
La confluence des sens
Chapitre 2
Il fallait sortir de la cuisine, traverser l’entrée, et emprunter un couloir coupant la maison en deux. Les toilettes, comme souvent dans les vielles fermes, étaient dans la même pièce que la salle de bains, et se situaient donc au fond du couloir à droite. La pièce était petite et modestement équipée, la décoration tout à fait démodée, mais le tout était d’une propreté irréprochable. Il s’assit sur le couvercle des toilettes après en avoir testé la résistance, pour tenter de reprendre ses esprits.
Son regard fut attiré par un objet en plastique, muni d’un couvercle et ajouré de dessins formant des arabesques compliquées. La corbeille de linge sale. L’œil humain peut être d’une redoutable efficacité : à peine assis, juste le temps de mettre un nom sur l’objet et son œil avait déjà repéré à travers les interstices une forme sans formes de couleur chair, munies de décorations fines et en même temps chargées : indubitablement une culotte féminine. Il ferma les yeux immédiatement et se prit la tête entre les mains, mais trop tard, l’image avait marqué sa rétine et persistait, persistait, persistait…
Il lutta courageusement, pris en tenailles entre ses instincts les plus primaires, et une honte certaine, conséquence d’une éducation traditionnelle sans doute. Il ne résista pas très longtemps et souleva le couvercle religieusement. Il saisit la culotte comme un prêtre une relique. Il la tenait à deux mains et la retournait lentement en tous sens pour en inspecter le moindre centimètre carré.
Il n’avait aucun doute : il s’agissait bien de la sienne. Elle était plutôt élégante et légère ce qui contrastait avec la taille respectable. À cet instant, quelque chose le retenait encore de regarder à l’intérieur, mais tremblant d’excitation, il tâcha de démêler l’enchevêtrement de froufrous pour distinguer enfin le Saint-Graal : cette petite bande de tissu en contact avec la vulve, sa vulve ! Son cœur battait à tout rompre, et son aspect, justifiant sa présence en cet endroit, ne faisait que décupler son excitation. Il était dans un état second et il faisait durer le plaisir en réfrénant ses pulsions, mais soudain, n’y tenant plus, dans un mouvement rapide et désordonné, et à deux mains, il précipita la culotte sous son nez. Comme un drogué en manque, il renifla un grand coup en fermant les yeux. Il ne fut pas déçu.
Après une attaque aigrelette, une odeur forte, puissante, presque sauvage, surnageait et remplissait tout l’espace. Quelques notes de parfum en arrière-plan complétaient le tableau. Il prit plusieurs inspirations, et il éprouvait un plaisir indicible. Cette fois, il bandait dur, de ces érections douloureuses qui semblent ne jamais vouloir s’arrêter. Il dut se soulager au-dessus de la cuvette des toilettes, et de longues saccades telluriques le délivraient d’une tension devenue insupportable.
Il reprit ses esprits, comme sorti de transe, et il réalisa bien vite, piteux, ce qu’il venait de faire.
Après une inspection minutieuse, il s’employa à remettre en ordre l’endroit et à effacer les traces de son forfait. Mais, ne sachant quel diable le manipulait encore, il prit soin de ne pas remettre la culotte telle qu’il l’avait trouvée. Au contraire, il la remit à l’intérieur de la corbeille, maintenue pendue par le couvercle de celle-ci. Manière certainement de signifier à sa propriétaire tout l’intérêt qu’il avait porté à l’objet. À moins que ce ne fût un désir refoulé de se faire repérer et châtier ?
Il ne savait pas combien de temps il était resté enfermé, et il craignait d’éveiller les soupçons.
Aussi, il s’aspergea le visage d’eau froide, et tenta de regagner une figure digne. Si on l’interrogeait, il prétexterait le malaise, conséquence de la canicule.
Et il regagna la cuisine, un rien chancelant.
*
Il n’en menait pas large et commençait déjà à regretter son audace quant à la remise en place de l’objet du délit. Il ouvrit la porte et tout de suite son regard le transperça, il crut qu’elle savait exactement ce qu’il venait de faire.
Mais entre-temps, Murielle était apparue, sortie d’on ne sait où, et pérorait de concert avec Carine. Les présentations faites : bonjour, enchanté, smack, smack, il put détailler la physionomie de la nouvelle venue. Elle était plutôt jolie et bien faite et avait un charme certain. Sa voix douce et sa diction lente, mâtinée de l’accent typique de la région contrastaient avec celle de Carine qui donnait toujours l’impression de ne pas pouvoir maîtriser son débit.
En bref, Louis eut pu être séduit et attiré par Murielle s’il n’avait pas au préalable rencontré sa mère, Monique.
Il évitait soigneusement de regarder cette dernière, qui continuait de virevolter au travers de la cuisine, de peur d’être découvert, d’une part, ou de devoir rejouer la même scène qu’un peu plus tôt, d’autre part. Aussi, il prit l’initiative : « Vous êtes prêtes les filles ? On y va ? »
Monique le regarda droit dans les yeux et lui fit promettre d’être prudent, de ne point boire et de respecter le Code de la route. Évidemment, pur fantasme ou réalité, son regard fiché dans le sien semblait dire tout autre chose…
Il promit tout, en essayant de garder une certaine contenance et en surjouant le jeune homme conscient et responsable.
Et ils partirent.
*
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