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Couverture du roman La cicatrice qui a libéré mon âme

La cicatrice qui a libéré mon âme

Pour obtenir son divorce, elle a dû s'entailler la gorge. Cédric, son mari, l'a laissée pour morte après que sa maîtresse, Béa, a causé la perte de leur enfant. Cinq ans plus tard, lors d'un jeu, Cédric implore son pardon devant une Béa ivre de rage. Mais la victime fragile a disparu. Soutenue par son voisin Damien, elle rejette son ex-époux. Le lendemain, la presse annonce que Béa a tué Cédric en garde à vue. Face à cette justice brutale, sa cicatrice ne la fait plus souffrir.
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Chapitre 2

PDV d'Audrey Vasseur :

Cédric n'a pas dit un mot sur le divorce pendant des jours. Il se contentait de m'observer, une présence silencieuse et menaçante dans notre foyer en ruine, comme si mes mots n'avaient pas tranché l'air comme un rasoir. C'était presque pire que sa colère. Le silence. L'attente.

Puis, les appels ont commencé. Pas de lui. De ma mère.

— Audrey, c'est quoi ces bêtises de divorce ?

Sa voix, perçante et chargée de venin, écorchait mes nerfs à vif.

— Tu as perdu la tête ? Cédric est une perle rare ! Un millionnaire ! Tu crois que tu peux jeter ça par la fenêtre ?

J'ai serré le téléphone plus fort.

— Il m'a trompée, Maman. Et j'ai perdu le bébé à cause d'elle.

— Un bébé, ça se remplace ! a-t-elle hurlé, ses mots comme un coup de marteau dans ma poitrine. Mais un mari comme Cédric ? Jamais ! Si tu divorces, je te jure devant Dieu, Audrey, je vais... je vais en finir. Ton père et moi, on ne survivra pas à la honte !

Mon père, en arrière-plan, a renchéri avec sa lâcheté habituelle.

— Ta mère a raison, ma chérie. Pense à nous. Pense à notre réputation. Qu'est-ce que les gens vont dire ?

Cédric se tenait dans l'encadrement de la porte, écoutant, un léger sourire narquois aux lèvres. Il n'est pas intervenu. Il ne m'a pas défendue. Il a simplement laissé mes parents me déchiqueter, utilisant leurs menaces comme levier, complice silencieux de leur chantage affectif.

— Bon sang, Audrey, pourquoi tu ne les as pas simplement envoyés balader ? a demandé Kenza, la voix serrée par la frustration alors que nous étions assises à l'arrière de la berline noire de Cédric.

Il avait insisté pour nous raccompagner, et Kenza, toujours pragmatique, avait accepté pour éviter un esclandre. Sa posture raide derrière le volant était presque comique, un contraste frappant avec son attitude fluide de tout à l'heure.

— Tu ne comprends pas, Kenza, ai-je soupiré en massant mes tempes. Tu n'as pas des parents comme les miens. Ils n'auraient pas juste "laissé tomber". Ils auraient fait de ma vie un enfer sur terre. Ils auraient tout déballé publiquement. Ils auraient tout détruit.

Je me souvenais des innombrables fois où j'avais essayé de les rendre fiers. Les nuits blanches à étudier, les notes parfaites, le cabinet d'architecture d'intérieur prestigieux que j'avais bâti de zéro. Ce n'était jamais assez. Seul Cédric, sa fortune, son statut, semblaient satisfaire leur avidité insatiable. Il était leur "poule aux œufs d'or", comme ma mère le disait si délicatement. Je n'étais que le vaisseau.

— Il m'avait promis le monde, tu sais, ai-je murmuré, les mots ayant un goût amer. Avant le mariage. Il disait qu'il avait trouvé son âme sœur. Qu'il me protégerait de tout, même de ma propre famille.

Kenza a ricané.

— Et quel beau boulot il a fait.

Ma mémoire a dérivé vers une nuit d'hiver glaciale, peu après notre mariage. J'étais rentrée tard d'un projet, épuisée. Cédric était déjà au lit. Quand j'ai essayé de me blottir contre lui, il a eu un mouvement de recul.

— Audrey, avait-il dit, la voix plate. Tu as pris du poids. Tu n'es plus aussi... rayonnante qu'avant. Ce n'est pas attirant.

Les mots m'avaient fait l'effet de glace dans les veines, froids et coupants, une contradiction brutale avec les doux murmures d'amour qu'il prononçait quelques mois plus tôt.

Un frisson soudain m'a parcourue, malgré la chaleur de la voiture. La climatisation soufflait, mais cela ressemblait à une terreur froide.

— Ça va ?

La voix de Cédric a tranché mes pensées. Il avait garé la voiture sur le bas-côté, l'inquiétude gravée sur ses traits. Il s'est retourné, un geste presque tendre, pour ajuster la ventilation. Ses doigts ont effleuré mon bras.

Une partie de moi, la vieille partie blessée, voulait s'abandonner à ce contact fugace, croire à l'illusion de l'attention. Mais la nouvelle Audrey, celle forgée dans le feu, savait mieux. Son contact ressemblait à un mensonge. Un acte calculé.

Je me suis souvenue d'un autre moment, après nous être réconciliés suite à l'une de ses premières "erreurs". Il s'était agenouillé devant moi, les yeux brillants de ce qui ressemblait à des larmes. "Audrey, tu es tout pour moi. Je ne peux pas vivre sans toi. Je te chérirai pour toujours." Ces mots avaient été si doux, si convaincants. Tout comme ceux qu'il avait chuchotés à l'oreille de Béa, probablement.

Puis, peu avant la trahison finale, il m'avait lancé avec mépris : "Tu es si naïve, Audrey. Tu pensais vraiment que je me contenterais d'une seule femme, quand j'ai le monde à mes pieds ? Tu es ennuyeuse. Elle est excitante." Le souvenir était une plaie purulente, encore capable de me faire tressaillir.

J'ai retiré mon bras brusquement, rompant le contact.

— Je vais bien, Cédric. J'ai juste froid.

Sa main a plané dans l'air un instant, puis est retombée sur le volant. Une lueur de quelque chose, de la déception peut-être, a traversé son visage avant qu'il ne la masque. Il a soupiré, un son lourd et théâtral.

— Tu as toujours adoré le chocolat chaud viennois après une longue journée, a-t-il dit, la voix plus douce, presque nostalgique. Avec un supplément de chantilly. Je m'en souviens.

Kenza, qui fumait en silence, est intervenue :

— Ah vraiment ? Tu te souviens de ça ? C'est drôle, je ne me souviens pas que tu te sois souvenu de grand-chose d'autre concernant Audrey quand ça comptait.

Son sarcasme dégoulinait comme de l'acide.

Le silence est revenu, plus lourd cette fois. Cédric a resserré sa prise sur le volant, ses jointures blanchies. Il a jeté un coup d'œil dans le rétroviseur, ses yeux croisant les miens une fraction de seconde, une supplique muette dans leurs profondeurs.

Puis, son téléphone a vibré contre la console. Il a jeté un œil à l'écran, et son visage s'est instantanément durci. C'était Béa.

Il a décroché, mettant le haut-parleur.

— Qu'est-ce qu'il y a, Béa ? Je suis occupé.

Sa voix était sèche, impatiente.

— Occupé ?

La voix de Béa, stridente et déformée par le haut-parleur, m'a écorché les oreilles.

— Occupé avec elle, n'est-ce pas ? Ne me mens pas, Cédric ! Je sais que tu es avec Audrey ! Je vous ai vus ! Comment oses-tu me laisser seule après ce qu'on a traversé ? Tu essaies de me faire du mal encore ? Tu essaies de me faire perdre celui-là aussi ?

Sa voix est montée dans un gémissement hystérique.

Mon estomac s'est tordu. Celui-là aussi ? Les mots pesaient lourd dans l'air, un écho glaçant de mon propre enfant perdu. Il lui payait une FIV. Il essayait de lui donner la famille qu'il avait si négligemment détruite avec moi.

La voiture s'est remplie de ses cris angoissés, ses accusations peignant le portrait d'une femme paranoïaque et désespérée.

— Tu es obsédé par elle, hein ? a hurlé Béa, la voix tremblante de rage. Tu la veux encore ! J'ai vu comment tu la regardais ! Tu es un menteur, Cédric Beaumont ! Un minable menteur infidèle !

Cédric a grimacé, son visage un masque d'irritation et de colère montante. C'était sa vie parfaite maintenant. La façade soigneusement construite du mari dévoué, s'effondrant sous le poids de sa propre création. Le son de son cri désespéré, résonnant dans l'espace confiné de la voiture, était une symphonie de sa propre composition.

Il écoutait encore, endurant toujours sa tirade. Et je voulais juste sortir. Je voulais courir et ne jamais me retourner. Il avait fait son lit, maintenant il devait se coucher dedans. Mais ses mots, "perdre celui-là aussi", m'avaient frappée comme un coup de poing. C'était une tragédie en attente.

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