
La trahison du Don: Ma irrésistible ascension
Chapitre 2
Point de vue de Séraphine :
La voix d'Isabelle, feignant l'ivresse et la détresse, était une performance calculée – une fragilité transformée en arme que je ne connaissais que trop bien. « S'il te plaît, Damien ? J'ai peur de rentrer seule chez moi. »
La main de Damien, qui reposait sur le siège entre nous, s'est crispée en un poing. Il a freiné brusquement, les pneus crissant contre le pavé alors que la voiture s'arrêtait brutalement au milieu de la rue.
« Ne dépasse pas les bornes, Isabelle, » a-t-il prévenu, sa voix un ordre grave et guttural. « J'ai une femme. »
Pendant une seconde stupide et insensée, une lueur d'espoir s'est logée dans ma gorge. Il l'avait dit. Il avait tracé une ligne.
Puis, Isabelle s'est mise à pleurer. Des sanglots doux et brisés, conçus pour faire fondre sa résolution. Ils y parvenaient toujours.
Il a poussé un long soupir frustré. « Très bien. Où es-tu ? »
Il s'est tourné vers moi, son expression un conflit entre l'excuse et l'ordre. Sa mâchoire était tendue, et pendant un instant fugace, ses yeux ont montré une lueur de regret avant qu'elle ne soit éteinte par la froideur de son commandement. « Nous allons chercher Isabelle. »
L'espoir en moi s'est brisé comme du verre. Il ne me choisissait pas. Il me forçait juste à le regarder la choisir, elle. J'ai hoché la tête, le mouvement raide et robotique. Que pouvais-je faire d'autre ?
Nous nous sommes arrêtés devant un club privé réservé aux membres, où Isabelle attendait sur le trottoir. Dès que Damien est sorti de la voiture, elle s'est jetée sur lui, s'accrochant à son bras comme une naufragée.
« Damien, je savais que tu viendrais me chercher, » a-t-elle murmuré, les mots prononcés juste assez fort pour fendre l'air et m'atteindre dans la voiture.
Il a essayé de la repousser. « Isabelle, arrête. »
Elle s'est juste accrochée plus fort, enfouissant son visage dans sa poitrine. « Je ne peux pas. Tu m'as tellement manqué. »
Il a soupiré à nouveau, un son de pure résignation, et ses bras se sont levés pour l'entourer. « Je sais, » a-t-il dit, sa voix douce. « Quand ai-je jamais pu te dire non ? »
De l'intérieur de la voiture, j'ai regardé la scène se dérouler, un poids froid et lourd s'installant au creux de mon estomac. C'était ça, mon mariage. Un sport de spectateur.
Un coup sec sur ma vitre m'a fait sursauter. C'était Damien. Son visage était un masque froid et impersonnel, vidé de toute émotion.
« Décale-toi, » a-t-il ordonné, son ton factuel. « Tu conduis. Occupe-toi d'elle. »
Ma voix était à peine un murmure. « Tu me demandes d'être ton chauffeur ? »
Son regard glacial fut ma seule réponse. Il a ouvert la portière arrière pour Isabelle, puis a contourné la voiture pour s'installer côté passager. Son ordre a résonné dans la voiture silencieuse.
« Conduis. »
Sous les yeux méprisants et pleins de pitié de ses soldats garés de l'autre côté de la rue, je me suis glissée sur le siège conducteur. Le cuir était encore chaud de son corps. L'humiliation me brûlait les joues.
À l'arrière, Isabelle s'est drapée sur les genoux de Damien.
« Isabelle, » a-t-il prévenu, la voix tendue.
Elle a fait la moue, se reculant légèrement. « D'accord. Mais tu dois m'aider à chercher une nouvelle maison demain. Mon ancien appartement a trop de mauvais souvenirs. »
J'ai vu ses yeux croiser les miens dans le rétroviseur. C'était un regard d'excuse, de culpabilité, mais ça ne signifiait rien. Jamais.
« D'accord, » a-t-il accepté, et la tendresse dans sa voix fut un coup physique. C'était un ton qu'il n'avait jamais utilisé avec moi.
Quand nous sommes arrivés à l'immense propriété des Ricci, les parents d'Isabelle se sont précipités pour accueillir la voiture. Ils ont souri à Damien, le serrant dans leurs bras chaleureusement tandis que leurs yeux passaient sur moi comme si je n'étais qu'un élément de la garniture de la voiture.
« Damien, mon fils ! On était si inquiets, » s'est exclamée Madame Ricci.
Isabelle a tapoté l'épaule de son père d'un air enjoué. « Papa, tu aimes plus Damien que moi. »
Et puis je l'ai vu. Un sourire. Un vrai sourire sincère qui a atteint les yeux de Damien, quelque chose que je n'avais jamais vu en sept ans de mariage. Il a suivi Isabelle à l'intérieur, disparaissant dans la lueur chaude de sa maison familiale.
J'ai été oubliée dans la voiture, le moteur toujours en marche.
Quelques minutes plus tard, mon téléphone a vibré. Un SMS de Damien.
« Rentre sans moi. »
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