
La farce qui brisa l'amour
Chapitre 3
La porte de ma chambre d'hôpital s'est ouverte avec une telle force qu'elle a claqué contre le mur. Maxence a fait irruption, son visage un masque de rage foudroyant.
— Qu'est-ce que tu lui as dit ? a-t-il hurlé.
Il a marché jusqu'à mon lit et, sans un mot, a arraché l'aiguille de la perfusion du dos de ma main. Une douleur aiguë a parcouru mon bras, et une goutte de sang a perlé sur ma peau.
— Mais qu'est-ce que tu fous, Maxence ? ai-je crié, plus par choc que par douleur.
— Hannah a essayé de se suicider, a-t-il aboyé en me saisissant le bras. Elle s'est ouvert les veines. Elle est en état de choc, elle a perdu beaucoup de sang. Ils ont besoin d'une transfusion. Maintenant.
Mon esprit s'est vidé.
— Qu'est-ce que ça a à voir avec moi ?
— Ne joue pas à l'idiote, Alicia ! a-t-il grondé, ses doigts s'enfonçant dans ma chair. Elle m'a dit ce que tu lui as balancé. C'est toi qui l'as poussée à faire ça ! Tu dois réparer tes conneries. Vous avez le même groupe sanguin. Tu vas lui donner ton sang.
L'audace pure de sa demande m'a laissée sans voix. Il me blâmait pour le drame mis en scène par sa maîtresse.
— Je n'irai nulle part, ai-je dit, ma voix tremblant de fureur. Je suis une patiente ici. Je viens d'avoir une commotion. Je ne peux pas donner mon sang.
Il a laissé échapper un rire dur et cruel.
— Oh, maintenant tu t'inquiètes pour ta santé ? Tu n'étais pas si inquiète quand tu menaçais une fille fragile et innocente, n'est-ce pas ? Tu voulais qu'elle meure, c'est ça ? C'est de ça qu'il s'agit.
Il m'a accusée d'être sans cœur, de n'avoir aucun respect pour la vie humaine. Ces mots, venant de lui, l'homme qui avait systématiquement détruit mon monde quelques heures auparavant, étaient si tordus, si profondément injustes, que je n'ai même pas pu formuler de réponse.
Ma confiance en lui, en le garçon avec qui j'avais grandi, en l'homme que je pensais connaître, s'est effondrée en poussière. Elle avait disparu. Pour toujours.
— Tu viens avec moi, a-t-il dit, sa voix tombant dans un calme menaçant.
Il n'a pas attendu de réponse. Il m'a arrachée du lit.
Ma blouse d'hôpital n'offrait que peu de résistance. Le monde a tourné alors qu'il me traînait, pieds nus et prise de vertiges, hors de la chambre et dans le couloir. J'étais trop faible pour me débattre efficacement.
Il m'a poussée dans un hélicoptère privé qui attendait sur l'héliport du toit de l'hôpital. Les rotors tournaient déjà, fouettant mes cheveux autour de mon visage. L'hélico a décollé avec une secousse violente, et les lumières de la ville en dessous se sont transformées en une traînée vertigineuse. J'avais la nausée, ma tête battant au rythme des pales.
Quand nous avons atterri, il m'a traînée tout aussi brutalement dans un autre hôpital. C'était une clinique privée, plus petite. Il m'a jetée sur une chaise dans une salle de prélèvement d'un blanc clinique. Des infirmières s'affairaient, leurs visages un flou.
— Préparez-la, leur a ordonné Maxence.
Un tampon d'alcool froid sur le pli de mon coude m'a ramenée à la réalité. J'ai enfin retrouvé ma voix.
— Maxence, tu as perdu la tête ? ai-je hurlé, en essayant de retirer mon bras. Tu ne peux pas faire ça !
Une des infirmières a hésité, regardant mon visage terrifié puis celui, furieux, de Maxence. Elle voyait bien que quelque chose n'allait pas.
— Monsieur, a-t-elle dit timidement, nous venons de recevoir un appel. La banque du sang a envoyé suffisamment de poches pour Mlle Martin. Nous n'avons pas besoin d'une transfusion directe.
La pièce est tombée dans le silence. Le regard de Maxence s'est posé sur mon visage, maintenant d'une pâleur fantomatique sous les néons. Pendant une fraction de seconde, son front s'est plissé. J'ai vu une lueur de quelque chose dans ses yeux – du doute, peut-être même de la culpabilité. Il a vu à quel point j'avais l'air malade, comment ma main tremblait.
Puis, un gémissement faible et léger est venu de la pièce voisine.
— Maxence... ?
C'était la voix d'Hannah.
Instantanément, la lueur d'humanité dans les yeux de Maxence a disparu. Elle a été remplacée par cette résolution froide et dure. Son attention s'est entièrement tournée vers elle.
Il a regardé l'infirmière, sa voix dénuée de toute émotion.
— Faites la prise de sang quand même.
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