
La chaleur de glace
Chapitre 6
« Comment peux-tu fouiller dans mes affaires ? » Odile, instantanément troublée, n’a pas trouvé les mots pour répondre à Clément.
Elle a détourné le regard, tentant d’éviter son regard accusateur : « J’ai dix-huit ans. Tu n’as pas le droit d’entrer dans ma chambre comme ça et fouiller dans mes affaires. »
Clément, furieux, a lancé le cendrier sur la table avec violence : « C’est ça, ton explication ?! »
Le bruit sec du cendrier heurtant le sol a fait trembler Odile.
À cet instant, Karine a fait son apparition et a tenté d’apaiser l’atmosphère : « Odile, tu l’accuses à tort. Il n’est pas entré dans ta chambre, c’est moi qui n’ai pas apporté de vêtements de rechange. Et les vêtements que je portais hier… Clément les a... »
Elle a marqué une pause et a rougi, avant de poursuivre d’un ton timide : « C’est moi qui suis entrée dans ta chambre pour chercher des vieux vêtements que tu ne mets plus… Qui aurait imaginé que je tomberais sur ce diagnostic de cancer sur ton bureau ? »
C’était un mensonge évident. Odile savait bien que le jour même où elle avait reçu le diagnostic de cancer, elle l’avait soigneusement mis sous clé. Pourtant, Karine peignait une scène bien différente : une « découverte accidentelle », comme si Odile avait laissé ce secret bien en évidence pour qu’on le trouve.
« Odile, tu es si jeune… Comment peux-tu avoir un cancer ? » Karine feignait une douleur profonde, sa voix tremblante et douce, « Dis-moi franchement, ce diagnostic de cancer… est-ce réel ou une simple blague ? »
Odile a tourné la tête pour jeter un coup d’œil à Clément. Ce n’est qu’à ce moment qu’elle s’est rendue compte qu’il la regardait non pas avec inquiétude, mais avec une colère grandissante. Sans doute Karine avait-elle suffisamment attisé la discorde pour que Clément ne pense pas que le cancer d’Odile soit réel, mais qu’elle faisait tout cela pour attirer son attention.
Dans ce cas, Odile n’était pas prête à s’expliquer, ne voulant pas que son secret soit découvert.
« C’est une farce », a-t-elle fini par dire, « je plaisantais avec mes amies. Je ne m’attendais vraiment pas à ce que ça vous causerait des ennuis… »
Mais avant qu’elle n’ait pu finir, Clément, jusque-là silencieux, s’est levé brusquement, son visage marbré de colère : « Maintenant, viens tout de suite avec moi à l’hôpital pour un bilan médical. »
Peu importait que ce soit une farce ou non ; il allait vérifier.
« Clément… », a tenté Odile de résister faiblement.
Mais le regard froid de Clément s’est posé sur elle, et un seul de ses yeux suffisait à la faire trembler de peur. Elle savait que, pour lui, ce bilan médical devenait une nécessité.
Lorsqu’ils étaient arrivés à l’hôpital, il était déjà plus de minuit. En temps normal, à cette heure-là, seul le service des urgences aurait été ouvert. Mais Clément avait pris soin d’appeler le directeur, qui n’osait pas le contrarier, et il avait envoyé un médecin compétent pour aider Odile dans son bilan médical.
Les deux heures suivantes étaient un véritable supplice pour Odile. Chaque seconde semblait s’éterniser, chaque minute renforçant son angoisse.
Elle se demandait si Clément serait triste pour elle s’il savait qu’elle allait bientôt mourir. Mais peut-être n’était-elle plus qu’un fardeau pour lui, un fardeau qui, non seulement était malade, mais aussi envahissant et jaloux, et dont il désirait secrètement se débarrasser.
Le temps est passé, insupportable, jusqu’à ce qu’un médecin sorte enfin avec les résultats.
« M. Jégou, les résultats sont là. Mme Ramus est en parfaite santé et n’a absolument aucun cancer. »
Odile n’avait jamais imaginé qu’après avoir traversé une telle épreuve, le verdict serait aussi radicalement différent de ce qu’elle avait anticipé. Elle a tourné la tête vers Karine et a compris que c’était elle qui avait falsifié les résultats.
« Super », a soupiré Karine, son visage s’éclairant d’un soulagement visible, « Ce n’est qu’une farce, Odile va bien… Nous sommes enfin soulagés. »
Clément, lui, est resté silencieux. Ses yeux ont scruté Odile d’une manière qui l’a glacée. Et là, pour la première fois depuis longtemps, il a réalisé que la jeune femme, à qui il avait donné toute sa tendresse, semblait terriblement pâle, presque exsangue. Sa « rose » choyée semblait se faner, lentement, sous ses yeux.
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