Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman La tour des certitudes

La tour des certitudes

Aux abords de la ville, une tour singulière réunit quatorze habitants âgés de 4 à 90 ans. Si leurs parcours et leurs visions du monde divergent, ce lieu initialement marqué par l'indifférence devient le théâtre d'une transformation humaine. En apprenant à se côtoyer, ces voisins tissent des liens d'amitié et de solidarité. Ce microcosme social révèle la richesse de la diversité, où chaque résident dévoile peu à peu les secrets d'une histoire personnelle unique.
Chapitres
Partager

Chapitre 3

II

4ème étage

Mme Aksakov fit la connaissance de Platon dans le hall d’entrée, devant les boîtes aux lettres. C’était le seul lieu de rencontre possible. Platon était accroupi, tentant de rassembler ses lettres et prospectus divers qu’il avait, comme souvent, laissés choir et qui étaient éparpillés sur le sol.

— Bonjour, M.…

— Bonjour, madame. Platon, tout le monde me donne ce surnom alors vous pouvez l’utiliser, il me convient. Et vous, c’est…

— Mme Aksakov. Mais je n’ai aucun surnom ni diminutif, ajouta-t-elle en souriant.

— Enchanté. Je crois que nous sommes voisins de palier. J’espère que je ne fais pas trop de bruit avec ma musique classique ?

— Pas du tout.

— Car j’ai un peu tendance à forcer le son et je suis habité par elle, continua-t-il sans tenir compte de la réponse de sa voisine.

Elle le regardait, surprise par cet homme un peu décalé mais très poli. Ce critère était primordial pour elle, qui avait reçu une éducation traditionnelle axée sur les conventions. Pourtant la vie de sa famille avait été mouvementée et certaines figures dénotaient par leur originalité et surtout par leur engagement.

— Vous pourriez vous joindre à moi si vous le souhaitez. Nous pourrions écouter un morceau de votre choix en buvant une tasse de thé. Qu’en dites-vous ?

Mme Aksakov resta interloquée par cette invitation inattendue. Curieusement, elle ne prit pas le temps de réfléchir et accepta.

— Cet après-midi ? à 15 h ?

— Volontiers.

C’est le seul mot qui lui vint à l’esprit. Elle n’avait pas hésité et sa réponse la surprit elle-même.

Elle était heureuse d’apporter un peu de changement dans sa routine, mais se demandait pourquoi elle avait agi avec une telle spontanéité et peut-être un manque de discernement. Mais elle avait accepté et elle irait.

À 15 h pile, elle frappa à la porte de l’appartement de Platon qui lui ouvrit avec un grand sourire.

Mme Aksakov était une petite femme menue, dynamique et toujours aimable. Elle devait être âgée d’environ quatre-vingts ans et avait certainement vécu de nombreux événements durant toutes ces années. Elle était discrète et personne ne s’apercevait de sa présence depuis qu’elle occupait son appartement du 4èmeétage. Très coquette, elle s’habillait de manière classique, élégante mais sans ostentation. Elle semblait s’être échappée d’un livre de contes pour enfants dans lequel la grand-mère prépare de magnifiques gâteaux, pour régaler toute la famille, et console le chagrin des petits et grands enfants en les écoutant tout en leur préparant de grandes tartines de pain avec beurre et confiture maison à foison. Elle respirait la générosité et la bienveillance. Il était rare de croiser de telles personnes calmes et sereines dans ce monde moderne où tout doit aller vite, où la communication n’est plus qu’une transmission d’inepties stériles et où la soi-disant amitié, mise à toutes les sauces, n’est qu’une succession de like sur un ordinateur portable.

Mme Aksakov fut agréablement surprise par l’intérieur de l’appartement de M. Platon, elle avait des difficultés à n’utiliser qu’un surnom pour une personne qui lui était jusqu’alors inconnue. Elle verrait plus tard pour la suppression de l’attribut M. Elle pourrait qualifier l’ambiance décorative de coquette, sans aucun sous-entendu vis-à-vis de cet homme. Elle n’avait rien imaginé de spécial car elle n’avait jamais aucun a priori, mais l’atmosphère chaleureuse rendue par les couleurs claires et veloutées, appliquées sur les murs, et l’utilisation du bois clair pour le parquet lui plaisait énormément. Elle devina immédiatement la passion de M. Platon.

Les livres envahissaient l’entrée et le salon en était tout aussi encombré sur les étagères d’une bibliothèque qui couvrait tout un pan de mur, sur de petites tables parsemées dans la pièce, sur le sol. Ils occupaient l’espace comme pourrait le faire un animal domestique et se l’étaient approprié comme tout être vivant. L’impression était surprenante et ils auraient pu intégrer la magie du conte « Alice aux pays des merveilles » en s’animant soudain, chaque phrase émergeant des pages pour donner vie aux scènes imaginées par l’auteur. Ils vivaient dans cet appartement avec M. Platon, simple entité complémentaire de leur existence.

— Asseyez-vous confortablement, M. Platon l’interrompit dans sa rêverie délirante et lui avança un fauteuil crapaud.

Mme Aksakov apprécia le confort du fauteuil mais garda son maintien de bonne éducation, se retenant difficilement de se laisser absorber par le moelleux du dossier.

Quelques bruits de bouilloire et de vaisselle plus tard, M. Platon apparut les bras chargés d’un plateau sur lequel étaient posées deux jolies tasses en porcelaine anglaise, un sucrier assorti à la théière, aux mêmes motifs que les tasses, et une brioche embaumant agréablement le salon. Avec un air jovial, M. Platon déclara :

— Je fais prendre l’air à la vaisselle héritée de ma grand-mère, que j’ai rarement l’occasion d’utiliser. Ce service à thé a un charme désuet sorti tout droit d’un livre de Proust. Mais je n’ai que de la brioche en guise de madeleine.

Mme Aksakov apprécia cette délicate attention et le remercia. Elle était à la fois amusée et attendrie par cet homme qui aurait pu être ce fils qu’elle avait tant souhaité. Il semblait gêné par ce grand corps aux gestes maladroits, gouverné par une tête envahie de pensées toujours en mouvement, jamais au repos qui le faisait trébucher sur une marche ou se cogner contre un chambranle de porte pourtant suffisamment large pour passer sans même l’effleurer. Sa maladresse ne l’empêchait pas de garder un visage souriant et une douceur dans ses gestes.

Tous deux se mirent à parler de leur goût en matière de lecture et bien que leurs préférences ne soient pas accordées, ils discutèrent ouvertement, sans heurts, chacun respectant l’avis de l’autre bien qu’il soit divergent. Une discussion en bonne intelligence entre personnes ouvertes s’installa.

L’après-midi passa rapidement, la nuit s’introduisit dans la pièce vers 18 h et M. Platon alluma plusieurs lampes de table sans interrompre le flot de paroles qui les animait. Soudain Mme Aksakov tourna son regard vers l’extérieur et s’aperçut que le temps avait passé.

— Je dois rentrer chez moi maintenant, le trajet n’est pas long, environ une dizaine de pas de ce fauteuil à mon entrée.

— Déjà ! J’ai l’impression que vous venez d’arriver ! Si vous êtes d’accord, je serais heureux de vous recevoir à nouveau.

— Eh bien la prochaine fois, vous venez chez moi. Ma porcelaine n’est pas anglaise mais russe, j’ai moins de livres mais nous pourrons ainsi continuer notre discussion.

Ravis tous les deux à l’idée de leur futur débat, ils retrouvèrent leur fausse solitude.

Continuez à regarder !
L'histoire devient intense ! Passez sur l'application pour continuer la lecture
Débloquer tous les épisodes
Ouvrir le site officiel

Vous aimerez aussi

Couverture du roman À tes ordres, chérie
8.1
Considérée comme une opportuniste par son mari Kenneth, Selena finit par briser ses chaînes après des années de mépris. Elle demande le divorce, une décision que Kenneth accepte avec joie. Désormais libre, l'ancienne épouse soumise bâtit un empire financier colossal et attire l'élite masculine. Face à cette métamorphose, Kenneth, obsédé, tente de la reconquérir. Il va jusqu'à lui proposer de fusionner leurs fortunes et de fonder une famille pour réparer le passé.
Couverture du roman La princesse des mafias
7.9
Maintenue dans l'ombre par son père, chef de la mafia russe, Sofia Novikov vit une existence effacée. Contrairement à sa sœur aînée Anastasia, dont la beauté et le charisme captivent tous les regards, elle reste un secret bien gardé. Pourtant, sa rencontre avec un homme imposant bouleverse tout. Entre l'arôme de son parfum coûteux et son regard ténébreux, il exige de marquer son territoire. Sofia vacille face à cette menace sensuelle qui compte révéler son identité au monde.
Couverture du roman Le Bad boy que j'aime
8.8
À 21 ans, Sylvie Kincaid subit une trahison dévastatrice : Rhodes, son premier amour, la délaisse pour la NBA et s'affiche déjà ailleurs. Pire encore, ses amies l'ont trahie pour rester proches de lui. Pour fuir ce climat toxique, Sylvie emménage avec Colter Wexler, le capitaine rival et bad boy du campus. Si la cohabitation s'annonçait électrique, une attirance interdite naît entre eux. Sylvie saura-t-elle guérir ou fonce-t-elle vers un nouveau désastre amoureux ?
Couverture du roman Le destin trahi: Une nouvelle aube
8.8
Lors de ses fiançailles, Léa Dubois subit l'ultime affront. Devant l'élite parisienne, son promis Alexandre Leclerc la délaisse brutalement pour Chloé, la fille de leur ancienne gouvernante. Justifiant sa trahison par de sombres prétextes énergétiques, l'héritier humilie publiquement Léa en s'agenouillant devant sa rivale. Brisée mais digne, Léa refuse de sombrer. Puisqu'il rejette leur destinée astrale commune, elle ne le sauvera pas. Désormais, elle observera sa chute.
Couverture du roman Le Milliardaire Vengeur
8.5
Trahie au plus profond de son intimité, Alicia découvre son fiancé dans les bras de sa meilleure amie. Pire encore, elle réalise qu'il l'a cyniquement manipulée pour garantir son succès électoral. Consumée par la colère, elle choisit de s'unir à son rival politique pour sceller sa vengeance. Ce qui ne devait être qu'une aventure d'un soir l'entraîne dans un engrenage complexe. Aux côtés de cet homme énigmatique et troublant, elle s'embarque dans une quête de justice imprévue.
Couverture du roman Mon petit et grand secret
8.1
Sofia excelle comme assistante de direction, dissimulant une vérité explosive sous son masque professionnel. Une erreur critique la lie soudainement au destin de la puissante dynastie qui l'emploie. Entre un patron énigmatique et la protection d'un secret personnel vital, elle navigue dans un réseau de loyautés précaires. Alors que les tensions éclatent, pourra-t-elle préserver ce qu'elle chérit sans se perdre ? Chaque révélation menace de briser sa vie ou de la libérer enfin.