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Couverture du roman La valse des sens

La valse des sens

Ces quatre chiffres gravés dans ma mémoire étaient autrefois le pont vers ta joie de vivre. Aujourd'hui, ton téléphone reste muet et ton absence laisse un vide immense que je ne parviens pas à combler. Je n'ai jamais pu faire mon deuil, gardant en moi tant de secrets non partagés. Pourtant, malgré le silence et ton départ prématuré, une certitude demeure : notre amitié brave l'éternité et la force de mon amour pour toi s'avère bien plus puissante que la mort.
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Chapitre 3

LA VALSE DES SENS/ 3- Les vieux sont tombés sur la tête...

J’apportais la dernière touche à ma tenue : un dernier coup de peigne à ma coupe à la « Rihanna », un peu du parfum de maman derrière les oreilles et sur les poignets, une ultime couche de gloss à paillettes...Je n’étais pas fâchée du reflet que me renvoyait la glace : les robes n’avaient jamais été ma tasse de thé…j’avais opté pour un slim, un top à strass argenté, des escarpins et une pochette assortis au top… un veston noire en simili cuir venait compléter le tout. Pour les bijoux, j’avais été minimaliste, me contentant de mettre des créoles en cœur argentées. Je jetai un regard appréciateur au tout…pas mal, vraiment pas mal du tout, je n’étais peut-être pas la Vénus de Milo, mais je n’étais pas mal dans mon genre, non plus. Et ce goujat de Didier qui avait osé me traiter de go garçon ! On verrait ce qu’on verrait, ce soir. Chaque seconde qui passait, faisait monter l’adrénaline…ainsi donc, l’heure était venue de LA rencontrer, celle par qui le déclic, et aussi l’insomnie, il faut le dire, étaient venus… Il n’était que vingt-trois heures, mais on devait faire un tour à l’Allocodrome de Cocody, avant d’aller faire les fous en discothèque.

J’étais fin prête. J’envoyai un bip à ma sœur. Elle rappliqua immédiatement :

- Han…Mimi, tu vas tuer au Plateau dêh !!!, s’exclama Angie en me découvrant ainsi vêtue de pied en cap.

- Alors ! répliquai-je, contente de tester mon petit effet sur elle, avant de mettre le nez dehors, puis poursuivis :

- C’est comment à la « douane », la voie est libre ? (la douane, c’était le salon, les douaniers, les parents).

- Libre… ? Ma chère, ils sont très calés même, ils regardent la télé…mais tu leur as déjà dit que tu sortais, non ?

- Oui, oui…fis-je, légèrement contrariée. Mais ceux-là, tu ne les connais pas ?

- Nooonn…me rassura Angie, tu serres ton visage, tu passes, tu regardes même pas à gauche, à droite, ils ne vont rien dire !

C’est ce que je fis. Je traversai le salon à toute vitesse, et m’apprêtai à pousser la porte de sortie, quand :

- Mireille, tu vas où comme ça ?

Et zut. Flashée par le radar :

- Euh…je sors avec des amis, papa.

- Ah bon ? Mais ta maman ne t’a pas dit qu’on avait réunion de famille ce soir ?

J’étais sûre d’avoir mal entendu, ou du moins, mal compris. Tant de haine était tout bonnement impossible. La gorge sèche, j’articulai péniblement :

- Ré…ré…ré… ?

- …union, m’aida Angie, charitable.

- Mais on ne peut pas remettre à demain…? tentai-je, désespérée.

Mon père me lança un regard sévère, puis rétorqua :

- Parce que tu estimes qu’aller te trémousser est plus important que les problèmes de la famille ?

Je ne répondis rien, réalisant à peine ce qui était en train de m’arriver. C’est à ce moment que s’éleva la voix de ma mère, conciliante comme toujours :

- Mais Ben, elle a déjà pris des engagements avec ses amis, elle ne peut pas décommander, là comme ça !

J’aspirai une grosse bouffée d’air frais…cette femme était tout simplement gén…

- Donc il faut qu’on fasse la réunion là rapidement, pour qu’elle puisse respecter son programme, poursuivit-elle. Angie, appelle les jumeaux, et votre petit frère.

Bientôt, tout le monde fut réuni au salon : mes parents, moi-même (carrément trop habillée pour la circonstance), Angie, les jumeaux Marthe& Marthin (ou comment tuner un prénom ringard…), et celui par qui le scandale arriva…Andy. Andy était le petit dernier ; du haut de ses huit ans, nous étions tous un peu gaga devant lui. Certes, ces derniers temps, il avait une fâcheuse tendance à nous balancer aux parents à tout bout de champ, mais nous lui pardonnions tout, c’était de son âge. Pourtant ce soir…en écoutant papa introduire l’objet de la réunion, je restai interdite :

- …Nous le savons tous, la vérité sort de la bouche des enfants. Ce soir, si je vous ai réunis, c’est parce que votre petit frère a quelque chose d’extrêmement important à nous dire à tous. Je vous demande donc de l’écouter très attentivement.

Allons bon. C’était quoi ça, une sorte de farce dont j’étais le dindon ? Une caméra cachée ? Les autres semblaient tout aussi déboussolés que moi. Andy, nous « parler » ? C’était quoi ce délire…la réponse dépassa tout ce que j’aurais pu imaginer. La voix fluette d’Andy s’éleva :

- Maman, papa, Mimi, Angie, Marthe, Marthin…

Je commençais à perdre patience. Dans mon sac à main, mon portable vibrait sans discontinuer depuis trente minutes ; ma jambe droite tressautait de façon compulsive. Il commençait à faire chaud, j’ôtai le veston en lançant un regard furibond à Andy, qui continuait, impassible :

- J’ai rêvé la nuit-là, il y avait un homme en blanc dans la lumière, il m’a dit que…que il a un message pour « nous » famille, qu’on doit être « uini », et que tout le monde doit dire ce qu’il a fait de mal pour que les autres « le » pardonnent, et que on se récon…réçon…ré…

- Réconcilie, réconcilie…, acheva maman, visiblement émue de voir que son enfant était en bonne voie pour devenir une sorte d’Illuminé.

C’était trop, je me mis à rire, vite rejointe par Angie, Marthe et Marthin. Nous eûmes bien évidemment droit aux remontrances des parents, qui prenaient avec un sérieux des plus surprenants les élucubrations de leur enfant. En douce, je jetai un œil à mon téléphone. J’avais raté une bonne vingtaine d’appels de Djena, Didi et d’une autre fille de la bande. Ma boîte de réceptions de SMS était saturée…Eh, Andy, je t’ai fait quoi ?

Je demandai l’autorisation de passer un coup de fil. Rapidement, j’informai Djena de la situation, lui promettant de mettre tout en œuvre pour me libérer aussi vite que possible.

- Ah, ma copine, c’est mal chic, tu rates deh ! s’exclama-t-elle avant de raccrocher.

Stoïque, je retournai à la séance de sorcellerie familiale pompeusement qualifiée de « réunion ». C’était l’heure de se plier aux instructions de l’oracle qui avait nuitamment visité notre petit frère. Il fut d’ailleurs le premier à ouvrir la série des « confessions », d’un air contrit :

- Je demande pardon…parce que…parce que…l’autre jour… j’ai sauté sur le lit !

- Oooh…Andy, s’écrièrent en chœur Papa et Maman, au comble de l’attendrissement devant le péché littéralement mignon de leur enfant.

- Hum…Mimi, tes parents là sont ENNUI deh !!!, me souffla Angie, assise à mes côtés dans le canapé.

Au bout de trois heures de délires, et de divagations en toutes sortes, les jumeaux, Angie et moi, consentîmes enfin à avouer tout et n’importe quoi, et à nous réconcilier sans avoir été au préalable fâchés…pourvu que cesse le cauchemar. Il était trois heures du matin quand la réunion prit fin. Je m’aperçus que j’avais toujours mes escarpins. Je les envoyai valser dans un coin du salon, avant de me diriger en fulminant, vers ma chambre. C’est ce moment que maman choisit pour me porter le coup de grâce :

- Ah…Mimi, tu ne vas plus ?

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