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Couverture du roman La tour des certitudes

La tour des certitudes

Aux abords de la ville, une tour singulière réunit quatorze habitants âgés de 4 à 90 ans. Si leurs parcours et leurs visions du monde divergent, ce lieu initialement marqué par l'indifférence devient le théâtre d'une transformation humaine. En apprenant à se côtoyer, ces voisins tissent des liens d'amitié et de solidarité. Ce microcosme social révèle la richesse de la diversité, où chaque résident dévoile peu à peu les secrets d'une histoire personnelle unique.
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Chapitre 2

C’est vrai qu’elle avait une allure bizarre cette tour. Elle était perdue au milieu de nulle part au bout d’une longue route qui la reliait à la ville la plus proche et qui ne se prolongeait pas après elle. Elle semblait avoir été déposée là, sur ce terre-plein entouré de champs. Les lampadaires étaient installés et s’éclairaient de la tombée de la nuit jusqu’à 23 heures, le parking était bitumé, des pots de fleurs géants, sans fleurs, étaient posés devant l’entrée. Mais seuls douze appartements étaient occupés sur la vingtaine construite. Cette situation perdurait depuis déjà plus de dix ans et rien ne semblait vouloir changer.

Sa forme était originale avec une base étroite et un élargissement progressif jusqu’au dernier étage qui, par conséquent, offrait un appartement beaucoup plus luxueux que ceux du rez-de-chaussée. Elle ressemblait à une pyramide à l’envers et semblait en équilibre précaire, prête à se renverser d’un côté ou de l’autre au gré du vent. Mais elle tenait bon, la technique avait réalisé l’irréalisable. La tour faisait partie d’un programme immobilier ambitieux et de nombreuses autres infrastructures devaient également s’implanter. Était programmée une forme de nouvelle petite ville intégrant des logements, des boutiques, des services publics comme un bureau de poste et une annexe médicale, une crèche et surtout des liaisons régulières de bus qui permettraient de rejoindre le centre-ville. Le programme complet ne vit jamais le jour. La construction de la tour terminée, les entreprises avaient plié bagage et aucun autre bâtiment ne sortit de terre. Nul n’en connaissait la raison, excepté certainement la municipalité et la société immobilière qui avait, depuis, déposé le bilan et donc disparu de la circulation.

Il était étrange d’apercevoir au loin cette tour au sommet d’une colline, échouée tel un navire au milieu des étendues verdoyantes avec pour seul accès une simple et unique route goudronnée. Elle semblait regarder au loin et surveiller l’arrivée d’éventuels ennemis, la tour de garde d’une ville moderne qui avait perdu ses repères et son âme. On avait l’impression de participer à un film de fin du monde où quelques individus avaient survécu et vivaient reclus. Ce n’était pas le cas et tous avaient une vie sociale en dehors de cette tour, mais l’image était bien celle-là.

Seuls douze appartements furent vendus et M. Gérézon fut le premier propriétaire à avoir investi, il choisit le plus spacieux, celui situé au dernier étage avec terrasse. Puis avaient suivi dans l’ordre d’acquisition, M. Weiss, M. Saivrai, Platon, Mme Aksakov et enfin, M. Briand et l’Artiste qui emménagèrent durant la même semaine. Ils étaient tous arrivés à quelques mois d’intervalle, alléchés par une offre promotionnelle qui devait lancer le projet de ce nouveau quartier jamais achevé. Mais ils l’ignoraient à l’époque. Quoi qu’il en soit, ils avaient payé largement moins cher qu’un logement équivalent dans un quartier déjà existant. Et pour la majorité d’entre eux, ils avaient pu devenir propriétaires alors que cela aurait été impossible sans cette offre. Une belle aubaine en quelque sorte.

L’arrivée de M. Weiss fut remarquée. Il donnait des ordres aux déménageurs qui s’évertuaient à suivre ses directives, mais malgré tous leurs efforts, il n’était jamais satisfait. Ils devaient faire attention à ne pas heurter les meubles, à ne pas abîmer les murs, à ne pas faire de bruit, bref c’était une suite de « ne pas », impossible à respecter. Puis vint le moment du placement des meubles qui changèrent de position de multiples fois. Enfin, le déménagement fut terminé, les meubles installés et tout était en ordre, prêt à être utilisé.

L’emménagement de l’Artiste fut folklorique, bruyant et complètement désordonné. C’était un défilé de chevalets, de toiles vierges prêtes à satisfaire l’esprit créatif de l’Artiste. Mais il se fit.

Les autres aménagements furent plus discrets et se firent sans que personne ne s’en rende vraiment compte.

Dans les premiers temps, personne ne se fréquentait, tout le monde se croisait dans les escaliers et devant les boîtes à lettres. Tous attendaient l’évolution du quartier pour enfin bénéficier des avantages qui avaient été vendus avec les appartements. Ce fut une cause perdue d’avance.

Quelques locataires vinrent occuper d’autres appartements et une vie sociale commença à poindre. Au bout d’un certain temps, ils réalisèrent tous que le programme de développement du nouveau quartier était stoppé définitivement et qu’ils devraient s’adapter à ce type de fonctionnement. Après réflexion, ils convinrent que c’était confortable. Ils vivaient dans un lieu calme, la ville était à peu de kilomètres et accessible en voiture et autre avantage non négligeable, l’administration fiscale les avait oubliés et aucun impôt ne leur était réclamé, en revanche, ils bénéficiaient de l’accès à l’électricité et à l’eau courante comme tout autre citoyen de la ville.

Les occupants vivaient leur vie de manière indépendante, sans se préoccuper de ce qu’il se passait chez leur voisin. Ils avaient reproduit le mode de vie de tous les immeubles des grandes villes, ils vivaient côte à côte dans une indifférence paisible. Ils avaient été formatés depuis leur début de vie d’adulte, voire de leur enfance pour certains, et n’envisageaient pas de changement.

***

Le discours se termina enfin. Personne n’avait écouté mais M. Gérézon avait eu son public et il était content de sa prestation.

La fête dura toute la soirée et se termina assez tardivement. Léa et sa petite Camille quittèrent la soirée assez tôt. Léa devait travailler le lendemain matin et ne pouvait pas se permettre d’arriver en retard au risque d’être licenciée. Cela aurait été pour elle une catastrophe car elle ne voulait pas perdre la garde de son enfant et devait subvenir à ses besoins sans faille. Elle était serveuse dans un café restaurant, faisait des heures supplémentaires pour améliorer son salaire et ainsi travaillait plus de dix heures par jour. Heureusement, Georges gardait sa petite fille en attendant son retour, et elle était en confiance.

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