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Couverture du roman Là où va le feu: 1er Journal

Là où va le feu: 1er Journal

En 2054, une Terre aride agonise sous un soleil implacable. Tom Lancéphale survit reclus en sous-sol jusqu'au jour où un gel foudroyant paralyse le globe. Sortant d'un sommeil millénaire lors du dégel, il découvre une nature luxuriante et métamorphosée. Ce carnet de bord relate son odyssée sensorielle et son apprentissage sauvage au cœur d'un monde inconnu. Entre aventure et perdition, ce récit d'anticipation explore la résilience humaine face à la beauté du vivant retrouvé.
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Chapitre 1

Année 2, mois 7

Là où va le feu, est là où s’avancent mes pas. Ce sont ces instants qui mènent d’une survie à l’autre. Ce sont ces lignes que j’écris le soir en cuisant le repas que la jungle m’a offert. C’est suivre le chemin des braises qui s’évadent dans l’obscurité. Le dernier long voyage de mes empreintes…

Ceci fut mon journal d’un entre deux mondes, ouvert dans le désespoir d’une mort certaine, achevé dans la certitude d’une vie nouvelle.

La terre ne s’est pas réincarnée, elle s’est régénérée. Et moi avec.

Tom Lancéphale, terrien déchu

Ruines

Fragments de notes - septembre à novembre 2053 :

4emois de sécheresse

Plus de Biafine, bonjour la peau de cobra pour demain. Ils appelaient ça planète étuve, eh bien la voici. Nous avons muté en une espèce nocturne, des êtres devenus proies du soleil. Ça y est, là il est parti carboniser les terres de l’ouest mais dans 6 heures, il reviendra chez nous pour le prochain tour de broche. Et alors il faudra se cacher, avancer à couvert. Avancer, à couvert, et puis c’est tout. L’objectif ? À boire, à manger, de l’ombre. Basta. Il sera là le bonheur, un ruisseau d’eau fraîche et cristalline cascadant tes entrailles. Je m’assèche. Surtout, n’oublie rien terrien, t’es rien de rien tuer, ouais terrien, tu n’es plus rien sur cette terre de plus rien. Tu veux en finir terrien ? OK, alors vautre-toi au sol demain dès 6 heures et le soleil t’emportera dans sa lumière. Flash ! Au bûcher, adios l’hérétique. Pulvérisé, peaulvérisé, chairvérisé, osvérisé, âmevérisé… Des rayons de lave. Un grand marasme. Ravi d’être né, merci maman, merci papa.

Réserves : eau 1.6L, 2 barres de céréales.

Solo depuis les 10 jours que j’ai lâché la troupe folle. À contre sens sur l’autoroute, le goudron visqueux qui colle aux pattes. Vallée de la mort. Quelques voitures HS, quelques stations essence HS, quelques cadavres HS. Comme une balade à Pompéi. Odeur de roussi. Narines brûlées. Gorge enflammée. Air opaque. Nuit ocre sombre. Même pas un cactus qui pousse. J’ai un plan, il faut marcher vers le sud. Là où les hommes ne sont plus que souvenir. Là où dans la débandade ils n’ont pas eu le temps de faire bagage… Ensuite, il faudra creuser. S’éloigner loin, ouais loin dans les profondeurs. Les autres migrent vers le nord et la damnation alors que la survie se trouve juste sous leurs pieds dans le taudis des taupes.

Réserves : eau 0.7L, avoine d’écurie 450G.

Des ruines arides, partout. Mare de boue bien amère. Neige de cendres. Ciel rougeâtre, coucher de soleil magnifique. L’eau est l’or maintenant, la denrée disparue, qui l’eût cru ? Les marketeux s’en arracheraient les cheveux. Ville, ville à l’horizon ! Des usines, des magasins, des maisons, des immeubles, des bistrots, des parcs, un stade. Tous silencieux. Drôle d’oasis. Fouilles alimentaires. Trouvailles. Ça ravigote.

Fragments de notes fin 2053 – début 2054

Rassasié. 3 nuits que je creuse mon trou à coup de pelle-bêche. Tout est prêt et voilà… J’y suis, ancré 5 mètres sous terre. La vie de caverne commence. Un étroit tunnel me relie à la surface, il me fournit air et lumière. Enfin un peu de fraîcheur, moi qui pensais finir brûlé vif à force de rester planté là-haut comme un piquet. Avant de descendre pour de bon, j’ai tué une charogne en lui fracassant le crâne aussi à coup de pelle-bêche. Légitime défense, c’est lui qui voulait s’en prendre à mon stock de vivres ramassés un peu partout dans la flopée de maisons mortes que je fouillais depuis des semaines. Maisons, supermarchés, usines… Tout est bon à prendre pour l’homo-mori de la post-histoire.

« Éloigne-toi de ça ou jt’écaille », me disait-il, tout tremblotant qu’il était en pointant sa petite lame vers mes réserves.

Je n’étais pas plus homme qu’il ne l’était plus. Oui, il fallait en arriver là, notre famine dévora notre humanité en dernière ration de survie. Désolé vieux, mais c’est pas comme ça qu’on demande de l’aide à son prochain. Et c’est pour cette raison que je t’ai enfoncé ma pelle en pleine face. Ce vautour m’aura quand même planté la cuisse pendant le corps à corps. Triste affaire, l’un sur l’autre se roulant au sol jusqu’à sombrer au fond de mon puits. Par chance, j’y avais laissé ma pelle qui creuse apparemment aussi bien la terre que la cervelle. Merci pour le t-shirt néanmoins, il ne te servira plus alors il sera mon pansement. Terrible, il y a encore quelques mois je ne me pensais pas capable de tuer quelqu’un. Oui mais ici chez nous – les terriens –, le vent a tourné, le sang a chauffé.

Fallait-il manger cet homme ? C’était sans doute l’idée la plus sage mais je ne pouvais m’y résoudre. Arrivée dans ses derniers retranchements la faim donne raison à tout et ça même pour le plus avisé des hommes. Mais non, pas encore pour moi. Allez ouste, hors de mon trou avant que ça n’empeste le cadavre. Les flammes du soleil s’occuperont du corps. Vu la température, il sera devenu poussière planante d’ici le mois prochain et excellent fertilisant pour le monde d’après. Fallait-il vraiment ne pas manger cet homme ? Ce si gros morceau de viande, j’y vois du gâchis, j’y vois un festin, j’y vois mon dernier élan de lucidité, j’y vois cette sécheresse… Rôtissant sa cher et chère chair humaine.

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