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Couverture du roman La passagère du side-car

La passagère du side-car

Sur les terres d'Afrique, Camille voit son existence basculer lors d'un accident de route. Enlevée et séquestrée, elle sombre dans un délire où rôde une ombre mystérieuse. Cette captivité forcée devient le miroir de ses propres prisons intérieures, entre fantasmes et terreurs profondes. Confrontée à cette présence obsédante, elle doit lutter pour son équilibre psychique. Sa fuite marquera le début d'une renaissance, transformant ce traumatisme en une quête de liberté absolue.
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Chapitre 1

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite.

L'enfance est le sol sur lequel nous marcherons toute notre vie.

Lya Luft

Vivre ce n'est pas attendre que l'orage passe mais c'est apprendre à danser sous la pluie.

Sénèque

Préface

Elisabeth Gelin ou le roman fertile

Ma préface ne sera pas longue. D’abord, la longueur d’une préface n’est en aucun cas proportionnelle à la qualité du livre qu’elle évoque, ensuite, un texte est toujours plus éloquent que tout ce que l’on prétendra en dire. Cela étant dit, la première fois que j’eus ce projet de mon amie Elisabeth Gelin sous les yeux, encore à l’état de manuscrit, une chose s’imposa sans attendre : il y avait là un roman, un vrai, un style, un vrai ; une odyssée intérieure, à la fois ourlée, pensée, longuement ruminée dans des forges intimes ; une plongée en apnée dans les méandres d’un esprit complexe, habité, tourmenté. L’objet, aux résonances profondes, semblait insaisissable, singulier, unique, en dehors des sentiers balisés, qualité s’il en est dans ce monde dangereusement grégaire où prévaut, comme le disaient Deleuze et Guattari « l’équivaloir généralisé »…

« Au seuil de l’éveil, dans ce moment cotonneux où la lisière entre le temps et l’espace n’est pas encore définie, les couches profondes de l’inconscient enfoui surgissent, éphémères, volatiles, qui ne se laissent pas aisément capturer. Les deuils obscurs, latents, inavoués, secrets, jaillissent comme des fontaines. » Si trop souvent la littérature prend l’eau, dans ce roman, elle jaillit des fontaines, comme pour mieux en irriguer les pages, tel « un ruisseau chantant sur la pierre chaude ». Devant tant de luxuriance dans le détail, dans les souvenirs d’une nature souveraine que l’auteur décrit à merveille, on a l’impression de lire un roman fertile… D’emblée, le ton est donné. Ce texte a quelque chose de baptismal. Il a souvent la couleur d’une aube, des lisières de l’enfance, de ce moment inaugural où la vie se déploie, lentement, dans la ferveur d’un regard d’enfant. Ce n’est pas un hasard si tout commence en Afrique – cette aube du monde –, à Madagascar, plus précisément, où Elisabeth est née :

« Quand j’étais petite, j’habitais en Afrique, sur une grande île. Mon espace se limitait à la maison basse de terre ocre aux volets bleu vif, à la fontaine de céramique dans la cour carrée, au bananier protecteur, aux bougainvilliers roses et jaunes entrelacés et à la barrière verte devant la sente qui dégringolait de la colline du palais de la reine. » Ce n’est pas un hasard non plus si, à ces grands espaces où la liberté règne, succède un espace clos où la narratrice va vivre une réclusion forcée. La privation de liberté n’est-elle pas la pire chose que puisse vivre un être, pire que la mort, peut-être ?

La grande tentation d’une mauvaise préface serait de raconter le livre qu’elle précède, aussi, je m’en garderai bien. Je ne donnerai pas de détail sur ce monde clos, sur cette geôle mystérieuse, succédant douloureusement au monde ouvert, où la narratrice est retenue malgré elle. Les détails, foisonnants, viendront à la lecture tant Elisabeth Gelin a conçu un livre-piège dont on ne sort que lentement, en tout cas pas indemne. Entendons-nous bien : un livre-piège nourri de ces précieux états que sont pour le lecteur, l’inquiétude, la peur, l’empathie, la compassion ou la volupté. Volupté des corps qu’une écriture particulièrement sensuelle habille de mots choisis. La mémoire, celles des voluptés enfuies, même prise dans des brumes indécises, n’est-elle pas elle aussi un monde infini ? Car c’est là que se noue le cœur d’une intrigue menée avec autorité dont nous aurons finalement la clé.

Dans notre monde si prompt aux assignations à résidence, il convient de ranger un livre dans une catégorie où il ne détonnera pas trop. La passagère du side-car échappe largement à ces réductions jivaresques, mais « Thriller psychologique… » est peut-être la meilleure façon de le définir. Du thriller, il a la tension nerveuse, la construction labyrinthique, le climat oppressant, la douleur, le suspense qui ne cessera qu’à la fin. Du roman psychologique, il a les tourments intérieurs, les questions obsédantes, les flux et reflux du souvenir, dans ce champ clos où conscience et inconscient règlent leurs comptes. Enfin, le plus sûr dans cette histoire pourtant fort bien ficelée, c’est encore et toujours le style. Cette manière personnelle qu’a l’auteur, par petites touches impressionnistes de nous faire partager au plus vrai, au plus intime, les sensations, les pulsions de son héroïne, et les pulsations de son monde. Ce n’est pas donné à toutes les plumes.

Enfin, J’aimerais un homme qui m’appelle pour rien, pour me demander : « tu vas bien ? » Un homme pour me dire : « je pense à toi, tu me manques. » Un homme intensément présent. »,dit lanarratrice à la fin du livre. Et si ce roman, au-delà de ses tours et de ses détours, dans lesquels on se laisse prendre, était aussi, et peut-être surtout, un beau roman d’amour ?

Patrick TudoretPatrick Tudoret est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages publiés aux Éditions de La Table Ronde (groupe Gallimard), chez Grasset, Tallandier ou aux Belles Lettres. Ses pièces de théâtre ont été jouées à Paris, en province, et au Festival d’Avignon. Il a obtenu un certain nombre de prix, dont le Grand Prix de la Critique Littéraire ou le Prix Brantôme de la biographie historique.Camille a réussi à déplier ses poumons,l’air s’est engouffré, elle a crié, elle se sent tellement vivante. Un soleil immense l’habite tout entière, l’envahit comme un occupant généreux, c’est bon, c’est chaud, cette capacité de vie c’est la sienne, elle va s’y ressourcer et s’y abreuver toute son existence. Elle ne se doute pas qu’elle va devoir apprendre à connaître et maîtriser cette force toute neuve, à l’apprivoiser pour renverser les obstacles. Pour l’heure, elle s’étire, se déploie, dans une bulle d’aise et de Bien-être.

Camille embrasse la vie. Des masques défilent, c’est un curieux ballet dénué de sens, des voiles blancs se gonflent telle la voilure d’un bateau sous le vent du large, mais elle ne sent pas cette brise, ses sens sont anesthésiés.

Désir de goûter une peau contre la sienne, de humer son odeur, sa douceur, de la sentir contre sa joue, contre son oreille que l’on dit fine et bien dessinée.

Par moment, elle se sent soulevée, happée, comme un paquet de linge, au milieu de chuchotements sans chaleur. Elle se replie sur son monde intérieur. Elle vomit.

Vomit tout ce néant, ses peurs, ce noir, son trop-plein de tendresse, sa naissance. Elle vomit tout en bloc et n’arrête pas de trembler de peur, comme aujourd’hui.

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