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Couverture du roman La fin

La fin

En juillet 2025, des extraterrestres envahissent la Terre, une planète qu'ils ont déjà colonisée par le passé et dont ils maîtrisent parfaitement l'histoire. Après une période de silence oppressant au sein de leurs monstrueux vaisseaux, les visiteurs diffusent un message mondial : ils sont là pour piller toutes les ressources. Alors que l'humanité tremble face à cette annonce, un petit groupe de scientifiques commence à soupçonner que leurs véritables desseins sont bien plus complexes.
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Chapitre 2

1

« C’est la première fois que vous allez les voir, papa ?

— Non. Nous leur avons souvent rendu visite. Pour étudier.

— La Terre a tout ce qu’il y avait sur Altaline? Les forêts, les océans ?...

— Ils ont tout ça. C’est très beau ! Il y a plein de richesses naturelles. On pourrait faire plein de choses, si on avait de telles ressources. Ça vaut vraiment le coup de se déplacer, crois-moi !

— Ils sont télépathes, aussi ?

— Non, ils sont à l’âge de pierre. Ils ne connaissent pas encore la défragmentation, se déplacent à pied, en automobile ou en avion… Ils se demandent encore si la lumière est une onde ou une particule, et commencent à peine à comprendre la physique quantique. Ils ne savent même pas ce qu’est la Matière Noire. Ils viennent de naître, quoi… Ils pensent même que la lumière a une vitesse indépassable, et qu’il n’y a qu’un seul univers !

— C’est quoi, une aumomobile ?

— Automobile. C’est une machine pour se déplacer plus vite qu’à pied. C’est très drôle, je te montrerai. On a eu ça nous aussi, tu sais ? Mais tu dois aussi savoir que les auteurs de toutes les images qui décorent notre maison, ce sont des humains. Il faut que tu respectes toutes ces reproductions. Car ça, on n’a jamais su le faire.

— Pourquoi ils y arrivent, eux ?

— Personne ne le sait… Leur monde est à peu près comme toutes les planètes habitables que nous avons vues, et leur évolution est banale. Pourtant, leur créativité artistique est miraculeuse !

— C’est un humain, Dali ? Il y a des tableaux de lui partout !

— Oui, c’était un humain. Mais ça serait beaucoup mieux d’avoir ses tableaux originaux, tu ne crois pas ? Malheureusement, nous n’étions pas présents lors de sa mort, et n’avons pas pu le récupérer à temps pour une seconde vie parmi nous. Le seul moyen serait de piller tous leurs musées. Rien de plus facile, d’ailleurs. »

2

L’artiste est concentré. Sous les regards de Felt et autres curieux, il puise son inspiration dans la végétation plantée sur Kasar il y a des lustres. Elle a réussi, avec le temps, à prendre des airs naturels, enrichie de plantes cueillies aux quatre coins de la galaxie. Kasar est une mini planète, factice et pilotable, construite à l’époque où ses créateurs comprirent qu’ils devaient fuir leur monde défiguré. Les meilleurs ingénieurs se mirent au travail, proposant deux types de vaisseaux. Celui d’un tube tournant sur lui-même, ses habitants plaqués à l’intérieur grâce à la force centrifuge. L’autre proposition, une mini planète avec une gravité créée par un noyau artificiel hyper massif, l’emporta. Moins déroutante qu’une roue de hamster avec un sol sous les pieds et un autre dans le ciel, elle était aussi la plus difficile à construire. La mise au point de son écosystème fut laborieuse, même pour une espèce aussi avancée. Mais ils réussirent, déployant autant de génie et de détermination pour sa création que pour le massacre de leur astre de naissance.

À sa résurrection sur la fausse planète, le peintre n’avait pas tout de suite été inspiré par le panorama, rappelant encore trop l’œuvre d’un paysagiste. Pourtant, au gré de ses promenades, un nouveau style avait surgi sous son pinceau devenu infatigable. Il s’essaya aussi au portrait, déchiffrant quelque expression sur ce qui tenait lieu de visage aux drakkams. En quelques séances, il comprit leur langage facial, comme ils comprirent le sien. Incapable de les différencier auparavant, il est maintenant sollicité pour tirer le portrait d’un proche ou d’une célébrité.

« As-tu trouvé l’inspiration, aujourd’hui ?

— Je ne peux plus m’arrêter, Felt. J’ai l’impression d’être en France ! Peux-tu t’asseoir s’il te plaît ? Je crains le torticolis.

— Notre taille n’est pas si exceptionnelle, tu sais ?

— Oui ça va, j’ai compris. Les humains sont des nains, allez tais-toi…

— Mais on a vu beaucoup plus petits que vous ! Les Garals, dix centimètres… Les Centaris, trente centim…

— Et les Tanques ! Deux centsmètres ! Vous êtes des nains, vous aussi ! Huit mètres de vanité ! Cent millions d’années d’errance ! Bande de vagabonds, ha ha ha… »

Le géant rit et s’assoit à côté du peintre. Il regarde son incroyable interprétation du paysage, envieux.

« Vous avez envoyé vos vaisseaux sur Terre ? demande l’artiste.

— Oui, mais ne t’inquiète pas, tout se passera bien.

— J’ai confiance, Felt. Mais ça va les secouer.

— Nous n’en avons pas pour longtemps. N’oublie pas qu’on doit continuer à étendre notre surface boisée ! La forêt amazonienne s’en remettra…

— Mais ce n’est pas pour la forêt que vous y allez, n’est-cepas ?

— C’est vrai que ce n’est pas ce qui nous intéresse le plus sur cette belle planète…

— Pas de bêtise, hein ?

— Compte sur nous ! Nous faisons attention avec toi, non ?

— C’est vrai.

— Alors ne t’inquiète pas, petit génie. »

Souriant, Felt s’allonge dans l’herbe. Ses immenses yeux noirs se promènent dans le rail périphérique de son crâne allongé, passant du peintre au ciel monochrome de son monde presque factice. Le petit homme l’a déjà oublié. Les yeux fous, ses touches de couleurs frappent la toile. Ses mains tremblent comme si elles craignaient de ne pas suivre le rythme de ses visions. À côté, Felt constate qu’il ne se préoccupe déjà plus de l’escale terrienne. Le super prédateur sera toujours émerveillé par la confiance aveugle de son protégé.

3

Après sa fuite dans le désert espagnol, Richard rejoignit la banlieue de Madrid vers 22 heures. Les gens étaient bizarres, nerveux, encore plus scotchés à leur portable que d’habitude. Dans la chambre de son hôtel, il alluma la télé. Le monde venait de basculer. Le géant qui venait sur la capitale espagnole n’était qu’un parmi des dizaines. À la fenêtre de son hôtel, il attendit l’apparition. Un lever de soleil à 23 h 15. C’est ce que virent les Madrilènes, stupéfaits. Le disque glissant sur la ville éclairait plus que le soleil de juillet. Mais sa lumière, chaleureuse comme un tube au néon, lui donnait un air fantomatique. Madrid n’était plus qu’une maquette de papier gris.

Au matin, il faisait vingt degrés de moins que la veille. La lumière ne dégageait pas la moindre chaleur sur ceux qui n’avaient pas fui. Il n’arriva pas à joindre sa petite amie. Il appela chez lui, c’est-à-dire chez ses parents. Dans un magma de paroles et de conseils infantilisants, il crut comprendre qu’ils avaient quitté la capitale pour rejoindre sa sœur, à Orléans. Seules Nantes, Marseille et Paris, où son amie l’attendait, étaient assiégées. À Paris comme ailleurs, les recommandations du gouvernement incitant au calme étaient à peu près respectées. Les citadins choisissant de quitter la ville s’absentaient plus qu’ils ne fuyaient. Cela faisait maintenant une demi-journée que les plaisantins avaient confisqué le ciel d’été, et toujours pas le moindre contact.

Dans la capitale espagnole, même ambiance. Aux terrasses des cafés, les lunettes noires ne servaient qu’à regarder le plafond de lumière sale. Malgré quelques sourires, les Madrilènes avaient besoin de se rassurer.

« Ils sont si évolués qu’ils ne peuvent pas être barbares ! » « Ils se sont depuis longtemps affranchis des turpitudes qui nous tourmentent en ce bas monde… »

Même vidées de moitié, les grandes villes oppressées continuaient à vivre, entre peur et fascination. Quelques grappes d’utopistes en transe chantaient, regard halluciné et sourire béat, certain remerciant Dieu pour le miracle. Des nuées d’enfants émerveillés passaient en criant comme au début d’une récréation, mimant une riposte désuète. Pourtant, les vaisseaux restaient muets. Les terriens ne voyaient qu’eux, et eux les dédaignaient. Regard rivé sur la télé de l’hôtel, qui diffusait en boucle les images de l’invasion, Richard s’inquiétait pour sa compagne. Il était tombé une dizaine de fois sur son répondeur. Entre deux idées noires, il comprit aux informations que les pays membres de l’ONU organisaient un sommet extraordinaire le lendemain. Il n’en voyait pas l’intérêt, estimant les humains bien démunis, que les visiteurs soient venus en amis ou pas. Mais il fallait bien que tous ces gens aient l’impression de servir à quelque chose. Une riposte lui paraissait pourtant aussi sensée qu’une attaque d’escargots sur le pentagone.

Il commença à regretter sa semaine de congé improvisée, culpabilisant d’avoir laissé sa chérie. L’étudiant aux beaux-arts se vit conforme à tout artiste, préoccupé par sa petite personne, l’ego jouant aux montagnes russes. Parfois gonflé jusqu’à la stratosphère, parfois vieux chewing-gum collé au bitume de la réalité. Toujours incapable d’exister ailleurs que dans le regard des autres, sûrement en pâmoison devant le prodige du siècle. Pathétique comme jamais, il appela sa belle toute la matinée, se demandant comment cacher son embarras quand elle décrocherait. Eh oui bien sûr, lui d’abord. En fin de matinée, il arriva enfin à la joindre.

« Allo, Richard ? Comment ça va ? Désolée, mon chéri ! Mes horaires ont encore changé hier, je n’ai pas fait la fermeture du bar et je dormais avant 21heures. Je viens seulement de me réveiller et d’allumer mon portable, puis la télé, car je pensais que c’était une blague, toutes tes histoires ! Et enfin,j’ai ouvert mes volets et là… »

Sa phrase échoua dans un sanglot. En virtuose de la dédramatisation, Richard essaya de l’amuser.

« Moi ça va, ne t’inquiète pas, ma beauté ! Alors, ils sont sympas les aliens sur Paris ? Parce qu’ici, c’est des vraies têtes de cons ! Pas un bonjour, rien !

— J’ai peur ! Reviens ! Je ne vais même pas sortir de chez moi, c’est sûr ! J’irai pas bosser ce soir…

— Tu as peur de ton patron ? C’est normal, c’est un con, lui aussi !

— Arrête, je n’ai pas le cœur à plaisanter !

— OK… Bon, écoute. J’enfile mon slip de super héros, je prends le premier avion et je viens leur péter la gueule, aux martiens. OK ? »

Richard entendit Nathalie rire, assez fier.

« T’es trop bête, mon chou !... Je sais que c’est con, mais je préfère avoir peur avec toi ! Et ta voiture ? Tu en fais quoi ?

— Je l’abandonne attachée à un arbre. Elle est en fin de vie…

— D’accord… Fais vite, mon héros!

— J’arrive, ma poulette ! »

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