Didi et moi…avait-elle surpris des regards ? Des gestes ambigus ? Lui avait-il dit, ou même suggéré quelque chose? Ça me ferait une belle jambe de lui poser la question après avoir apporté un démenti si vigoureux à ses soupçons ! Ravalant ma frustration, je fis mine de me replonger dans le journal.

Ce que Femme veut, Dieu veut, dit le dicton…un bon début serait déjà que femme sache exactement ce qu’elle veut, non ?

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