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Couverture du roman La destinée de Jeneya CROFT

La destinée de Jeneya CROFT

Comment Jeneya Croft parviendra-t-elle à naviguer entre les tourments de son cœur et les exigences de sa vie professionnelle ? Tiraillée entre une passion dévorante, des blessures profondes et une haine tenace, la jeune femme voit son existence basculer dans une incertitude totale. Face à ces épreuves sentimentales et aux défis de sa carrière, quel chemin le destin lui réserve-t-il ? Découvrez le parcours d'une héroïne moderne en quête d'équilibre.
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Chapitre 2

- Maman, dis-je en descendant du train.

- Oui, mon bébé, répond-elle les larmes aux yeux.

- Comment a-t-elle pu ? Fais-je avant d’éclater en sanglots.

- C’était le moment, je crois. Elle avait assez souffert, il fallait qu’elle aille se reposer.

- Que va-t-il se passer maintenant ?

- Nous irons assister à l’enterrement. Toi, tu reviendras plus tôt, car tes études ne devraient en aucun cas, en pâtir.

- Ok, mais…

- Non, il n’y a pas de discussion possible.

- Ok.

Nous allons au parking où je repère rapidement la voiture de maman ; elle la débloque à distance, je mets ma valise dans la malle arrière et monte, côté passager. Nous quittons l’aéroport dans le silence le plus absolu, chacune dans ses pensées. A mesure que nous avançons, je regarde autour de moi et bien que je sois nostalgique, ne regrette pas d’être partie de la maison ; cela devenait invivable voire insoutenable. Je ne sais pas vous mais pour moi, la famille qui comme je l’entends partout, est un havre de paix, est un concept nouveau ou un concept New Age. Vous ne comprenez pas, ce n’est pas grave, cela viendra avec le temps.

- Ta sœur est à la maison, lâche ma mère à quelques mètres de la maison.

- Ah oui, elle est là. La voir, me fera du bien.

- …

- Un mois qu’elle est partie voir les grands-parents, même si elle revient avec une mauvaise nouvelle.

- C’est certain, murmure ma mère.

- Elle a dû changer ; je sors rapidement le miroir de mon sac et vérifie que je suis bien maquillée. Comme disent les camerounais, il faut toujours être prêt parce qu’on ne connait le caillou qui va tuer l’oiseau.

Au lieu de garer sur le perron, comme d’habitude, elle gare dans le parking et au moment où je veux descendre de la voiture, elle me retient par le bras.

- Jen, commence-t-elle en se mordant les lèvres.

- Oui, maman.

- Je sais que cela n’a pas toujours été drôle pour toi ; je ferme les yeux quelques instants afin d’exorciser ce qui risque remonter et les rouvre quelques secondes plus tard.

- Maman, l’arrêtai-je en posant ma main sur sa cuisse.

- Non, s’il te plait, Jen, insiste-t-elle.

- Je t’écoute, finis-je par dire en soupirant.

- Ta sœur est…Elle a quelque peu...

- Maman, qu’y a-t-il ? Demandai-je alarmée par le ton de sa voix et l’état anxiogène dans lequel se trouve manifestement ma mère.

- Ecoute…je ne sais comment te le dire.

Je ne suis pas assez patiente, je préfère sortir de la voiture, récupérer mon sac dans la malle arrière et me diriger vers l’entrée de la maison. A peine suis-je dans la ville rose, que les problèmes surgissent ; c’est comme si rien n’avais changé. Je rentre dans la maison et trouve Roberta en train d’épousseter les meubles. Elle tourne la tête en entendant le bruit que je fais avec mes bottines, lâche la houppette, avale la distance qui nous sépare et me prend dans ses bras. Je lâche la valise et m’y réfugie ; rentrer à la maison et la retrouver, a toujours eu le don de m’apaiser.

- Comment as-tu voyagé ?

- Bien, merci, fais-je en me détachant d’elle.

- Mes condoléances, ma petite.

- Merci Roberta.

- Jen, il va falloir que…

Un bruit de pas provenant du haut de l’escalier nous oblige à nous retourner. Elle descend, toujours aussi apprêtée, je souris automatiquement en la voyant. Nos regards se croisent, je suis étonnée par la froideur émanant d’elle. Je me retourne vers maman qui rentre à l’instant dans le séjour, ne comprenant rien à son attitude.

- Bonjour Vayana, fais-je tout de même en la regardant à nouveau.

- Bonjour Jen, répond-elle simplement.

- Comment vas-tu ?

- Bien.

- Depuis quand es-tu là ?

- Quelques jours, pourquoi ?

- Comme ça, juste par curiosité. Comment as-tu voya…

- As-tu entendu ?

- Oui, maman m’a dit ; elle se tourne vers maman et arque un sourcil.

- Nous avons perdu Jeneya Stern, notre grand-mère.

- Pourquoi préciser Jeneya Stern ? C’est notre grand-mère, m’offusquai-je.

- Là, n’est pas le problème, me coupe-t-elle.

- Qu’est-ce donc ?

- Nous verrons, répond-elle évasivement ; elle descend l’escalier et nous dépasse, laissant des effluves de son parfum musqué dans son sillage.

- Maman, que se passe-t-il ?

- C’est de cela que je voulais te parler soupire maman en me précédant dans l’escalier.

- Que se passe-t-il, ici ? Répétai-je en la talonnant.

- Jen, pourrais-tu attendre ? Je vais me débarbouiller et reviens vers toi.

- Ok.

Je vais dans ma chambre, me coule un bain, récupère un livre et plonge enfin dans mon bain. Je suis réveillée une heure plus tard par Roberta, frappant de vigoureux coups à la porte. Je sors de la baignoire, enroule une serviette autour de moi et vais ouvrir.

- Howard est là, fait-elle simplement.

- J’arrive, Roberta.

- Tu as une demi-heure, précise-t-elle en souriant.

- Ok et merci, Roberta.

- De rien, mon bébé.

Je vais me rincer en repensant à tout ce qui se passe dans cette maison, c’est assez étrange. Il y a de cela un mois, Vanaya et moi, nous sommes séparés en bons termes et là, c’est comme si nous étions de parfaites étrangères. Je sais que vous êtes perdus, car je vais surement plus vite que la musique.

Jeneya Stern, est ma grand-mère décédée depuis hier dans un hôpital huppé de Londres. Elle a toujours été la matriarche de la famille, une dame de fer sachant se faire respecter par tous ceux qui gravitaient autour d’elle. Vous avez aussi dû faire le lien, je suis ou plutôt, j’étais son homonyme. Cette femme a toujours été importante pour moi, elle savait tout comme ma famille proche, mettre de la couleur et du bonheur dans ma vie. Elle est décédée à l’hôpital de suite de longue maladie et laisse un veuf éploré, Klaus Stern.

Klaus Stern, de son nom complet, Klaus Elizar Stern est un anglais ayant fait fortune dans le cuir. Fils de minier et d’une meunière, il a gravi les échelons de la société au prix des efforts considérables et a fini par gagner le respect de tous. Seulement, c’est un personnage des plus froids, vils et calculateurs que le monde ait connu. Pour tout le reste de la population, c’est un généreux donateur, un mécène, une personne ayant la main sur le cœur, un philanthrope ; c’est une personne qui ne sait pas faire attention à son prochain et ne se focalise que sur ce qui peut lui rapporter des euros. Il a très vite compris que le cuir était l’avenir dans le monde de la mode, sacs, chaussures et vêtements, il est l’un des meilleurs dans ce domaine. A 25 ans, alors que l’avenir commençait à lui sourire, il fait la rencontre de Jeneya Malvina Tudor, en tombe follement amoureux. Ils marient un an plus tard et l’année d’après, nait leur premier enfant.

Jamice Stern, 48 ans, premier enfant de l’empire Stern, a toujours été préposé à la direction de l’empire Stern. Athlétique, les iris de mordorés, des cheveux d’un blond platine, une démarche altière et un physique comparable à celui de Brad Pitt plus jeune, Jamice est un tombeur et bourreau des cœurs ; il se sait beau et à cause de son physique agréable, ne se refuse rien. Après de brillantes études à Harvard, il décide de rentrer au pays, travailler aux côtés de son père, surprenant tout le monde et défiant tous les pronostics. Il est marié à une londonienne depuis quelques années et ils ont 4 enfants ; une famille nombreuse, contrairement à celle de son frère.

Dike Stern, 45 ans, deuxième enfant de Stern, après des études brillantes, tout comme son frère, a décidé de s’installer en Afrique du Sud où il a fondé une entreprise spécialisé dans les finances. Aux dernières nouvelles, il ferait aujourd’hui partie d’un consortium d’entreprises et s’en sortirait plutôt bien. Il a toujours été considéré comme un paria par le reste de la famille, car ayant décidé de s’exiler au grand dam de Klaus qui souhaitait avoir toute sa famille à ses côtés. Marié à une Boer, ils ont fait le choix d’avoir deux enfants ; c’est le complice de sa sœur.

Carla Croft née Stern, 42 ans, est ma mère. C’est une jeune femme dont le temps n’a pas altéré la beauté ; dire qu’elle est belle ne saurait rendre grâce à sa beauté. Malgré l’extrême richesse de ses parents, Carla n’a pas hésité après la rencontre d’Howard, à le suivre en France, créant confusion voire de nombreux drames dans la famille. Nous n’avons presque pas mis pieds dans notre famille maternelle toute notre enfance ou sa majeure partie, nous contenant des photos montrées par nos parents.

UNE VINGTAINE DE MINUTES PLUS TARD…

Je descends les escaliers et vais retrouver les autres, dans la salle à manger. Roberta, comme toujours, nous a préparés un festin de rois. Harry et Dan, 16 et 18 ans, y sont déjà ainsi que maman et papa, lorsque Vayana, 20 ans, décident de nous rejoindre. Je ne saurais dire pourquoi mais tout parait différent chez elle.

- Ma fille, dit mon père en tendant le plat à Roberta qui fait le service en déplaçant à chaque fois la soupière.

- Je vais bien, papa ; il lève les yeux et me regarde en souriant. Cet homme est vraiment beau, ses cheveux couleur poivre et sel lui confèrent un charme particulier. Il a certes 46 ans mais a encore le physique d’un adonis.

- Quoi de nouveau dans la ville de la porcelaine ?

- Rien de nouveau sous le soleil, mais je serais heureuse de vous avoir là-bas pour un week-end.

- Comme je te l’ai dit, nous programmerons tous et viendrons te voir.

- Papa, pourrais-je y aller un de ces jours ? Intervient Harry, toujours aussi vif.

- Non, Harry, ta grande-sœur n’a surement pas le temps de s’occuper de toi avec le décès de son homonyme.

- Ah oui, le décès de mami, soupire-t-il en baissant les yeux.

- Justement, après le décès de mami, si vous le voulez, je passerai prendre Harry et nous irons passer une à deux semaines à Limoges. Je précise, durant les congés, rebondit Dan.

- Pourquoi pas, répond ma mère.

- Maman, ça va ? Lui demandai-je en posant ma main sur la sienne.

- Oui, ça peut aller ; sa voix est chevrotante.

- Ca va aller, maman, ça ira.

- Merci, mon bébé.

- Et toi, Vayana ?

- Moi, rien, répond-elle froidement.

- Comment ça, rien, insiste ma mère ?

- J’étais au manoir et vais y rentrer pour l’enterrement de mamie, fait-elle laconique.

- Comment a été le séjour ? S’enquiert mon père.

- Au début, c’était vraiment plat mais la fin fut assez mouvementée.

- C’est bien, c’est bien, dit mon père en terminant sa soupe.

- Je ne regrette franchement pas d’y être allée, il fait vraiment bon d’y vivre.

- Je suis contente que le séjour t’ait plu, renchérit maman.

- Pas seulement le séjour mais les personnes y vivant, ce manoir réelle tant de trésors cachés.

- Huhum, fait maman.

- J’en ai appris tellement…tellement…Surtout que je me suis bien entendu avec papi, c’est un amour.

Papa qui était en train de manger, suspend la cuillère qui allait à sa bouche et se tourne vers ma sœur, la bouche grande ouverte. Il est surpris et n’est d’ailleurs pas le seul, personne n’aurait parié sur le fait qu’il s’attache à l’un des enfants Croft. Maman se tourne vers son mari, au bord de l’apoplexie.

- Howard, ce n’est rien, essaie-t-elle de le rassurer.

- J’espère bien, je l’espère vivement, dit-il les dents serrés.

- Pourquoi vous en faire ? Demande Vanaya, essuyant sa bouche comme le font la plupart des aristocrates.

- Maman, pourquoi Vanaya se comporte-t-elle comme si elle avait une barre de fer dans le dos ?

- Je ne sais pas, Harry.

- Je dirai plutôt qu’elle a un balai dans le …

- Dan ! Le coupe durement ma mère, manquant de s’étouffer.

- Oh ! Excusez-moi de dire ce que je pense, fait-il en levant les bras.

- Ce n’est pas gentil pour ta sœur, gronde mollement papa.

- Laisse papa, d’ici peu, tu t’adresseras à moi sur un autre ton ; son ton est assez mystérieux, j’en ai des frissons.

- Roberta, viens t’asseoir avec nous, dit maman.

- Non, Carla, refuse-t-elle comme toujours ; elle récupère la soupière et va la déposer dans la cuisine, puis revient récupérer les plats ayant servi à la soupe afin que nous puissions passer à l’entrée.

Roberta est une femme plus âgée que maman, recueillie par mamie de son vivant. Rejetée de tous, elle fut déposée dans un orphelinat un matin. Mamie, qui avait un grand cœur, la prit sous son aile malgré son infirmité. C’est ainsi que Roberta et maman, grandirent, l’une près de l’autre et quand maman décida de suivre Howard, Roberta ne réfléchit pas à deux fois et la suivit. Malgré le fait d’être borgne et d’avoir un pied bot, c’est une personne d’humeur égale, gentille et toujours prête à servir les autres.

- Papa, j’aurais besoin d’une voiture, balance Vanaya alors que nous attaquons le dessert.

- Mais tu as une voiture, réplique mon père.

- Non, je ne veux plus de celle-là.

- Pourquoi ? S’enquiert mon père.

- Je veux une voiture digne de mon rang, c’est-à-dire, une Lexus ; elle mange sans se préoccuper de la bombe qu’elle vient de lâcher.

- Ta sœur a travaillé pour financer son permis et acheter sa voiture, dit maman.

- C’est vrai, maman, me crus-je obligée de confirmer.

- Il est normal qu’elle se contente de si peu, répond Vanaya.

- Pardon ? Lui demandai-je énervée par sa réflexion.

- Je me comprends, Jeneya, je me comprends et surtout ne le prend pas mal mais c’est la vérité.

- Pourrais-tu être explicite ? J’ai l’impression que le séjour en Angleterre t’a vraiment changée.

- Et plus que tu ne le crois !

- Vanaya, nous ne financerons pas tes rêves de grandeurs, tiens-le pour dit, balance ma mère.

- Dans ce cas, papi le fera, il a la possibilité de me payer des dizaines voire des centaines de voitures. Je suis tout de même la descendante d’une Stern.

- Je suis la fille de Stern et me suis toujours battue pour me faire un nom, toute seule ; c’est la première fois que maman a un ton si âpre. Je me suis toujours battue, que dis-je, Howard et moi, nous sommes toujours battus pour vous faire connaitre la valeur de l’argent et le gout du travail bien fait. J’aurais pu m’asseoir et profiter de la fortune de mon père, mais non. Je suis aujourd’hui professeur d’anglais et ne le regrette pas. Ton père est cadre chez Airbus et ne le regrette pas.

- Maman, après le deuil, je m’installerai en Angleterre, annonce Vanaya en se levant.

- Nous n’avons pas encore terminé, Vanaya ! Hurle mon père.

- Moi, si !

Nous sommes tous surpris de la voir sortir de table et monter dans sa chambre. Maman ne tarde pas et quitte la table en pleurant. Papa s’excuse rapidement et suit sa femme. Roberta, mes frères et moi, sommes choqués par ce qui suit. Quel est ce vent froid, s’engouffrant dans la maison des Croft ?

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