Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman La danse des papillons: Tome II

La danse des papillons: Tome II

Dans ce second tome, l'héroïne se confie sur son éveil sensoriel et son lien profond avec le monde. Dès l'instant où sa perception s'est éclaircie, elle a développé un amour inconditionnel pour son milieu de vie. L'autrice Samie Louve, imprégnée de poésie et d'observation de la nature humaine, explore cette sensibilité. Elle met son écriture au service de l'autre, aidant chacun à témoigner de son parcours pour léguer un souvenir précieux à son entourage.
Chapitres
Partager

Chapitre 3

Nous étions en avril 1961 lorsque nous avons mis les pieds sur le sol de France, à Marseille exactement, comme la plupart des Français rapatriés d’Algérie, du Maroc et de Tunisie. Les quelques mois écoulés dans ce pays ne m’avaient guère vue changer d’avis sur ma façon de me comporter vis-à-vis de mon père, plus taciturne que jamais. Ici comme là-bas il me négligeait, du moins c’était mon ressenti. Aussi allais-je ailleurs chercher le moindre bonheur me faisant oublier ma solitude. Avec cette famille gitane, je retrouvais un peu de cette liberté si chère à mon être, j’oubliais ma peur, je me laissais aller à la joie de vivre en leur compagnie. Un jour pourtant, mon pote le gitan m’annonça leur départ prochain pour les Saintes Marie de la Mer. Il m’expliqua brièvement le pourquoi de ce voyage les conduisant au loin comme chaque année afin de rendre hommage à la Vierge Noire. J’ignorais tout cela et si je souriais à son bonheur, je sentais bien que le mien foutait le camp ! Je me retrouverai seule à nouveau. Si j’étais heureuse pour lui, je sentais bien ma tristesse faire du yoyo jusqu’à provoquer mes pleurs. Je m’en retournais chez moi, après un au revoir vers mon ami, la tête basse et en traînant la savate pour ma première fois depuis bien longtemps. Il n’en fallait pas plus pour me replonger dans mon désarroi. Il ne me restait plus qu’à attendre leur retour pensais-je en marmonnant ce que j’avais de mélancolie en moi. Je me rappelais alors mon cher ami le colonel au Maroc, lui chez qui nous habitions alors, me conseillant souvent de m’armer de patience, ce que je ferai évidemment en attendant leur retour, que faire d’autre ! J’avais du vague à l’âme en observant les pigeons volant en groupe, d’un toit à l’autre pour atterrir enfin sur celui choisi par le meneur. Ils ne se quittaient jamais. J’enviais leur union et j’enviais surtout leurs ailes que je n’avais pas… comme j’aurais aimé m’envoler aussi, les suivre mais pour ne plus revenir. Fuir, oui, m’échapper de ce Montpellier où je ne trouvais guère ma place, ce pigeonnier où, d’une certaine manière nous étions les pigeons oui, les pigeons d’un propriétaire avare et profiteur du malheur d’autrui. Fuir, fuir mais pour aller où me disais-je enfin, je ne connaissais personne. Je n’avais jamais été aussi seule de ma vie. Les enfants ne devraient jamais connaître la solitude. Arrivée dans ma chambre j’ouvrais mon cahier d’écolier pour y noter quelques mots mais même là, rien ne venait plus si ce n’est le souvenir laissé par les miens, l’image de mon chien Bambino, celle de mes copains et je pensais à maman que nous avions abandonnée sans même un au revoir dans ce cimetière où elle reposait à jamais.

Je devais retourner au collège dès la rentrée de septembre. Cela me paraissait encore loin cependant que je ne pouvais m’empêcher de penser à celle-ci souvent. Nous étions arrivés à Marseille en avril et mon inscription était déjà faite aussitôt arrivés à Montpellier. Mon oncle et mon père n’avaient pas perdu de temps, ils avaient dégoté le collège qui m’accueillerait. Je craignais déjà de me présenter dans ce que je voyais comme un couvent. Je n’ai encore aujourd’hui, aucune peine à le décrire tant son souvenir est présent dans mon esprit. Dès ma première visite afin de faire connaissance avec les lieux et confirmer mon inscription je faisais grise mine et mon humeur était chagrine. Son mur si haut, si noir nous accueillant mon père et moi dans cette petite rue sombre regorgeant d’odeur, cette humidité me soulevait le cœur avant même d’y entrer. Dans la petite impasse contiguë à la rue se dressait un grand portail en bois épais de couleur verte, aussi sombre que le mur sur lequel était apposée une plaque dorée faisant ressortir le nom du collège. Je redoutais de pénétrer dans ce lieu. Je me souviens avoir pris la main de mon père tant j’étais apeurée, je ne me reconnaissais pas, moi, craintive tandis que je défiais la terre entière il y a peu, en d’autres lieux. En y regardant bien, ce mur me donnait le vertige. Pas moyen de s’évader de cet endroit pensais-je subitement. Une femme vint nous ouvrir la grande porte me tirant de mes pensées. Elle était grande et d’un port rigide, étriquée dans une robe grise trop large tenue par une ceinture noire, fine, lui enserrant la taille. Ses cheveux étaient longs, coiffés en chignon, ils lui dégageaient le visage si émacié que cela lui donnait un air sévère. Elle nous pria de la suivre. Le roulis lors de la traversée du détroit de Gibraltar ne me donna pas autant la nausée que la présence de cette femme ! Et tandis que nous la suivions, je n’avais de cesse d’observer autour de moi ce qui trop tôt me donnerait l’envie de fuir plus encore. Je le sentais, c’était plus fort que moi, ce collège qui était loin de ressembler à mon lycée de Meknès où le soleil nous inspirait la joie de vivre, me refilait le bourdon, pire, il me faisait peur. J’en aurai pleuré, pourtant, j’avançais en suivant cette femme et surtout mon père me tirant à lui avec force afin que j’accélère le pas ! « Dépêche-toi me lançait-il, je n’ai pas que ça à faire… et arrête de traîner les pieds ! » Je regimbais comme jamais grommelant dans ma tête tout ce que je savais, ne souhaitant qu’une chose, fuir !

Après avoir traversé un grand préau où se dressaient de nombreux platanes aux racines emprisonnées dans le macadam, puis un long couloir aussi sombre que le reste, nous arrivâmes enfin devant la porte de ce qui devait être un bureau : une large porte recouverte de cuir en son milieu et sur laquelle toqua notre accompagnatrice. Mon imagination me suggéra que si la porte était ainsi isolée, c’était pour amortir les cris des élèves après une bonne engueulade de la « dirlo », une tortionnaire sans doute me dis-je ! Dans le couloir, des portes ouvertes sur des classes, vides, sur lesquelles je tournais la tête comme pour m’empêcher de les voir. Une voix forte nous somma d’entrer. Je crois bien que j’avais les deux genoux qui jouaient des castagnettes. Au centre de la pièce éclairée par un plafonnier rétrograde se trouvait un grand meuble cossu avec sur un de ses bords une lampe ancienne dont la lumière se reflétait sur le bureau ciré. Assise dans un grand fauteuil de cuir vieilli comme le reste, une femme âgée, l’air très sévère, me rappelait un peu ma maîtresse, celle-là même qui m’avait décollé le lobe de l’oreille à l’école au Maroc. La femme était d’un triste ! À mourir, murmurais-je. Les sourcils froncés, elle nous dévisageait d’un air hautain. J’eus un sursaut comme poussée par un sentiment d’angoisse face à cette femme dont le regard sévère me jaugeait. Je lâchais la main de mon père tant la mienne l’enserrait, si fort que cela me donnait des fourmillements. Sans doute se sentait-il soulagé aussi tandis que je tentais une pose décontractée face à ce cerbère de femme, la fixant tout aussi sûrement qu’elle le faisait sur ma petite personne. N’ayant aucune intention de baisser les yeux, je décidais que la guerre était déclarée entre elle et moi. Je la dévisageais tant qu’elle cessa de me regarder, du moins c’est ce que je croyais puis elle se leva de son siège se rapprochant de nous. Assise sur la bordure du bureau, face à nous, elle tendit une main sèche à mon paternel quand j’évitais de lui tendre la mienne, encore endolorie. Il y avait bien longtemps que j’avais refusé le rôle que tenait ce père envers moi aussi l’appelais-je souvent mon paternel, mon père à mes yeux demeurant mon grand-père maternel, pépico tout comme j’appelais maman ma grand-mère maternelle ma chère mémé. En effet, je n’avais connu qu’eux de ma naissance à ma petite enfance lorsqu’à huit ans, mon paternel décida de me reprendre afin de m’élever, oui, mais à sa manière. Ceci dit, après les politesses d’usage, mon dossier scolaire ramené du Maroc dans sa main libre, la cerbère nous pria de nous asseoir puis s’en retourna faire de même derrière son bureau. Les bla-bla d’usage et la voilà fourrant le nez dans ce fichu dossier après l’avoir ouvert, le parcourant à la hâte. Elle me félicita pour avoir été une élève assidue et intéressée par son travail scolaire après s’être référée à mes bonnes notes, ne disant rien sur mon épisode école buissonnière. Elle découvrait l’élève assidue que j’étais, cela me fit sourire en coin, « d’autant » lança-t-elle, de son air de ne pas y toucher et d’une voix qui me glaçait le sang, « que vous avez subi une grave maladie et que vous vous êtes donné beaucoup de mal afin de rattraper votre retard. » Tout en elle sentait le froid, jusqu’à son discours qu’elle avait rigide et glacial. Mon père souriait lui, béatement, évidemment il n’était pas concerné, il pouvait sourire. Je le détestais, il aurait pu dire quelque chose tout de même, que j’étais mieux que cela, une très bonne élève, l’exemple même d’une élève assidue. Je crânais certes mais ne pouvais m’empêcher de penser à ce que m’avait fait subir ma maîtresse à l’école de Fez lorsque j’étais toute enfant, ce qu’ignorait mon paternel. Si mémé avait été là, elle aurait su quoi dire elle au moins, pensais-je.

Continuez à regarder !
L'histoire devient intense ! Passez sur l'application pour continuer la lecture
Débloquer tous les épisodes
Ouvrir le site officiel

Vous aimerez aussi

Couverture du roman Aime-Moi, Hais-Moi
8.3
Après un an d'un mariage éprouvant, Eleonora divorce de Quentin, l'homme qui l'utilisait pour venger une faute paternelle. Bien qu'elle espère un renouveau, son ex-mari, pourtant remarié, continue de la tourmenter. Leurs destins se croisent à nouveau lorsqu'ils deviennent collègues de bureau. Malgré l'hostilité affichée de Quentin, ses actes protecteurs contredisent ses paroles haineuses. Troublée par cette affection inattendue, Eleonora succombe au charme de celui qu'elle fuyait.
Couverture du roman CHOISIS! on se marie ou on part ? II
9.4
Après une idylle fulgurante, Luna a épousé Ivo Delacroix, l'influent héritier d'un empire hôtelier. Pourtant, face à un dilemme déchirant, elle a dû choisir entre cet amour passionnel et la fuite. Deux ans après ce mariage célébré un 14 février, la jeune femme vit dans la solitude et l'amertume. Alors qu'elle rejette désormais tout romantisme, le destin pourrait bien la placer de nouveau face à l'homme qu'elle a quitté. Succombera-t-elle au passé ?
Couverture du roman Enchaînée au vilain milliardaire défiguré
8.9
Elisa a passé son existence effacée derrière l'éclat d'une sœur idéale. Pourtant, c'est elle que le destin désigne pour une union forcée avec l'énigmatique Liam Utterhood. Ce milliardaire craint de tous cache un visage défiguré derrière un voile de mystère. Lors d'une cérémonie marquée par les moqueries cruelles de la haute société, la jeune femme lie son sort à cet homme méprisé. Désormais mariée à ce monstre présumé, elle doit affronter l'inconnu sous son nouveau nom.
Couverture du roman Juste une danse
8.6
Secrétaire effacée le jour, Dolly mène une double vie palpitante une fois la nuit tombée. Loin de Manhattan et de son patron, le célèbre homme d'affaires Liam O'Connor, elle se métamorphose en Lydol, une danseuse de club sensuelle et mystérieuse. Alors qu'elle protège farouchement son secret, le destin s'en mêle : Liam devient par hasard le client d'une de ses prestations privées. Entre fantasmes et réalité, cette danse unique pourrait bien bouleverser leur existence.
Couverture du roman Le dilemme
8.4
Après dix ans de galère en France, un homme rentre à Dakar, brisé et déshérité. Accueilli par le mépris d'une mère ingrate et la trahison atroce de son frère avec sa propre femme, il sombre dans le désespoir, hanté par ses complexes physiques. Sa rencontre avec Riama semble être son salut, une lueur d'espoir pour reconstruire son ego détruit. Pourtant, la véritable identité de cette femme mystérieuse va le confronter à un dilemme déchirant : l'amour peut-il survivre à la vérité ?
Couverture du roman LE GODE DE MA FILLE
8.5
Dans ce récit contemporain, un père célibataire se retrouve confronté à un dilemme moral et personnel bouleversant. Alors qu'il tente de maintenir l'équilibre de son foyer, il doit faire face aux pulsions naissantes et à l'attitude provocatrice de sa fille adolescente. Tiraillé entre son rôle de protecteur et des désirs interdits de plus en plus difficiles à réprimer, il lutte pour ne pas céder à la tentation charnelle qui menace de briser leur lien familial.