
La guerre éternelle - Tome 1: Les sept sceaux
Chapitre 3
Anna était si impatiente qu’elle se réveilla très tôt et essaya tant bien que mal d’occuper au maximum sa journée, sans grand succès. Elle commença un film mais n’arrivait pas à s’y intéresser : elle ne pensait qu’à son rendez-vous et qu’à la soirée entre filles. Le temps s’égrenait trop lentement à son goût. Vers midi, son petit frère rentra à la maison, soulagé : ses épreuves du brevet étaient terminées et il était enfin en vacances ! Le début d’après-midi fut tout aussi long que la matinée et ce fut enfin l’heure de se mettre en route. Ce voyage avait quelque chose d’excitant. Elle commençait une aventure digne de ses séries et films qu’elle affectionnait : elle avait un coffret contenant un secret, rencontrait une belle inconnue qui racontait des mensonges. Elle était un peu trop excitée par la situation et tellement impatiente mais son investigation allait enfin commencer. D’ailleurs, elle trouvait que le bus n’allait pas assez vite, qu’il y avait trop de feux et d’arrêts sur ce trajet. L’excitation fut à son paroxysme quand elle arriva enfin. Qu’allait-il se passer ? Qu’allait-elle découvrir ? Cette jeune fille était peut-être juste une voleuse qui avait appris qu’elle possédait un coffret d’une grande valeur, et voulait le récupérer pour le revendre. Elle était peut-être membre de la fondation qui avait rapidement acheté la maison de son grand-père avec tous les biens qui se trouvaient à l’intérieur et elle voulait récupérer le coffret en sus. Elle avait imaginé diverses histoires durant le trajet et toutes tournaient autour de ce coffre et du secret qu’il renfermait. Anna en était persuadée et elle allait enfin en avoir le cœur net. Elle allait connaître la vérité.
Elle reconnut Arianna de loin, elle était aussi resplendissante que la veille et toujours habillée de blanc comme pour éblouir toute personne qui oserait poser les yeux sur elle. Anna, de son côté, avec son short et son T-shirt noir, se sentait insignifiante, mais ce n’était pas grave car aujourd’hui seules les informations comptaient.
— Salut, Arianna, comment vas-tu ?
— À merveille et toi ?
— Ça va, j’étais impatiente de te revoir.
Elles commencèrent à marcher dans le parc tandis qu’un groupe de joggeurs les dépassèrent et l’un d’eux faillit trébucher attiré par l’aura de la jolie blonde. Anna lui demanda de lui raconter à nouveau comment elle avait rencontré son grand-père. Et encore une fois, l’histoire lui parut fausse mais quelque chose l’avait trahie car son interlocutrice s’en aperçût.
— Tu ne me crois pas ? lui demanda-t-elle interloquée.
— Désolée… Mais non. Ton histoire fait trop… comment dire… cliché.
Arianna resta sans voix.
— J’ai l’impression d’entendre le scénario d’un film. Et il y a trop de choses invraisemblables dans ton histoire, je veux bien que mon grand-père ait eu des secrets mais de là à aider une jeune orpheline sans jamais en parler à sa famille. C’est un peu trop gros et surtout il n’y a même pas de photos de toi chez lui alors qu’il t’appréciait au plus haut point d’après tes dires. Et mon grand-père avait une passion pour la photographie, il en prenait donc énormément et les affichait chez lui. Et tes larmes, hier, étaient trop fausses pour paraître sincères. Donc je pense que l’on gagnerait du temps si tu me disais la vérité. Qui es-tu ? Qu’est-ce que tu attends de moi ?
Arianna était décontenancée, et ça se voyait. Anna était à fond dans sa mission, elle allait connaître la vérité. Son interlocutrice n’avait plus le choix à présent. La jolie blonde poussa un soupir et dit.
— Très bien ! Allons-nous asseoir, Anna ! Nous avons énormément à nous dire.
Elles se dirigèrent vers le banc le plus proche et Arianna commença.
— Je suis désolée pour ce mensonge et ma tentative très maladroite de t’approcher. Mais nous devions être sûr de nous et éviter de trop t’exposer pour ne pas te mettre en danger, ni nous mettre en danger.
— Oublie les disquettes. J’ai besoin de réponses tout de suite. Qu’est-ce que tu me veux ?
Anna était sur la défensive, agressive même. Elle n’avait absolument pas cru à l’histoire de cette fille qui disait connaître son grand-père mais elle détestait qu’on lui mente. Surtout qu’il s’agissait d’un mensonge mettant en scène un membre tant aimé de sa famille, récemment décédé. Et ça, c’était peut-être le pire pour elle. Arianna avait plutôt intérêt à faire attention à la suite de ses explications.
— Est-ce que tu crois en l’impossible ? lui demanda Arianna.
— Comment ça ?
— La magie, le surnaturel ?
— Pas vraiment.
Ce n’était pas totalement la vérité mais pas non plus un mensonge. Elle espérait que la magie existe, elle en rêvait même. Et elle n’hésitait pas à la mettre en réponse à tout ce qui était inexplicable scientifiquement. Elle savait que la science avait raison de tout mais cette magie rendait son monde un peu plus merveilleux.
— Dans ce cas, prépare-toi à ce que je vais te révéler. Peu d’humains sont au courant et cela m’étonnerait que ton grand-père fasse partie des élus.
Anna ne s’attendait pas à ce que son interlocutrice utilise le terme « humain » comme si Arianna n’en était pas un. Elle devait donc s’attendre à tout maintenant, c’était excitant et légèrement effrayant. Arianna fit un signe de la main et un homme d’une trentaine d’années vient s’asseoir à côté d’elle. Il était grand, très grand, peut-être bien deux mètres ce qui l’intimidait un peu, de plus, c’était une montagne de muscles. À croire qu’il devait passer son temps à soulever de la fonte à la salle, il était lui aussi blond avec les yeux bleus et vêtu de blanc. Arianna remarqua que le nouvel arrivant impressionnait Anna et essaya de l’apaiser.
— Ne sois pas effrayée. Nous ne te voulons aucun mal.
Arianna posa sa main sur le bras du colosse qui lui répondit par un sourire, qu’elle lui renvoya. Il devait y avoir quelque chose entre eux se dit Anna. Peut-être un petit ami venu pour la défendre, au cas où, même si Anna ne représentait pas vraiment une menace. La jolie blonde continua.
— Je te présente Chamuel.
Drôle de nom pensa Anna, en plus d’être impressionnant par sa carrure, Chamuel l’effrayait un peu à regarder de-ci de-là dans le vide. Elle se reconcentra sur Arianna et essaya de ne pas porter attention à cet homme.
— Alors que me voulez-vous ? redemanda-t-elle.
— Tu possèdes quelque chose que nous voulons.
Anna pensa directement au coffret de son grand-père. Janie avait raison cette inconnue et son acolyte convoitaient le coffret ou du moins son contenu. Un contenu qui pourrait détruire le monde d’après la lettre de son grand-père.
— Je ne vois pas de quoi tu parles, feinta-t-elle.
Arianna eut un rictus.
— Je ne suis pas très douée pour le mensonge mais toi non plus, il semblerait. Comme tu me l’as dit il y a un instant, gagnons du temps et dis-moi la vérité. D’après nos informations, ton grand-père t’aurait légué quelque chose. Est-ce vrai ?
Ils avaient de bonnes informations, quelqu’un de proche d’elle leur en avait parlé. Mais qui ? Et pourquoi ? Les seules personnes au courant hormis elle, pour cet héritage, c’étaient le notaire et ses deux amies Elsa et Janie. Elles ne l’auraient pas trahie donc c’était forcément Maître Albertazzi qui leur en avait parlé. Mais pourquoi ? Lui qui était tenu par le secret professionnel, qui avait été le confident de son grand-père pendant plusieurs décennies. Ce n’était pas logique. Ou alors, ils l’avaient espionnée et donc vue aller récupérer le coffret. Tant de questions, toujours pas la moindre réponse.
— Mon grand-père m’a bien remis quelque chose mais en quoi ça vous concerne ? interrogea-t-elle.
— On veut juste le récupérer.
— Vous êtes donc ici pour me voler mon héritage ? s’offusqua Anna.
— Anna ! Nous ne voulons pas te voler. On veut juste que tu nous confies ce coffret ou du moins son contenu. C’est pour ta sécurité.
Anna ouvrit de grands yeux. Cette fille était à présent directe. Elle ne voulait plus perdre de temps. Elle était au courant pour le coffret, qu’il était en sa possession. Pourtant elle l’avait récupéré il y a à peine onze jours de cela avec Adrien… Adrien ! Lui aussi était au courant pour le coffret et si c’était lui qui leur avait dit. C’était vrai, depuis qu’ils avaient trouvé ce coffret chez son grand-père, cela était devenu une véritable obsession pour lui. Anna avait trouvé son attitude très étrange : ça ne lui ressemblait pas de se montrer aussi insistant envers elle. Elle se rappelait le nombre de messages qu’elle avait reçus de sa part entre la découverte et le moment où elle avait décidé de ne plus le contacter. Il n’avait pas réessayé de la joindre, elle pensait qu’il s’était calmé, était passé à autre chose. Mais si la vérité était ailleurs.
De toute façon, que cette Arianna soit au courant ou non pour le coffret, grâce ou non à Adrien, cela n’avait pas d’importance. Elle ne donnera pas ce coffret.
— C’est hors de question ! scanda Anna en se levant et faisant mine de partir.
— Assieds-toi, s’il te plaît ?
— Tu vas devoir lui raconter, nous pourrions avoir besoin d’elle.
Le colosse venait de parler et contrairement à ce qu’Anna imaginait, il n’avait pas une voix grave et rauque, mais plutôt une voix apaisante. Elle se rassit, plus rassurée, sans trop savoir pourquoi. Arianna commença donc sa tirade.
— Très bien. Je vais tout te dire – elle prit une grande inspiration – il existe une guerre.
— Une guerre ?
— Oui. Une guerre bien plus ancienne que ta civilisation, elle-même.
— Ma civilisation ? Que veux-tu dire ?
— Bien avant même la création de la Terre.
— Ce n’est pas possible.
— C’est pour cela que je t’ai dit de te préparer à l’impossible.
— Mais elle oppose qui ?
— Les archanges et les démons.
Les yeux d’Anna s’écarquillèrent, soit cette fille disait la vérité et l’ensemble de sa vision du monde était remis en question, soit elle était complètement folle et devrait être internée rapidement. Une guerre entre des anges et des démons. C’était le genre de choses qui se passe dans les livres, dans les films pas dans la réalité. Puis, elle repensa aux gravures sur la clé qui disaient « Archange » et « Démon », aux deux créatures gravées sur le coffret. Ça faisait plusieurs allusions mais il en faudrait plus pour vraiment la convaincre. Même si une infime partie d’elle lui disait, et si c’était vrai ?
Mais alors que contiendrait le coffret, un archange ou bien un démon ? Peu probable. À moins que ces derniers ne fassent que dix centimètres de haut. Ou bien un moyen pour eux d’accéder à notre monde. Ce qui expliquerait qu’il ne faut en aucun cas l’ouvrir sous peine de détruire notre monde. Tout ceci tournait et se chamboulait dans sa tête, elle avait besoin de plus d’informations pour y voir plus clair. Arianna continua.
— Bien avant la création de votre monde, il y a eu de nombreuses batailles qui ont eu raison de bien des peuplades et puis un jour notre camp et le leur ont découvert votre planète : la Terre où une nouvelle espèce commençait à prospérer. Les démons ont tenté de l’envahir pour vous asservir mais une force inconnue les a stoppés. Une singularité que l’on a fini par nommer l’Équilibre. Un contrat fut alors passé entre le seigneur des Enfers et le seigneur des Cieux sous la surveillance de cette singularité, faisant de la Terre un lieu de paix. Mais l’Équilibre n’était pas idiot et savait qu’il ne pouvait faire confiance aux deux chefs. C’est pourquoi il a scellé ce contrat en sept sceaux. Sept carrés dorés que certaines de vos religions nomment les sceaux de l’apocalypse, non sans raison. En effet, lorsque ces sept sceaux seront brisés, les armées des Cieux et les armées Infernales pourront s’affronter sur Terre où, d’après la légende, la bataille finale aura lieu, ce qui mettra fin à toute vie sur cette planète.
— Que sont devenus ces sept sceaux ?
— L’Équilibre en cacha deux dans les Enfers, deux dans les Cieux et en confia deux aux humains, à des protecteurs qui se les transmettent de génération en génération.
— Et le septième ?
— Le septième. Personne ne savait où il se trouvait. Jusqu’à il y a une semaine où une rumeur nous est parvenue, il aurait été volé.
— Volé ? À qui ?
— À l’Équilibre lui-même, toujours d’après la rumeur. Nous avons fini par découvrir, il y a quelques mois que ton grand-père fût l’un des possesseurs des sceaux terrestres. Une fois que nous avons su pour le vol, nous avons cherché à entrer en contact avec lui mais il était déjà trop tard, il était mort. Nous n’avons aucune idée où se trouve le second sceau. C’est ici que tu entres en scène car comme tous les sceaux ont été forgés par la même force, ils ont un lien unique entre eux. Ce qui fait que le sceau que tu possèdes est le seul moyen pour nous de retrouver le deuxième sceau de la Terre. Mais nous devons nous dépêcher avant que les forces des Enfers soient au courant que tu possèdes un des sceaux car dès lors tu seras en danger.
Anna ne savait pas quoi répondre. Elle venait d’avoir une quantité folle d’informations qui remettaient tout en question. Elle avait même un peu de mal à mettre de l’ordre dans sa tête. Il existait une guerre entre des démons et des archanges, son grand-père possédait apparemment un des sept sceaux qui, s’ils étaient tous détruits, déclencherait la guerre sur Terre. C’était invraisemblable. Ce pourrait être cela la deuxième vie de son grand-père : protéger le monde contre cette menace. Elle demanda.
— Mais du coup, vous, qui êtes-vous ? Et pourquoi avoir besoin de moi pour le second sceau ?
— Comment ça qui sommes-nous ? N’as-tu dont rien écouté ? s’indigna Arianna.
— Si, si, la guerre, la singularité, les sceaux…. Mais vous avez dit que tant que les sept sceaux étaient intacts, aucun archange ni démon ne pourrait venir sur Terre.
— C’est un petit peu plus compliqué que cela. Disons que pour éviter que les Cieux ou les Enfers ne cherchent un moyen de s’en prendre à elle, la Singularité accorda le droit à cinq démons et cinq archanges la possibilité de passer du plan céleste ou démonique au plan terrestre.
— Au plan ?
— Disons plutôt aux planètes. Ces cinq furent nommés des « Élus ». Nous deux, nous sommes des Élus des Cieux. Je suis l’archange Ariel et voici l’archange Chamuel. Ces Élus étaient là, au début, pour trouver les trois sceaux dissimulés sur Terre et après plus de mille ans de recherche, on a appris qu’il y en avait seulement deux et que le troisième était « perdu ».
— Mais pourquoi autoriser des Élus à chercher les sceaux sachant qu’ils détruiraient ce monde ?
— Car la guerre est inévitable et l’Équilibre le sait très bien. Ce moyen a permis de canaliser les forces démoniaques pour que les humains soient prêts le jour où les sept seront brisés et qu’ils puissent ainsi survivre.
— Et les trois autres Élus des anges, où sont-ils ?
— Archange, corrigea Ariel.
— La différence ?
— Aucune. C’est juste que l’on se nomme ainsi.
— Du coup, les autres archanges où sont-ils ?
— Ils ont disparu, il y a quelques années maintenant, on a présumé qu’ils étaient morts.
— Oh ! Je suis désolée.
— Ne t’en fais pas pour nous, nous sommes immortels. Comme pour les démons, la mort n’est pas la fin, seulement une pause.
— Une pause ?
— Comme une nuit de sommeil, en un peu plus long. Notre corps met dix ans à se régénérer et nous réapparaissons dans la tour Céleste. Il se passe à peu près la même chose pour les démons qui réapparaissent, quant à eux, dans un trou profond de l’Enfer. C’est ce qui explique aussi que notre guerre dure depuis si longtemps.
— Votre guerre est donc interminable ? Même si vous parvenez à détruire les sept sceaux, vous n’arriverez qu’à détruire notre monde sans qu’il y ait de vainqueur. C’est complètement idiot.
— Non car apparemment lorsque les sept sceaux seront détruits, cela libèrera aussi une arme capable de tuer archange comme démon définitivement mettant fin ainsi à la guerre.
— Apparemment ? Vous voulez que je vous donne un objet capable de détruire le monde et qui pourrait mettre fin à une guerre millénaire dont on ne connaît pas l’existence sur un « apparemment » ?
— Non, nous ne voulons pas le détruire contrairement aux démons qui veulent la guerre et l’annihilation de votre monde. Nous, nous sommes là pour le protéger. Et nous avons besoin de ton aide pour récupérer le second sceau. Afin de les mettre, tous deux à l’abri afin que les démons ne mettent jamais la main dessus.
— Le protéger ? Je n’ai encore rencontré aucun démon…
— Tu ne serais plus de ce monde si tu en avais rencontré un.
Elle avait presque oublié le colosse assis à côté d’Ariel avant cette intervention.
— Chamuel a raison, ils sont impitoyables et n’hésitent pas à massacrer tout humain qui se mettrait en travers de leur chemin. Si tu en avais rencontré un, tu serais morte.
— Peut-être mais à peine je récupère ce sceau que les archanges me tombent dessus. Qui me dit que vous n’êtes pas l’inverse de ce que vous me dites ?
— Comment ça ?
— Que vous n’êtes pas des démons se faisant passer pour des archanges pour me subtiliser mon sceau ? Et qui me dit que vous ne cherchez pas à déclencher cette guerre ?
— Nous savons depuis une semaine que tu es en possession du sceau si nous avions été des démons nous n’aurions pas m’y autant de temps à venir te voir et surtout on n’aurait pas pris le temps de t’expliquer toute cette histoire pour venir quérir ton aide. On serait simplement venu chez toi et on aurait tué tout le monde pour prendre ce que nous voulons avant de retourner dans le trou puant par lequel nous étions sortis rapporter notre trouvaille à notre maître aussi laid que perfide.
Une haine l’avait subitement envahie. Voir Ariel énervée changeait sa personnalité, elle qui avait été si douce depuis le début. Elle éprouvait un dégoût et une colère viscérale contre les démons.
— Comment avez-vous su que je détenais peut-être ce sceau ? Et qu’il se trouve peut-être dans un coffret ?
Avec cette question, Anna essayait de détourner la conversation, bien qu’elle n’ait pas eu la réponse à sa deuxième question. Mais il fallait qu’Ariel se calme.
— Les oiseaux.
— Les oiseaux ?
— Ariel, ici présente, est l’archange protecteur de la nature et de ses occupants, elle a le don de parler aux animaux et, hier, quand tu as parlé à ton défunt grand-père, les oiseaux t’écoutaient.
— Vous m’avez espionnée ?
— Il le fallait, pour savoir si tu étais bien la détentrice du sceau. Et cela faisait bien une semaine qu’ils te suivaient quand tu as confirmé nos informations au cimetière, en disant que c’était bien toi qui possédais le coffret.
Anna ne savait plus trop quoi penser, cela faisait beaucoup d’informations et elle se retrouvait malgré elle dans une guerre qui dépassait l’échelle de son propre monde. Mais un mot l’avait fait tiquer : ils étaient au courant mais les oiseaux n’avaient fait que confirmer l’information donc quelqu’un les avait bien informés. Et vu que cela faisait une semaine que les oiseaux la suivaient, personne en dehors d’elle et d’Adrien n’était au courant. C’était donc obligatoirement lui qui avait discuté avec les archanges ce qui expliquait aussi sa soudaine obsession. Mais il fallait qu’elle en ait la certitude.
— Attendez ! J’ai confirmé vos informations ? demanda-t-elle.
— Oui. Nous avons eu l’aide de ton ami Adrien. Cela nous a permis de savoir que tu avais récupéré le coffret mais il pensait que c’était ta mère qui le gardait.
Adrien avait donc bien tout raconté à ces étrangers. Elle avait été donc bien avisée de lui mentir.
— Mais nous avions un gros doute là-dessus, continua le colosse. Ton histoire de boîte à bijoux n’était pas plus crédible que les nôtres sur la magie noire ou sur l’hypothétique orpheline aidée par ton aïeul. Nous ne sommes pas très doués pour le mensonge, mais toi non plus. C’est pourquoi nous nous sommes servis des oiseaux pour confirmer nos soupçons.
— Vos histoires de magie noire ?
— Oui, nous avons utilisé ton ami pour avoir ces informations.
— Vous vous êtes servis de mon ami pour m’espionner ? Comment ?
— Nous n’avions pas le choix. Ariel a utilisé un sort de charme sur ton ami qui n’avait donc pas conscience de ce qu’il faisait. Il faut que tu comprennes que l’heure est grave et l’urgence règne. Nous sommes sûrement aux prémices d’un cataclysme pour ton monde mais tu peux y remédier.
Il avait une façon de présenter les choses qui était peu rassurante. Mais la façon dont ils opéraient en utilisant ses amis contre elle ne lui donnait pas vraiment envie de les aider. Elle pensa soudain que si les archanges l’avaient retrouvée si vite, il se pourrait aussi que les démons soient déjà sur sa piste. Et qu’elle soit en danger si tout ce que ses interlocuteurs lui ont dit était vrai.
— Et les Élus des Enfers ? Où sont-ils ?
— Nous l’ignorons.
Ariel reparlait enfin, son long silence était légèrement gênant.
— Nous n’avons aucune trace d’eux depuis des années.
Ce n’était absolument pas rassurant, si ces deux-là étaient là pour protéger la Terre et qu’ils ignoraient où se trouvaient leurs ennemis.
— Et comment comptez-vous retrouver le second sceau de la Terre ?
— C’est très simple. Les deux sceaux terrestres sont unis par un lien très spécial qui n’existe que si un des protecteurs des sceaux le tient en main. Un lien imperceptible à l’œil nu mais que Chamuel peut voir. Nous avons donc absolument besoin de ton sceau pour le retrouver et nous pourrions ainsi convaincre le second protecteur terrestre de nous le confier. Pour que nous puissions le cacher et empêcher ainsi la destruction de votre monde.
— Vous voulez donc que je vous confie la dernière chose que mon grand-père m’a léguée ? C’est hors de question.
— Non. Nous ne voulons pas que tu nous le confies. Enfin pas tout de suite. On veut que tu nous accompagnes.
— Vous voulez que je vous accompagne ? Après tout ce que vous avez fait ? M’espionner. Utiliser mon meilleur ami. Vous n’êtes pas sérieux ?
— Il faut que tu nous comprennes. Nous n’avions pas le choix. C’est la fin de votre monde que l’on veut à tout prix éviter. Et toi seule peux nous aider.
Si le monde était en danger, elle n’aurait pas le choix. Elle devra les aider mais comment être sûr qu’ils disaient la vérité ?
— Où faudrait-il que je vous accompagne ?
— Nous l’ignorons encore. Prends du temps pour y réfléchir. Nous allons rester proches de chez toi. Veillez sur toi et tes proches jusqu’à ce que tu aies pris une décision. Mais sache que si les démons s’en emparent, votre monde est condamné.
— Veiller sur moi et mes proches ?
— Au cas où les Élus des Enfers viendraient s’en prendre à vous.
— D’accord… mais pas d’espionnage s’il vous plaît et vous intervenez seulement si les démons nous attaquent.
— Très bien. Mais prends ta décision vite. Le temps est compté.
— Je n’ai pas trop de choix. Soit, je vous confie le sceau et vous partez avec mais j’ignore ce que vous en ferez, soit je vous suis sans savoir où nous allons soit je garde le sceau et je reste chez moi tout en prenant le risque qu’un de vos démons m’attaque et tue toute ma famille.
— C’est vrai mais tu dois quand même choisir.
Anna se leva et s’en alla. Son voyage de retour fut un déluge de pensées sur ce que venait de lui conter Arianna/Ariel. Elle avait même menti sur son propre nom. Il existerait apparemment une guerre. Les archanges et les démons existaient, ainsi que la magie et donc le surnaturel. L’ensemble des dires de cette jeune fille avait remis en question sa vision du monde. Mais disait-elle la vérité ? Elle pouvait juste être une folle échappée de l’asile ou juste une voleuse qui voulait récupérer le coffre pour le revendre et qui était prête à inventer n’importe quoi pour le récupérer. Il lui fallait des réponses. Savoir si toute cette histoire était vraie ou si Ariel et son compère avaient tout inventé. C’était pourquoi elle décida que ce soir, elle raconterait tout à ses amies et qu’ensuite, elles ouvriraient le coffret. S’il contenait un des sceaux, cela voudrait dire qu’Ariel disait la vérité, ou du moins en partie. Mais si elle disait la vérité, Anna devrait faire un choix entre rester et mettre en danger sa famille, partir avec les archanges pour trouver le second sceau ou le leur remettre mais avec un risque qu’ils ne soient pas ce qu’ils prétendent et qu’elle actionne la fin du monde. Ce n’était vraiment pas un véritable choix. Soit toute sa famille était en danger, soit le monde, soit juste elle. Elle savait donc ce qu’elle choisirait si toute cette histoire s’avérait véridique.
À peine arrivée chez elle, elle monta directement dans sa chambre sans un mot à sa famille. Quelques minutes plus tard, son père se trouvait derrière la porte de sa chambre.
— Anna, il y a un problème ? Tu as l’air toute drôle ?
Que pouvait-elle lui raconter ? Elle n’était même pas sûre de ce qu’elle avait entendu. Ce soir, tout serait plus clair mais en attendant, elle ne pouvait en parler à personne en dehors de ses amies. Elle mentit à nouveau.
— J’ai appris une mauvaise nouvelle concernant une amie de la faculté, rien de grave mais ça me fait chier pour elle.
— Ton langage, on en a déjà discuté. Tu veux m’en parler ?
— Non mais disons que j’espérais mieux de la part d’un collègue.
— Je vois l’histoire. Si tu veux en parler. Sache que je suis là.
— Merci, papa, ça ira.
Il redescendit sans insister. Anna attendit quelques secondes, afin d’être sûre qu’il soit parti puis alla directement sous son lit. Elle sortit le coffret et l’installa sous ses draps, comme ça il sera prêt pour le soir.
Une heure plus tard, ses amies arrivèrent enfin, elle avait tellement hâte de leur expliquer ! Elles commencèrent par dîner avec toute la famille, avant de monter toutes les trois dans sa chambre. Là, elle verrouilla immédiatement la porte.
— J’ai beaucoup de choses à vous dire.
Elle prit le temps de leur expliquer tout ce que la soi-disant archange, lui avait dit plus tôt dans la journée. La guerre entre les Cieux et les Enfers, les Élus, les sceaux et surtout la possible fin du monde. Elle leur annonça aussi sa décision, elle devait en avoir le cœur net et voir ce que contenait la boîte. Ses amies étaient d’accord avec elle, si le coffre contenait un des sceaux cela voudrait dire que cette Ariel disait la vérité. Ou du moins une partie.
Elle leur montra le coffret, ses amies observèrent le démon et l’archange se faisant face sur le couvercle et les deux épées reflétant sûrement une arme angélique et une arme démoniaque. Anna sortit la clé qu’elle mit dans la serrure.
— Attends !
Anna et Elsa se tournèrent vers Janie.
— Qu’est-ce qu’il y a ? lui demanda Anna.
— Tu es sûr de ton coup ? Et s’il y avait autre chose ?
— Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir
En disant ces mots, Anna tourna la clé. Elles entendirent un cliquetis. Le coffret était ouvert. Elle tremblait en ouvrant le couvercle. Elle allait savoir. Est-ce que toute cette histoire n’était que du vent ou bien le début d’une folle aventure où archange et démon seraient omniprésents ? Le coffret était grand ouvert et ne contenait qu’une seule chose. Un objet doré. Elle le sortit, il s’agissait d’un carré en or d’une vingtaine de centimètres et d’une épaisseur d’environ trois centimètres. Une des faces était parfaitement lisse, sur l’autre, il y avait deux épées gravées : les mêmes que sur le coffret. Elle le montra à ses amies. Il s’agissait sûrement d’un des sept sceaux, elle était donc une protectrice terrestre. Elles échangèrent un regard et Anna conclut.
— Ariel disait la vérité.
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