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Couverture du roman La disparue de l'Aber Wrac'h

La disparue de l'Aber Wrac'h

Vingt ans après le drame, le mystère plane toujours sur la pointe du Finistère. En une seule nuit, la petite Lily s'est volatilisée près de l'île Vierge tandis que ses parents, de riches entrepreneurs, étaient massacrés dans la forêt de Huelgoat. S'agit-il d'un rituel occulte ou d'un crime crapuleux ? Convaincu que l'enquête fut bâclée, le capitaine Jo Maillard rouvre ce dossier hanté par les légendes celtiques pour enfin découvrir la vérité sur ce double tragédie.
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Chapitre 3

« Ne jette pas les vieux souvenirs, les vieilles photos, les vieilles cartes, elles te conduiront vers des chemins lumineux. Le passé trouble et obscur rejaillira mais ne le renie pas, affronte-le. Fonce, va de l’avant, mais surveille tes arrières, prends des chemins de traverse, les petits ruisseaux te conduiront dans une grande rivière, puis à la mer. Alors tu comprendras, un avenir clair et joyeux éclatera. »

Chloé est ses amis Clémentine, Gabriel et Léo relisaient la lettre posthume de nounou Soizic. Ils passaient l’après-midi à La Londe Les Maures dans la petite maison de Chloé.

Clémentine jolie petite rousse, un peu potelée, drôle et pétillante, ressemblait à un fruit frais, acidulé, sucré, plein de peps. Elle portait parfaitement son prénom, avec son teint abricot et ses boucles cuivrées. Elle aurait pu s’appeler Prune, si elle avait été brune, mais elle était rousse… Elle était institutrice à Bormes Les Mimosas, célibataire, voire célibattante. Elle savourait joyeusement son célibat, mais en fait, elle recherchait désespérément, comme toutes, le prince charmant. Elle s’était donc inscrite sur de nombreux sites de rencontres. Ils garantissaient tous de trouver l’amour, avec un grand A sur leur site, ils promettaient de belles histoires…

« Paroles et paroles… Encore des mots toujours des mots les mêmes mots… »

Mais tout ce qu’elle avait trouvé jusqu’à lors, c’était au mieux des rencontres éphémères avec des hommes fades, insipides et sans intérêt, et au pire des plans cul pour amours transgressifs.

Rien n’est durable de nos jours, l’obsolescence programmée s’applique aussi aux relations intimes.

Même les sites pour célibataires exigeants offraient plus de vilains crapauds que de princes charmants. Elle avait pourtant cru, tout récemment, avoir trouvé son âme sœur.

Elle avait passé des nuits torrides, des nuits de folie, des nuits… Des nuits… avec le beau Valentin, s’était rêvée en Valentine, mais elle avait fini par se poser une question : cet amant particulièrement doué qui, la nuit, la faisait grimper aux rideaux, disponible uniquement la nuit, seulement deux nuits par semaine, était-il un vampire qui redoutait la lumière et les sorties au grand jour au bras d’une rouquine, ou était-il un homme marié ? Elle l’aurait préféré vampire, mais il était bien marié. Lui avait précisé, mal marié…

« Des mots faciles des mots fragiles c’était trop beau, bien trop beau… Encore des mots toujours des mots les mêmes mots rien que des mots… des mots magiques des mots tactiques qui sonnent faux… »

Bye bye, Valentin, elle était donc de nouveau libre.

Gabriel écrivait, il était même un auteur confirmé, un auteur qui avait du succès, tant auprès de sa maison d’édition, qu’auprès de toutes les femmes entre dix-huit et quarante ans. Il les aimait toutes.

« Femmes, je vous aime, femmes, je vous aime, je n’en connais pas de faciles, je n’en connais que de fragiles, et difficiles, oui difficiles. » Cette belle déclaration d’amour pour les femmes magnifiquement interprétée par Julien Clerc, célébrant les femmes, leur rendant un hommage vibrant et éternel, Gabriel en avait fait sa maxime. Il les aimait toutes, mais pas longtemps, il se lassait vite.

Il aimait séduire, ça le rassurait, mais il n’aimait pas les trophées. Il préférait la solitude, être seul, tranquille pour écrire ses livres, en fait il vivait sa vie à travers ses romans. Par procuration à travers ses personnages qu’il trouvait plus intéressants, plus séduisants, plus intelligents.

Il se cachait à l’intérieur d’une bulle protectrice, dans un univers romanesque. Mi-romantique, mi-écorché vif. En fait, il avait un succès fou, parce qu’il paraissait inaccessible, les femmes étaient inévitablement envoutées par ce type mystérieux. Il les attirait comme du miel, sans le vouloir vraiment, comme un aimant. Son humour, son charme, son intelligence et son mystère jouaient un grand rôle dans l’attirance magnétique qui se dégageait naturellement de lui. Mais était-ce si naturel, ou s’était-il fabriqué un personnage pour ses jeux de séduction ? Il ne le savait pas lui-même. Il ne le savait plus.

Mais à trop jouer, il était libre.

Et Léo, que dire de l’insaisissable Léo, qui concevait des jeux vidéo, il était game designer. Ça fait plus branché dit comme ça. Son imagination débordante, sa créativité sans limites, ajoutées à une personnalité attachante et sensible faisait de Léo un super ami, un peu disjoncté quand même.

Il vivait dans son monde, un monde parallèle, sur une autre planète, perdu dans l’immensité du cosmos. Il aurait pu, à tout moment, croiser Thomas Pesquet à bord de Soyous se dirigeant vers la station spatiale ISS. Il était vraiment perché ! Le geek de la bande était plus passionné par les monstres qu’il créait, que par la gente féminine. Mais parfois, il ne jouait pas qu’avec des personnages virtuels. Il venait de terminer son dernier bébé, un jeu horrible et sanguinaire, et il était libre comme l’air.

« L’amour, l’amour, l’amour, dont on parle toujours… l’amour, l’amour, l’amour, c’est quand je t’aime, l’amour c’est quand tu m’aimes, sans me le dire, sans te le dire, l’amour, l’amour, l’amour… »

Pour Chloé, l’affection amoureuse et l’affection amicale se confondaient. Elle n’arrivait pas à distinguer clairement les deux. Elle ne voulait surtout pas trancher. Elle était donc libre, comme ses amis.

Ensemble, ils relisaient inlassablement la lettre de la nounou que le notaire lui avait envoyée par mail, et ces quelques lignes les laissaient pantois.

Une charade, une devinette, un langage codé ou les délires d’une vieille femme au crépuscule de sa vie ? Chloé avait hérité de la maison de Soizic, des meubles, et d’une petite somme d’argent. Elle se rendrait prochainement dans le Finistère pour accepter la succession chez le notaire, débarrasser la maison et la mettre en vente auprès d’une agence immobilière.

Elle n’aurait jamais imaginé, hériter de son ancienne nounou. Elle avait toujours eu une profonde tendresse pour elle, et savait que c’était réciproque, mais de là à imaginer que la vieille dame lui léguerait sa maison et tous ses biens. Elle savait cependant qu’elle n’avait ni parent, ni mari, ni enfant et que Lily et elle avaient été ses petites préférées. Mais Lily avait disparu.

Les amis de Chloé étaient dispo, libres comme l’air et ils l’accompagneraient en Bretagne. Un retour aux sources pour Chloé, un retour aux sources du mal.

En attendant le vent du large, le ciré jaune, la pêche à pieds et le spectacle des marées, ils décidèrent de s’offrir une virée à Saint-Tropez. Ils arpentaient les petites ruelles pentues qui menaient du port à la citadelle. Les maisons aux teintes pastel et terracotta, les bougainvilliers flamboyants qui envahissaient les vieux murs, le chant bruyant mais tellement ensoleillé des cigales dans la pinède du fort, on était ici en plein cœur du pittoresque village qui offrait quiétude et authenticité aux visiteurs allergiques à la foule.

Bien loin des milliers de touristes agglutinés sur le port pour le spectacle vivant permanent : admirer les luxueux yachts, passer et repasser devant les terrasses mythiques. Une seule devise, un seul objectif : voir et être vu.

Une mise en scène bien huilée depuis des décennies, un défilé digne des plus grands scénaristes. Sur le port, telle une arène, se jouait tous les soirs à guichets fermés une tragédie grecque où « la plèbe » affrontait « les patriciens ».

Le clocher bicolore de l’église baroque, jaune maïs et terre de Sienne, véritable emblème du charmant village posé sur la mer, nous ramenait cinquante ans plus tôt, quand ce petit port, inondé de lumière, n’avait pas encore été adopté par toute la jet set internationale et envahi par des hordes de touristes en quête de paillettes, de glamour et de scandales.

Saint-Tropez : luxe, chic, audace et folie.

Le luxe, tout était luxe ici. Les rutilantes Ferrari et les féeriques Rolls-Royce en compétition avec les indétrônables Mini Moke, la mini star qui ne se prenait pas au sérieux. Mais tout le gratin et la jet set se l’arrachaient. Quoi de plus chic que d’arriver au Club 55, dans sa Mini Moke, cheveux au vent. Un luxe simple, pour des plaisirs simples…

Dans le village, les grandes maisons parisiennes ou italiennes avaient toutes pignon sur rue, et les belles boutiques de luxe se regroupaient dans quelques ruelles, parfois cachées dans les jardins des magnifiques bastides, des petits hôtels particuliers, où se pressaient des clientes si particulières. Dior, Chanel, Louis Vuitton ou Hermès, Gucci, Missoni… habillaient les chanceuses à la mode tropézienne. Le luxe, dans les Parcs et leurs villas « amazing », luxueux les palaces… Un écrin de luxe.

Le chic, c’était pour les bohèmes, le casual chic, et les longues jupes assorties de tuniques blanches ou brodées, sautoir turquoise et corail, chaussées de sandales K Jacques ou de spartiates Rondini, des tenues ensoleillées pour des clientes moins fortunées mais finalement plus stylées. Les plages chics, les cabanes en bois flotté, pour « hippies » SDF (sans difficultés financières).

L’audace, la confiance en soi qui donne l’audace, qui brave les interdits, parce ce que sous le soleil de Saint-Tropez et le long des plages paradisiaques de Ramatuelle, rien n’est impossible.

Bronzer nu, nager nu dans les criques de l’Escalet et du Cap Taillat, danser jusqu’à l’ivresse dans les plages sélectes et déjantées de Pampelonne, se faire inviter le soir dans les mythiques fêtes blanches dans les luxueuses villas, de l’Octopussy posée sur l’eau, aux immenses maisons d’inspiration californienne qui dominent le rivage paradisiaque de Ramatuelle et pratiquer la pêche au gros sur un Yacht ou dans les Caves. De l’audace, beaucoup d’audace pour s’inviter dans ce Saint-Tropez des fêtes et de la démesure.

La folie tropézienne, la folie douce, la nuit qui n’en finit pas, les fêtards noctambules à court de champagne et de paillettes, les clubbers ivres et hagards qui déambulent dans le labyrinthe des ruelles sombres, qui dessoûlent sur les rochers de la Ponche. Nuit d’ivresse. Certains papillons de nuit se sont brûlé les ailes dans ce sulfureux paradis artificiel, superficiel mais tellement tentant

Chloé et ses amis avaient besoin de se détendre, de faire la fête, de se lâcher. Ils se lâchèrent, sans tabou, sans interdit. Jusqu’au bout de la nuit.

« Et quand revient l’été à Saint-Tropez, tous les garçons sont beaux à Saint-Tropez, toutes les filles sont belles à Saint-Tropez, au rendez-vous d’amour de Saint-Tropez, on court dans le vent, on grille au soleil, on brûle ses vingt ans, on s’amuse, on rit, on danse, on fait les fous… »

« Do you do you do Saint-Tropez, l’amour c’est comme la mer à Saint-Tropez, ça change tous les jours à Saint-Tropez, pour un seul de perdu dix de retrouvés, on ne meurt pas d’amour à Saint-Tropez ».

Les amis appliquèrent à la lettre la philosophie de la célèbre chanson des années yéyé, sans en modifier une seule ligne.

« La nuit est chaude, elle est sauvage, la nuit est belle sur ce rivage. »

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