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Couverture du roman La femme des églises

La femme des églises

Lucie rêve d'art depuis son enfance. Malgré les moyens limités de sa famille, elle s'exerce chaque soir dans l'atelier paternel avec sa fratrie. Sa détermination sans faille pour réussir la pousse à surmonter tous les obstacles. En chemin, elle rencontre l'homme qui partagera son existence et soutiendra son ambition. Sa passion créative finit par s'exprimer à travers un médium unique, ouvrant la voie au succès. Ce récit retrace le parcours authentique de l'auteure Lucie Blanchette.
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Chapitre 3

On ne devait pas seulement s’amuser ; il fallait aussi s’instruire. Je me souviens encore de ma première année en classe dans un groupe de degrés multiples. Je ne me sentais pas en sécurité et me faisais toute petite afin de passer inaperçue.

Cela ne s’améliora pas lors de la deuxième année et de celles qui suivirent, lorsque je me suis retrouvée dans une classe avec des enfants du même degré que moi. Je n’osais pas parler car lorsque je m’exprimais, on me disait que je le faisais vite et cela me gênait.

Encore jeune, je choisis la solution facile de me taire et d’écouter jusqu’à la fin de mon secondaire. Je terminai mes études jusqu’en onzième année dans cette école mais il me fallait posséder un brevet afin de pouvoir enseigner.

Pour cela, je devais être pensionnaire et aussi payer le costume d’étudiante ; un blazer bleu marine et une jupe par plis grise longue en bas du genou. Quel travail cela demandera de rouler et la dérouler à la rencontre des religieuses ; car personne n’aimerait ces cotillons. Le pensionnat et ce costume obligatoire coûtaient trop cher pour notre budget ; il me fallait des sous, beaucoup, afin de pouvoir continuer, mais où les prendre ?

Mon père décida donc que nous irions cueillir des bleuets en famille. Tous ensemble, nous devrions y parvenir. Au lever du soleil, nous embarquons les bagages nécessaires afin de camper et de nous nourrir. Nous nous en allons afin de nous rendre dans une forêt à quatre heures de route de chez nous. Aussitôt arrivés, nous montons la tente et nous nous installons afin de pouvoir prendre un repas.

Après cette journée chargée en émotions, nous profitâmes d’une bonne nuit de sommeil en ayant pour objectif de nous lever en forme. Le lendemain, nous nous mîmes à la recherche du petit fruit qui devait nous apporter la manne. Hélas, même si nous cherchions, nous ne voyions rien qui ressemblait à un bleuet. Le paternel décida de plier bagage et de regagner la maison.

Toujours sans argent, une semaine avant le début des classes, il fallait trouver une solution à tout prix. Mon père décida donc de faire un emprunt de cinq cents dollars, le montant nécessaire pour couvrir toutes les dépenses de l’année. Avec lui, je signai un contrat à la banque m’engageant à tout rembourser l’année suivante.

Heureuse, mais en même temps craintive ; car je devrais quitter ma famille pour la première fois, j’entrai donc à l’École Normale-Chanoine-Simard en septembre. Je pris possession de ma chambrette dans laquelle je disposais d’un lit et d’un bureau. Pour servir de porte, un rideau permettait aux religieuses d’assurer la surveillance.

Je me consacrai entièrement à mes études car on ne pouvait sortir seule. Lorsque nous le faisions, nous ressemblions à un troupeau de moutons. À ce moment-là, nous roulions nos jupes, car celles-ci étaient vraiment trop longues. Deux par deux en un long rang, nous marchions sur le trottoir bordant le boulevard. Je détestais prendre cette marche car tout le monde nous regardait et certains riaient. Le seul avantage que j’y trouvais, c’était de pouvoir respirer de l’air pur. Nous devions obéir car nos points pour bonne conduite en dépendaient.

Les excellents repas de ma mère me manquaient. Le matin au déjeuner, on nous servait du gruau et des rôties avec une sorte de pâte à tartiner. Je ne peux vous décrire le goût car une seule fois me suffit. De plus, le gruau ne faisait pas partie de mes favoris. Malgré cela, je réussis quand même à prendre quelques livres. Pas surprenant, car nous passions la journée assises en cours et la soirée à étudier. L’exercice de marche à lui seul ne suffisait pas à dépenser nos calories.

Nos parents pouvaient nous rendre visite les fins de semaine, seule la famille était autorisée. Cette année-là, nous nous retrouvâmes treize étudiantes de ma paroisse. Follement éprise, l’une d’elles écrivait des lettres à son amoureux. Les études passant en deuxième, elle échoua son année.

Je partageais mon amitié avec deux étudiantes. Une de mes amies ayant les cheveux de la même longueur que les miens et coiffés de la même façon, cela augmentait le degré de difficulté à nous différencier. Souvent, les religieuses nous interpellaient par le prénom de l’autre.

Une chance que mon amie se conduisait correctement car les notes de personnalité, ils les donnaient en nous observant. Toujours aussi peu sûre de moi, j’éprouvais de la difficulté à me faire de nouvelles amies. Certaines, très indisciplinées, s’émancipaient et allaient chercher de la nourriture pendant que tout le monde devait dormir. Je tremblais à leur place, jamais je n’aurais osé prendre autant de risques.

Je m’ennuyais beaucoup de ma famille et dans ces moments-là, je me raisonnais. Je me disais que bien de personnes aimeraient se faire instruire et ne pouvaient le faire et cela me motivait.

Les jours et les mois passèrent si bien qu’on arriva au milieu de décembre. Enfin, je pouvais sortir et rentrer chez moi après quatre interminables mois. Je profitai de tous ces magnifiques moments avec ma famille, car je savais que bientôt, il me resterait encore beaucoup de temps avant de revenir au bercail. Je comptais les mois, les semaines et les jours, tellement le temps ne passait pas assez vite à mon goût.

Que c’est long être pensionnaire quand tu ne peux revenir à la maison que deux fois dans l’année ! Je me le remémore en écrivant et je me rends compte que cela s’oublie à la longue. J’obtins mon diplôme d’enseignement le trente juin mille neuf cent cinquante-neuf avec une excellente note, mais grandement méritée.

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