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Couverture du roman La cicatrice qui a libéré mon âme

La cicatrice qui a libéré mon âme

Pour obtenir son divorce, elle a dû s'entailler la gorge. Cédric, son mari, l'a laissée pour morte après que sa maîtresse, Béa, a causé la perte de leur enfant. Cinq ans plus tard, lors d'un jeu, Cédric implore son pardon devant une Béa ivre de rage. Mais la victime fragile a disparu. Soutenue par son voisin Damien, elle rejette son ex-époux. Le lendemain, la presse annonce que Béa a tué Cédric en garde à vue. Face à cette justice brutale, sa cicatrice ne la fait plus souffrir.
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Chapitre 1

Pour obliger mon mari à signer les papiers du divorce, j'ai dû presser une lame contre ma propre gorge. Jusqu'au sang.

Il hésitait. Pas par amour, non. Il voulait éviter le scandale.

Pourtant, il venait de voir sa maîtresse me pousser dans les escaliers, tuant notre enfant à naître.

Alors que je gisais sur le sol, perdant mon sang, Cédric n'a pas appelé les secours.

Il l'a consolée, elle. Parce qu'elle avait "peur".

Je suis partie avec une cicatrice irrégulière et une âme en miettes, les laissant à leur bonheur volé.

Cinq ans plus tard, lors d'une soirée, le jeu "Je n'ai jamais" a fait voler en éclats le passé.

Cédric m'a regardée avec des yeux hantés, ignorant sa femme actuelle, Béa, et a chuchoté : "J'ai fait une erreur. Je veux que tu reviennes."

Béa a pété les plombs. Elle a hurlé que j'étais une briseuse de ménage et a essayé de m'attaquer à nouveau, folle de jalousie.

Mais cette fois, je n'étais plus la victime.

Je me suis tournée vers mon beau voisin, Damien, et j'ai claqué la porte au nez de Cédric et de ses supplications.

Le lendemain matin, un titre a flashé sur mon téléphone : "Le magnat de la Tech Cédric Beaumont poignardé à mort par sa femme au commissariat."

J'ai effleuré la cicatrice sur mon cou et j'ai enfin souri.

Le karma n'a pas frappé à la porte. Il l'a défoncée.

Chapitre 1

PDV d'Audrey Vasseur :

Il y a cinq ans, j'ai décidé d'enterrer Cédric Beaumont. Pas littéralement, bien sûr. Mais l'homme qui avait pulvérisé mon monde ? Pour moi, il avait cessé d'exister. Jusqu'à ce soir.

Les basses rythmaient l'atmosphère feutrée de ce lounge ultra-select du 8ème arrondissement. Les cristaux pendaient du plafond, reflétant la lueur ambrée des lumières tamisées. C'était l'enterrement de vie de jeune fille de Manon, une soirée censée célébrer son nouveau départ. Au lieu de cela, j'avais l'impression de revivre mon pire cauchemar en boucle.

Il se tenait à l'autre bout de la pièce, impeccable dans son costume sombre sur mesure, son rire résonnant un peu trop fort par-dessus la musique. Cédric Beaumont. Le prodige de la Tech, le chouchou des médias, l'homme qui connaissait autrefois chaque recoin de mon cœur. Aujourd'hui, il n'était plus qu'un spectre dont j'ignorais qu'il me hantait encore.

Mon souffle s'est bloqué. Ma main s'est instinctivement portée vers la fine cicatrice irrégulière à la base de mon cou, dissimulée sous les ondulations savamment coiffées de mes cheveux. Un rappel permanent.

Il m'a vue. Ses yeux, de ce même bleu perçant dans lequel je me noyais autrefois, se sont ancrés dans les miens. Un sourire lent, cette courbe arrogante et familière, s'est étiré sur son visage. Il a commencé à marcher vers moi, tel un prédateur sentant une faiblesse.

— Audrey, a-t-il dit, sa voix grave qui me donnait autrefois des frissons.

Ce soir, elle me faisait l'effet d'un courant d'air glacial.

— Tu as l'air... différente.

Il a marqué une pause, son regard s'attardant sur moi, me donnant l'impression d'être nue sous son examen.

— Différente en bien. Rayonnante, même.

J'ai forcé un petit sourire crispé.

— Cinq ans, ça change une femme, Cédric.

Ma voix était stable, ne trahissant rien du tumulte qui me ravageait l'intérieur.

— Toi aussi. Toujours le même charmeur, je vois.

Il a eu un petit rire, un son dénué de toute chaleur humaine.

— Certaines choses ne changent jamais, pas vrai ?

— C'est ça, ai-je approuvé, mes yeux glissant par-dessus son épaule.

J'ai vu Kenza, ma meilleure amie, plisser les yeux depuis l'autre bout de la salle. Elle était déjà en alerte rouge.

Avant que l'un de nous ne puisse ajouter quoi que ce soit, Manon a tapé dans ses mains, sortant un paquet de cartes de son sac à main.

— Allez, mesdames et messieurs, place à un classique ! Je n'ai jamais !

Une clameur collective s'est élevée. Les coupes de champagne se sont levées. Le jeu a commencé, assez innocent, détaillant des folies d'étudiants et des choix vestimentaires douteux. Puis Manon, éméchée et gloussante, a tiré une autre carte.

— Je n'ai jamais... a-t-elle lu, sa voix pâteuse, été trahie par quelqu'un que j'aimais, pour découvrir qu'il était déjà avec quelqu'un d'autre.

La pièce est devenue silencieuse. Un silence de mort. Tous les regards, semblait-il, étaient soudain braqués sur moi. Et sur Cédric.

J'ai vu la mâchoire de Cédric se contracter, son souffle se bloquer dans sa gorge. Son visage, d'habitude si composé, a pâli de façon spectaculaire.

Il se souvient. Il sait exactement de quoi elle parle. Cette pensée m'a tordu l'estomac.

Sa main s'est tendue, un geste subtil, comme pour m'empêcher de répondre. Pour m'empêcher d'écailler le vernis impeccable de sa vie parfaite. La vie qu'il avait bâtie sur les cendres de la mienne. Il était le PDG, le philanthrope, l'homme avec l'épouse parfaite qui venait d'organiser un gala de charité la semaine dernière. Le public l'adorait. Ils adoraient son image soigneusement curatée de mari dévoué.

Je me suis raclé la gorge, mon regard fixé sur Manon.

— Moi si, ai-je dit, ma voix claire et inébranlable. Et ça m'a tout coûté.

Un hoquet de surprise a parcouru la foule. Manon a bafouillé :

— Oh, Audrey, je suis tellement désolée, je ne voulais pas...

— C'est bon, Manon, l'ai-je interrompue doucement. C'est de l'histoire ancienne. Elle était sa secrétaire, tu sais. Ça a commencé par une liaison, ça a fini par un mariage. Un vrai conte de fées, en somme.

Mon regard a glissé vers Cédric, dont les yeux étaient écarquillés par un mélange de choc et de quelque chose que je n'arrivais pas à déchiffrer. De la honte ? Du regret ?

Quelques personnes ont murmuré avec compassion, leurs yeux faisant la navette entre Cédric et moi. Kenza, elle, a foncé vers nous, ses talons s'enfonçant dans la moquette épaisse.

— Audrey Vasseur, a sifflé Kenza, les yeux flamboyants. Tu ne m'as jamais dit que c'était aussi grave. Tu as juste dit que c'était compliqué. Tu as dit que tu avais tourné la page.

— J'ai tourné la page, Kenza, ai-je répondu, la voix posée. Ce qui est arrivé est arrivé.

— Ce qui est arrivé ? a raillé Kenza, tournant son regard furieux vers Cédric. Ce qui est arrivé, c'est que tu l'as surpris avec son petit secret, c'est ça ?

Le souvenir m'a percutée, brutal et violent, comme une vague que j'avais longtemps essayé de fuir. L'odeur lourde du parfum au jasmin. Les jambes pâles de Béa Morel enroulées autour de Cédric, sur notre lit. La vue de leurs corps, entremêlés et grotesques, m'avait coupé le souffle. J'étais enceinte de six mois, mon ventre rond témoignait fièrement de l'avenir que je pensais partager avec lui.

Mon cri avait été arraché de ma gorge, brut et angoissé. Je me souvenais du voile rouge de la colère. Je me souvenais m'être jetée sur Béa, alimentée par une fureur primitive. Je voulais juste qu'elle dégage de lui, de notre lit. Elle avait reculé en titubant, les yeux écarquillés par la peur, et puis elle m'avait poussée. Fort. J'ai senti mes pieds glisser sur le parquet ciré. Le temps a semblé ralentir. Le monde a basculé. L'arête vive de la rampe d'escalier a heurté mon flanc en premier, puis le bruit sourd et écœurant de ma chute, encore et encore.

Une douleur fulgurante, puis un jaillissement de chaleur entre mes jambes.

Cédric, au lieu de se précipiter vers moi, s'était interposé pour protéger Béa. Il s'était dressé entre nous, le visage masqué par une fureur froide, me hurlant dessus.

— Regarde ce que tu as fait, Audrey ! Tu n'es qu'une hystérique jalouse et instable ! Tu n'es pas vraiment belle à voir en ce moment, hein ? Regarde-toi, toute gonflée et hystérique. Béa est fragile. Tu lui as fait peur.

Il avait sorti une excuse minable, pathétique, disant que c'était "juste une erreur", un "moment de faiblesse" dû à ma "grossesse difficile". Il avait promis d'y mettre fin, de tout arranger. Mais ses mots étaient vides, noyés par la douleur lancinante dans mon abdomen et la réalisation glaciale qu'il l'avait protégée, elle. Pas moi. Il l'avait protégée.

Quand l'ambulance m'a emmenée, il n'est pas monté avec moi. Il est resté avec Béa.

Le lendemain matin, allongée dans ce lit d'hôpital stérile, le corps endolori, l'utérus vide, je l'avais regardé, son visage marqué par une culpabilité de façade qui n'atteignait pas ses yeux.

— Je veux le divorce, avais-je chuchoté, les mots ayant un goût de cendre dans ma bouche.

La musique a enflé, me ramenant au présent. Le lounge, la fête, le visage stupéfait de Cédric. Kenza fumait toujours de rage, les poings serrés.

— Et tu ne m'as jamais raconté tout ça, a marmonné Kenza en secouant la tête. Bon sang, Audrey. J'aurais dû être là.

Mon regard a croisé celui de Cédric à nouveau. Le regret était clair dans ses yeux maintenant, un regard désespéré, suppliant. Mais c'était trop peu, trop tard.

— Maintenant tu sais, ai-je dit, la voix plate, soutenant son regard. Tout.

Il a fait un pas vers moi, la main tendue.

— Audrey, je...

— Non, l'ai-je coupé, un frisson m'envahissant. C'est de l'histoire ancienne. Tout comme nous.

Je me suis tournée, entraînant Kenza avec moi.

— Allons prendre un autre verre. Cette histoire me donne toujours soif.

J'avais besoin d'échapper à son regard, à sa présence. J'avais besoin de respirer. Et je savais, au fond de moi, que c'était loin d'être fini.

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