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Couverture du roman La nuit de ma mort

La nuit de ma mort

La vie de Christophe bascule lors d'un accident de voiture fatal. Chasseur de fantômes passionné par le paranormal, il réalise vite qu'il a rejoint l'au-delà. Ce voyage initiatique le pousse à explorer les mystères de l'après-vie tout en analysant son passé d'humain. Confronté à des rencontres insolites et des révélations troublantes, Chris franchit des seuils inattendus. Son crash devient le point de départ d'une quête de vérité profonde aux enjeux imprévisibles.
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Chapitre 2

IIDébut du chemin

Observant cette scène avec effroi, je mis du temps à réaliser ce qui s’était passé. J’étais arrivé sur les lieux de mon propre accident. J’avais voyagé dans le temps et j’étais précisément apparu à ce moment-là. Ce souvenir s’était ravivé avec une telle intensité, que j’avais revécu la scène de l’extérieur.

Je me suis approché de l’épave. Les phares éclairaient la forêt, de la fumée sortait du capot. Les bips d’alarmes sonnaient, la radio fonctionnait encore. Un calme régnait tout autour de la voiture. Pas âme qui vive n’était venue. Je me demandais combien de temps mon cadavre était resté seul au milieu de cette forêt avant que des gens n’arrivent et n’appellent les secours.

Je n’osais poser mes yeux sur le chauffeur. Je ne voulais pas le voir ni avoir la confirmation que la personne au volant n’était autre que moi.

Un moment d’hésitation qui semblait durer une éternité m’empêcha de tourner mon regard sur cet homme. Mais, je le fis.

Je fixais cette enveloppe charnelle meurtrie et couverte de sang, mon visage était tellement tuméfié qu’il en était méconnaissable. Mon nez avait explosé contre le volant. Je me souvins du choc qui m’avait alors écrasé la tête et la ceinture de sécurité bloquant mon sternum avec une violence telle que toutes mes côtes s’étaient brisées lors de la collision. Les yeux de la dépouille étaient restés ouverts. Mon regard, qui de mon vivant était d’un bleu ciel, avait viré couleur émeraude. Les yeux de verre d’une poupée en porcelaine, figés sur le tableau de bord, avaient cependant gardé une expression de surprise et d’effroi. Je compris à ce moment-là pourquoi l’on referme les yeux des morts. Ils gardent l’émotion ressentie avant la mort.

Je fis le tour de la voiture à la recherche de l’animal que je pensais avoir chassé ; mais aucune trace de pattes, aucune branche cassée. Perplexe, je scrutais l’horizon, le jour semblait commencer à se lever quand une voiture finit par croiser l’accident. Elle s’était arrêtée en face de l’épave, un homme d’une cinquantaine d’années était sorti de son véhicule, puis s’était approché de ma voiture. Il avait vu mon corps inerte. Il avait alors pris son téléphone portable pour appeler la police et les secours.

Pauvre homme ! Quel choc cela avait dû être pour lui de se retrouver ainsi au milieu des bois, au lever du jour, et assumer cette tâche à laquelle il ne s’attendait pas. Combien de personnes seraient passées sans s’arrêter par peur de se confronter à l’horreur et de prendre un rôle qui aurait pu les marquer à vie

Lui, il l’avait fait sans hésiter. À y regarder de plus près, je m’apercevais que cet homme portait un col blanc. C’était un prêtre ou un homme d’Église. Seigneur, moi qui ne croyais en aucune religion, voilà qu’un homme de foi s’était occupé de moi. Quelle ironie.

Il avait attendu les secours et s’était mis à genoux sur le rebord de la chaussée et avait commencé à prier. L’avait-il fait pour lui ou pour moi ?

Cette parenthèse temporelle s’évanouit tel le brouillard se dissipant dans une fin de matinée automnale. Sans que je le comprenne comment, je me trouvais dans mon logement.

Des cartons étaient faits ; quelques bibelots traînaient encore ici et là. J’errais entre ces quatre murs, cherchant désespérément des informations pour me rattacher à celui que j’avais été.

J’entendis des voix se diriger vers moi, c’était ma sœur et son mari. Mon Dieu, j’en avais presque oublié leur existence.

Je me mis à hurler !

— Charlotte c’est moi, Christophe ! Je suis là !

Bien sûr, elle ne réagit pas. Je décidais de les observer et de participer à mon déménagement.

— Où as-tu rangé ses affaires professionnelles ?

Yves doit passer en fin de matinée les chercher.

— Elles sont à l’entrée. Il y a une caisse avec son ordinateur, ses classeurs et quatre cartons avec tous les appareils de mesures et autres documents.

Mon cher ami venait récupérer mon travail. J’étais soulagé et ému.

Je me rendis à l’entrée. Excité, je fus surpris de constater qu’en arrivant vers mes affaires, la porte d’entrée se claqua brusquement. Gaël hurla de peur.

— Charlotte tu as vu ça ?

— Vu quoi ?

— La porte ! Elle s’est refermée toute seule ! Et d’une force !

— Oh mais ce n’est rien mon ange, c’est sûrement un courant d’air.

— Un courant d’air ? Comment veux-tu qu’un courant d’air ferme cette porte, il n’y a pas un brin vent !

Peut-être que c’était moi qui avais fait ça sans mon rendre compte ?

Il fallait que je retente l’expérience. Je revins sur mes pas, si j’ose m’exprimer ainsi, et retournais à l’entrée en me forçant à ressentir la même excitation expérimentée tantôt.

BAM ! La porte s’ouvrit et claqua contre le mur.

— Charlotte vient ! La porte s’est ouverte cette fois !

Ton frère est là ! J’en suis sûr !

— Écoute mon amour, tu sais combien ces histoires de fantômes m’ont pourri la vie ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !

Viens m’aider, t’occupe pas de cette foutue porte.

Je veux finir ces cartons et m’en aller. Je n’aime pas être ici.

— J’en parlerai à Yves, il saura quoi faire.

Et si ton frère avait raison ?

Je découvrais un Gaël beaucoup plus aimable que de mon vivant. Jamais ce type ne s’était intéressé à mon travail et même, il se moquait de mes recherches, avec ma sœur comme groupie.

Au moins, elle semblait n’avoir rien jeté. Yves et Fred avaient dû veiller à ce qu’il en soit ainsi.

Je me mis à me rendre compte que de passer ces moments en compagnie des miens et de mes affaires faisait son petit effet. Mon caractère, mes rancunes et mes souvenirs s’étaient réveillés.

Yves arriva accompagné de Fred, j’étais si heureux de les voir, j’aurais tellement voulu les embrasser et les prendre dans mes bras.

Je fus submergé d’émotions. Des larmes, c’est de cela que j’avais besoin. Pleurer pour évacuer. Je n’en étais plus capable. Une colère gronda dans mon ectoplasme, et de nouveau cette sensation de vibrer.

— Fred, tu as senti cette énergie ?

— Yves ne commence pas. Pas ici.

— Mais si regarde mes bras, j’ai les poils qui se sont dressés !

Mes deux meilleurs amis et collègues se tenaient juste à côté de moi, postés à l’entrée, se scrutant les bras et furetant les alentours.

Avait-on l’air aussi stupide dans nos investigations ? J’avais envie de rire, ils avaient l’air si sûr d’eux, ou du moins souhaitent-ils l’être ; cela en était presque pathétique.

Ils ne regardaient pas du tout dans la bonne direction. Je m’amusais de les voir. Le point positif c’est qu’ils avaient pu percevoir quelque chose, ce qui était un début. Je me réjouissais qu’ils embarquent le tout et que nos affaires se retrouvent dans un même lieu, là je pourrais aller de l’avant.

Gaël s’approcha de mes deux amis.

— Moi aussi je l’ai senti, la porte s’est ouverte et ensuite refermée avec une telle violence que j’ai hurlé dans l’appartement.

Vous sentez quelque chose vous aussi n’est-ce pas ?

— Oui en effet, les poils de mes bras se sont dressés et nous avons ressenti une énergie très forte, voire même négative en arrivant.

— Vous pensez que c’est Chris ?

— À n’en pas douter !

Ce que je me demande par contre c’est pourquoi nous avons ressenti cette négativité. Peut-être ne veut-il pas que nous touchions à ses affaires.

— Non Fred, avec Chris nous avons toujours convenu qu’en cas de problème de ce genre, nous récupérerions le travail de l’autre. Il en a toujours été ainsi et ce point n’a jamais été remis en question. La colère ressentie c’est autre chose, mais quoi ?

— Il est peut-être fâché car il n’arrive pas à nous parler…

Laissant cette question en suspens, Gaël aida mes deux collègues à emporter le tout et retourna dans le salon pour continuer d’emballer les affaires.

Charlotte était assise sur le rebord de mon lit, je l’observais. Cette femme qui était ma sœur dans mon autre vie avait toujours était une énigme pour moi.

Nous nous entendions bien étant enfants, puis je me souviens avoir voulu l’embarquer dans mes expériences, je me souviens qu’elle m’avait dit avoir entendu et même parlé avec notre grand-mère quand elle était partie. Puis quelque part vers la vingtaine, je ne sais trop pourquoi, elle s’était refermée et avait rejeté en bloc tout mon travail, ma passion.

Quand elle avait commencé à fréquenter Gaël, ils se moquaient même de moi. Finalement, nous avions choisi des voies différentes, je suis parti m’installer dans une autre ville. Elle, elle était restée chez nous, s’était mariée et ne se compliquait pas plus l’existence. Elle menait une vie tranquille, sans vague, sans encombre et sans doute. Du moins en apparence.

On se voyait aux anniversaires, nous échangions sur nos activités de manière extrêmement brèves. Elle ignorait tout de mon travail, et j’ignorais tout de sa vie.

Elle tenait dans la main un de mes livres sur les expériences de mort imminente. Mais aussi étrange que celui puisse paraître, au lieu de le ranger dans les cartons ouverts devant elle, elle le mit dans son sac à main.

Si j’avais pu sourire, je l’aurais fait.

J’aurais aimé lui parler, lui dire que je l’aimais, que je regrettais toute cette distance entre nous. Que je regrettais de ne pas mieux la connaître et que j’étais désolé qu’elle doive s’occuper de cette besogne.

Elle continuait de vider ma bibliothèque quand je l’entendis me parler.

— Moi aussi je t’aime Chris. Tu me manques…

Surpris de ce message, je me demandais si elle avait pu m’entendre, si elle avait gardé ce fameux don, ou était-ce un pur hasard ?

Frileux de tenter une approche, je l’appelai par son prénom, en me rapprochant de son oreille.

— Charlotte ?

La réaction fut telle que je reculais si rapidement qu’une pile de carton tomba à terre.

Elle sursauta et terrifiée sortit de la pièce en hurlant après son mari.

— Gaël, on s’en va, ça suffit pour aujourd’hui.

La porte de mon appartement se referma et je restais là, seul au milieu de mes affaires triées et à moitié empaquetées

*

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