
La Fureur d'une Épouse
Chapitre 3
Je ne suis pas une folle.
Je ne suis pas une femme jalouse et hystérique.
Pendant des années, j'ai été une épouse dévouée, une mère aimante. J'ai tout sacrifié pour lui, pour sa carrière, pour notre famille. Et il m'a trahie de la manière la plus humiliante qui soit.
Quand j'ai rencontré Marc à l'université, il était brillant, passionné par la littérature, mais terriblement maladroit socialement. J'étais traductrice littéraire, extravertie, et je suis tombée amoureuse de son esprit.
Nous nous sommes mariés jeunes. Il poursuivait son doctorat, et moi je travaillais à plein temps pour nous faire vivre. Nous vivions dans un petit appartement, mais nous étions heureux. Je croyais en lui, en son talent.
Sa carrière ne décollait pas. Il était excellent dans son domaine, mais il ne savait pas comment naviguer dans le monde académique, comment se faire des relations.
Un jour, j'ai appris que le directeur de la maison d'édition pour laquelle je travaillais parfois en freelance était un homme très influent dans son domaine. J'ai commencé à lui apporter des desserts que je faisais moi-même, des gâteaux, des tartes. Chaque fois que je livrais une traduction, j'ajoutais une petite boîte.
Marc trouvait ça ridicule.
« C'est une perte de temps, Camille. On ne gagne pas le respect avec du sucre. »
Mais le directeur, un homme plus âgé et gourmand, a adoré. Il a commencé à me parler, à me poser des questions sur mon mari. Je lui ai parlé de la recherche de Marc, de ses idées novatrices.
Quelques mois plus tard, Marc a été invité à une conférence prestigieuse. C'était le directeur qui l'avait recommandé. Sa carrière a enfin décollé.
Il n'a jamais vraiment reconnu mon rôle. Pour lui, c'était la juste reconnaissance de son génie.
Quand notre fille Léa est née, j'ai décidé de mettre ma propre carrière entre parenthèses. Marc était souvent en déplacement, il publiait, il devenait une figure respectée. J'ai choisi de travailler à mi-temps, depuis la maison, pour m'occuper de Léa, pour gérer notre foyer.
Et j'étais heureuse. Vraiment. Voir Marc réussir, voir Léa grandir, cela me comblait. J'étais fière de la vie que nous avions construite.
La première fois que j'ai entendu le nom de Sophie Bernard, c'était il y a environ deux ans. Marc travaillait sur un article et il m'a demandé de relire ses notes.
À la fin d'un document, il y avait une note de bas de page : "Remerciements à Sophie Bernard pour sa relecture pertinente."
J'ai demandé, sans y penser.
« Qui est Sophie Bernard ? »
Il a levé les yeux de son ordinateur, et j'ai vu quelque chose que je n'avais jamais vu auparavant. Une lueur de tendresse, presque de dévotion, a traversé son regard.
« Oh, juste une jeune éditrice de la maison d'édition. Très intelligente. Elle comprend vraiment mon travail. »
Il l'a dit nonchalamment, mais son ton était différent. Il y avait une chaleur, une intimité qui m'a mise mal à l'aise.
Je n'ai rien dit. J'ai chassé ce sentiment, je me suis dit que j'étais paranoïaque.
Mais le nom est revenu, encore et encore. Sophie Bernard par-ci, Sophie Bernard par-là. Elle avait suggéré un livre, elle avait fait une remarque brillante, elle était la seule à comprendre la complexité de sa pensée.
Lentement, insidieusement, un mur s'est construit entre nous. Un mur invisible fait de non-dits et de conversations intellectuelles qu'il avait avec une autre.
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