
La Secrétaire Parfaite et le Milliardaire Impitoyable
Chapitre 2
La porte de la salle de réunion s'ouvrit comme un coup de vent. La pièce, habituellement calme, se figea instantanément. Une paire de talons claqua sur le sol, un rythme régulier et impérieux, tranchant comme une lame. Les conversations s'éteignirent, les têtes se tournèrent. C'était elle.
Elle n'avait pas besoin d'une annonce. Sa seule présence suffisait à imposer le silence. Une robe noire, une veste impeccable, et un sourire fin, presque cruel. Roxanne, debout devant la table ovale, faisait face à l'assemblée avec un mélange de défi et d'assurance.
- Je crois que nous pouvons commencer, déclara-t-elle, sa voix aussi glaciale que le vent d'hiver.
Sophie, assise près du bout de la table, sentit une vague de colère monter. Magnus, lui, ne disait rien, assis en bout de table comme un roi silencieux, son regard braqué sur Roxanne.
La réunion débuta dans une tension palpable. Roxanne prenait le contrôle de la salle comme si elle en avait toujours été la maîtresse. Son ton était précis, ses arguments acérés. Elle parlait de réorganisations, d'efficience, de « nouvelle vision stratégique. » Les membres du comité d'administration acquiesçaient, hypnotisés, pendus à ses lèvres.
Sophie observait tout, la mâchoire serrée. Elle n'avait pas été consultée pour cette réunion, encore moins pour les décisions qu'on semblait maintenant lui imposer. À chaque mot de Roxanne, elle sentait le sol se dérober un peu plus sous ses pieds.
Lorsque Roxanne termina sa présentation, Magnus, enfin, prit la parole.
- Merci, Roxanne. Votre analyse est, comme toujours, d'une précision remarquable.
Il se tourna vers le reste de la table.
- Si vous avez des objections, c'est le moment de les exprimer.
Sophie croisa son regard. Il la défiait.
- En effet, j'ai une objection, dit-elle d'un ton qu'elle voulait ferme, mais où transparaissait une pointe de rage.
Tous les regards se tournèrent vers elle. Roxanne, elle, se contenta d'un léger sourire.
- Je trouve que ces décisions sont... précipitées. Personne ici n'a eu l'occasion d'examiner en détail les implications de cette soi-disant « nouvelle vision stratégique. »
- Ces décisions sont nécessaires, Sophie, intervint Magnus, tranchant. Si nous voulons rester compétitifs, nous devons avancer. Pas reculer.
- Avancer ? Avancer comment ? En laissant une inconnue dicter la direction de l'entreprise ?
La salle entière sembla retenir son souffle. Roxanne posa ses mains sur la table, se penchant légèrement en avant.
- Inconnue ? répéta-t-elle doucement. Je suis désolée si mon expérience et mes qualifications vous échappent. Peut-être aurais-je dû vous adresser mon CV personnellement ?
Le ton dégoulinait d'ironie. Sophie serra les poings sous la table.
- Mon expérience, pour votre information, ajouta Roxanne, inclut la restructuration de deux entreprises au bord de la faillite. Et devinez quoi ? Elles sont aujourd'hui parmi les leaders de leur secteur.
Magnus intervint, sa voix coupant net le début de réponse de Sophie.
- C'est assez.
Il posa ses coudes sur la table, regardant Sophie droit dans les yeux.
- Ce n'est pas une attaque personnelle, Sophie. Tout ceci est pour le bien de l'entreprise. Pour notre avenir.
- Notre avenir ? répondit-elle, incrédule. Magnus, tu entends ce que tu dis ?
- J'entends que tu refuses de voir la réalité en face.
La réunion s'acheva dans une atmosphère glaciale. Roxanne quitta la pièce la première, suivie de Magnus, qui ne jeta pas un seul regard à Sophie.
Plus tard dans la journée, Sophie retourna à son bureau. Elle espérait y trouver un peu de répit, peut-être même de quoi se raccrocher à une illusion de normalité. Mais à peine eut-elle franchi la porte que quelque chose lui parut anormal.
Son ordinateur était éteint. Son bureau, habituellement encombré de dossiers, était vide. Elle chercha dans les tiroirs, mais tout avait été nettoyé. Comme si elle n'avait jamais été là.
Le téléphone sonna. Elle décrocha, la gorge nouée.
- Madame Belmont ? C'est Anne, du service des ressources humaines.
- Oui ?
Un silence gêné à l'autre bout de la ligne.
- Je voulais juste vous informer que, suite à la réorganisation en cours, votre poste a été... supprimé.
Le mot résonna comme un coup de tonnerre.
- Supprimé ? répéta-t-elle, incapable de comprendre.
- Monsieur Van Adler m'a demandé de vous informer que vous seriez réassignée. Mais pour l'instant, votre poste tel qu'il existait n'existe plus.
Elle raccrocha sans même répondre.
Magnus.
Elle se leva d'un bond, traversa les couloirs en marchant si vite que les employés qu'elle croisait s'écartaient sur son passage. Elle entra dans le bureau de son mari sans frapper, le trouvant debout, les bras croisés, face à Roxanne.
Ils se tournèrent vers elle, surpris.
- Tu as supprimé mon poste ? lâcha-t-elle, sa voix tremblant de colère.
Magnus soupira, mais Roxanne prit les devants.
- Sophie, il ne s'agit pas de vous. Il s'agit de ce qui est le mieux pour l'entreprise.
- Ne me parle pas d'entreprise, siffla Sophie. C'est entre Magnus et moi.
Elle planta ses yeux dans ceux de son mari.
- Pourquoi ?
Il haussa les épaules, comme si la question n'avait pas d'importance.
- Parce que c'était nécessaire.
- Nécessaire ? Tu veux dire que c'était nécessaire de m'effacer ?
- Personne ne t'efface, Sophie. On ajuste les choses. Tu comprendras, avec le temps.
Mais elle savait qu'elle ne comprendrait jamais.
- Non, Magnus, je ne comprendrai pas. Pas cette fois.
Et elle quitta la pièce, le cœur lourd, mais une nouvelle détermination brûlant dans ses veines.
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