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Couverture du roman La gueule dans le caniveau

La gueule dans le caniveau

Nicolas est un jeune homme à l'esprit rebelle qui s'égare préocement dans les méandres de l'alcool et de la marginalité. Son existence bascule dans une spirale destructrice, le menant inévitablement jusqu'à l'internement en psychiatrie. Après avoir frôlé la mort, il saisit la plume comme une ultime chance de salut. À travers ce récit autobiographique, l'auteur partage son parcours sinueux, oscillant entre tendresse et ironie, pour témoigner d'une rédemption par les mots.
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Chapitre 2

Première partie

Récits de rêves (2020-2021)

L’œuf doré

(Pour Marc)

Je me revois errant, avec ma compagne fâchée, dans une ville baignée dans une curieuse atmosphère jaunâtre. Elle ne voulait plus de moi mais je l’aimais plus que tout. Jamais en effet elle ne m’avait semblé aussi excitante et mystérieuse. En vain je m’efforçai de l’embrasser et de la toucher, je la désirai, j’avais envie de son corps, mais à chaque tentative elle me repoussait avec humeur. Elle voulait me voir partir, et se débarrasser définitivement de moi. Nous avions eu cependant une grande histoire ensemble. Mais cela était désormais bon pour les oubliettes, apparemment. Cependant je ne cessai de la suivre, tentant sans succès de me rapprocher d’elle. Nous arrivâmes à un café d’une petite rue piétonne. Elle tenait son carton à dessin et avait visiblement quelque chose à faire en ce lieu. En effet je m’aperçus qu’elle avait rendez-vous avec deux jeunes femmes, pour parler d’un point concernant l’une de ses créations picturales. Mon amie était en effet passionnée d’art plastique, et s’y adonnait parfois. Elle sortit l’œuvre de son carton à dessin et la tendit aux deux jeunes femmes, et elles eurent alors une conversation à laquelle je ne compris pas grand-chose, car j’écoutais vaguement, mon esprit étant tout entier accaparé par la recherche d’une solution pour reconquérir le cœur de cette femme. Il semblait bien cependant que cela était irrémédiable, comme si je m’étais rendu fautif en son esprit d’une faute irréparable, ce que je ne parvenais pas à comprendre. En ce qui concernait sa création picturale, il fut question, je crois, d’apporter quelques touches supplémentaires selon un procédé inconnu, pour l’améliorer, d’une façon dont je ne savais rien. Je me souviens vaguement qu’il s’agissait d’une œuvre de nature plutôt abstraite, mais au milieu de laquelle on distinguait assez clairement un œuf en or, très doré et qui semblait jaillir de la feuille de dessin. Rendez-vous fut pris pour quand cette mystérieuse besogne serait achevée et les retouches effectuées, moyennant finance. Nous ressortîmes. Et là, le même manège recommença, mais cette fois je ne pus insister sans risquer de tomber dans l’indécence, et je la laissai, la mort dans l’âme, s’éloigner de moi. Je me mis à errer, désœuvré, dans cette ville qui semblait presque vide, arpentée par quelques rares passants sans substance, auxquels il semblait manquer une certaine dose de réalité, et toujours aussi bizarrement jaunâtre. Alors que depuis un certain temps déjà je me perdais en idées noires dans cette ville sinistrée, mon portable se mit à sonner. C’était l’une des deux jeunes femmes dont ma compagne avait chargé d’effectuer ces mystérieux travaux de retouche. J’ai oublié dans quel but on fit ainsi appel à moi, mais je fus donc amené à revenir dans ce même café qui m’avait vu un moment plus tôt avec ma compagne. Cependant, quand j’arrivais dans ce lieu, les deux femmes discutaient avec entrain et ne firent même pas attention à moi, et d’un geste pressant on me fit signe de m’asseoir et de la fermer, car elles semblaient lancées dans une de ces discussions si importante, aurait-on dit, qu’elle déterminerait de tout leur devenir. Je m’assis, et reconnus près d’elles un homme, à qui je serrai la main, qui était avec ces deux femmes mais se tenait à l’écart, silencieux. C’était quelqu’un de célèbre. Dans cet étrange café anachronique, qui ressemblait aux bons vieux bistrots de ma jeunesse, il y avait nombre de gens qui fumaient, et des cendriers étaient même posés sur les tables à cet égard. Il y avait aussi un vieux poste, visible d’où je me tenais maintenant assis, et qui était situé près de l’entrée, d’où se déversaient des flots de lumière jaune, jaillissant de l’extérieur. Il y avait encore une affiche, au-dessus de cet antique poste à cassettes, indiquant, écrit à la main : « Cassette, une heure, cinq francs. » Nulle part ailleurs je n’avais vu ce procédé plutôt curieux d’écouter de la musique, qui impliquait que l’on amène soi-même une cassette, et que l’on puisse la diffuser durant une heure contre ces quelques francs. Il y avait aussi, au-dessus de nous, une sorte de bloc-notes, sur lequel une critique de mes essais littéraires avait été écrite par l’homme qui se tenait près de moi, et, cela, je le savais sans même lui avoir demandé. Cela disait, en gros, que je ne cessais d’insulter Dieu, que c’était trop facile et que, ce faisant, je portais atteinte au grand rêve humain. Je me tournai alors vers l’auteur de ces lignes, et je lui affirmai qu’il avait tout à fait raison de penser cela, et que j’avais tort en effet, d’être parfois ce fulminant blasphémateur. Il voulut protester, mais je l’interrompis, répétant ceci : « Vous avez tout à fait raison, je ne devrais pas faire ça, mais cela est dû au fait que j’ai une relation au père compliquée ». Il répondit qu’il comprenait, et, soudain, pris d’empathie, il se mit à sangloter, et me souffla ceci : « Tu sais, en plus, je t’aime bien, Nicolas, et pourtant tu sais que je suis un dur… » À cela, je répondis : « Ce n’est qu’une carapace, oui, une simple carapace pour cacher son petit cœur d’artichaut… » Il hocha la tête, les yeux noyés, et son visage de fœtus me regarda pitoyablement, puis il eut un trémolo dans la voix en me répondant un « Oui » en pleurant toujours de plus belle. Puis il se leva et se rendit aux toilettes.

Je profitai de son absence pour relancer les deux jeunes femmes pour, enfin, connaître la raison pour laquelle on m’avait invité à revenir ici. Mais ma demande fut accueillie avec le même signe impatient qui m’intimait toujours de la fermer. Elles avaient presque les visages qui se touchaient et étaient animées d’une discussion qui semblait si décisive qu’elle n’admettait pas d’être interrompue. Je n’insistai pas.

Je me mis donc à fumer une cigarette, tout en scrutant les lieux si étrangement anachroniques avec ces cendriers, son antique poste à cassette, et ses murs peu soignés, d’une propreté douteuse, et jaunis. Et je finis par me dire qu’après tout, c’était peut-être une caractéristique de ce café, et je m’efforçai de cesser de m’en préoccuper. Toute mon attention fut à nouveau accaparée par l’homme, qui était revenu, et qui s’était, visiblement, remis de ses émotions. Il me lança :

« Mais qu’est-ce que tu fous ici, d’abord ? »

— Je cherche à récupérer ma copine, lui indiquai-je.

— Et comment ?

— Elle est venue ici déposer un truc dont tes deux copines doivent s’occuper, je vais l’attendre, elle reviendra peut-être, elle finira par se pointer…

Je pensai alors au curieux œuf doré que j’avais aperçu sur l’œuvre de mon ex-compagne, et je me demandai ce qu’il pouvait bien vouloir signifier, lorsque le fil de mes pensées fut de nouveau interrompu par mon camarade, qui me posa à nouveau une question.

« Et pourquoi elle reviendrait ?

— Elle a déposé ici une œuvre d’art, articulai-je avec effort, comme si l’homme s’était soudain enfoncé dans de ténébreux abysses, hors de portée à jamais. UNE ŒUVRE D’ART, insistai-je en criant le plus fort possible. Et ces deux filles doivent s’en occuper, mais je ne pas comment. En tout cas, j’attendrai ici, elle finira bien par se pointer… »

C’est alors que le café tomba dans un profond silence, et soudainement, je m’aperçus que, des deux jeunes femmes qui s’égosillaient entre elles, en m’ignorant si superbement, pas un son pourtant ne sortait de leur bouche…

Submergé par une vague de panique et d’angoisse, une nausée infinie de l’âme, je me mis toutefois à attendre, attendre, dans le mystérieux café inondé de lumière jaune, qui recouvrait tout, désormais. Attendre, attendre…

1er octobre 2020

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