
La femme des églises
Chapitre 2
Dans la vraie vie, nous partagions la même chambre ainsi que le lit de nos sœurs aînées. Maîtresses des lieux, elles s’accordaient certains privilèges. Comme elles possédaient beaucoup plus de vêtements que nous, elles occupaient la majorité de l’espace. Elles se partageaient un bureau dans lequel les plus jeunes disposaient d’un unique tiroir en plus d’une minime place dans la garde-robe.
Ma sœur Rachel se montrait très astucieuse. Lorsque sa prétendue mère s’absentait, elle sortait tous ses vêtements et plaçait soigneusement les siens. Elle prenait une journée à tout installer, car elle travaillait méticuleusement. Une certaine crainte m’empêchait de l’imiter ; comme je la trouvais brave ! Je ne voulais pas décevoir mon héroïne en déplaçant tous ses vêtements ; celle à qui nous devions cette remarquable amélioration.
Pour ma part, « ma mère » aimait bien se faire dorloter. Chaque soir, elle me demandait de lui brosser les cheveux ; cent coups, que je comptais. Je crois qu’elle tenait cela de notre paternel car lui aussi adorait cela et surtout par notre sœur qui était sa chouchoute. De son côté, il lui en donnait cinq cents.
Quand je repense à tout cela aujourd’hui, je constate que je débordais de patience. Cependant, je crois que Rose méritait ce privilège car elle travaillait très fort. Si nous disposions de chambres séparées, cela revenait à sa débrouillardise. Mon père posa les divisions : les filles d’un côté et les garçons de l’autre. Tout restait ouvert, donc aucune intimité. Rose récupéra donc plusieurs boîtes de carton, les défit et les posa soigneusement sur les madriers. Elle peignit le plafond et en guise de finition, elle colla sur les murs un papier peint beige agrémenté de multiples fleurs roses. Cela devint un travail colossal. Une transformation qui rendit splendides nos chambres de filles.
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