
La captive du cheik
Chapitre 2
C'était une scène de coucher de soleil, les oliveraies baignant dans une lumière dorée et vibrante, mais avec une touche presque irréelle. Les couleurs semblaient danser sur la toile, comme si elles voulaient raconter une histoire secrète. Il s'approcha, captivé malgré lui. La signature en bas, "L.S.", était discrète mais élégante.
« Intéressant, n'est-ce pas ? » La voix de Diego, toujours là, fit irruption dans ses pensées. « C'est une artiste locale, Léna Santos. Une autodidacte. Elle vend quelques œuvres ici, mais elle ne cherche pas vraiment à percer. Dommage, non ? »
Adrien ne répondit pas tout de suite. Son regard restait fixé sur le tableau. Il ne comprenait pas pourquoi cette peinture, si simple en apparence, l'attirait autant. Peut-être était-ce la lumière, ou la manière dont l'artiste semblait avoir capturé l'essence même de ce lieu qu'il méprisait pourtant.
« Combien pour ce tableau ? » demanda-t-il finalement, son ton détaché.
Diego haussa légèrement les sourcils, mais avant qu'il ne puisse répondre, la galeriste, une femme âgée au regard malicieux, intervint. « Pour vous, monsieur, mille euros. »
Adrien sortit un carnet de chèques et régla l'achat sans négocier, sous le regard mi-amusé, mi-surpris de Diego.
En sortant de la galerie, il tenait la toile soigneusement emballée sous son bras. Diego, fidèle à son rôle, continua de faire la conversation, vantant les charmes du village et insistant subtilement sur l'importance de préserver son authenticité. Mais Adrien l'écoutait à peine. Son esprit était déjà ailleurs. Qui était cette Léna Santos ? Pourquoi son tableau l'avait-il autant marqué ?
Alors qu'ils revenaient vers la place, il jeta un dernier coup d'œil autour de lui. Les villageois continuaient de l'observer à distance, murmurant entre eux. Il ne savait pas encore comment il allait surmonter cette méfiance, mais une chose était claire : il allait découvrir qui était l'artiste derrière cette signature. Et peut-être, à travers elle, comprendre pourquoi ce village semblait soudainement moins insignifiant.
Le soir du bal approchait, et le petit village andalou était en ébullition. Les ruelles blanches, habituellement paisibles, résonnaient des éclats de voix et des rires. De maison en maison, des lumières tamisées se reflétaient sur les pavés irréguliers, tandis que les femmes ajustaient leurs robes et les hommes peaufinaient leurs costumes. Dans le salon exigu de Marina, Léna faisait les cent pas, les bras croisés, une moue contrariée sur le visage.
- Je ne vois pas pourquoi tu insiste autant, Marina. Ce n'est pas mon genre de soirée. Ces gens-là, ils... - Léna soupira, cherchant ses mots. - Ils viennent pour impressionner, pas pour sauver les oliviers.
Marina roula des yeux tout en attachant un collier autour de son propre cou. Ses doigts agiles semblaient aussi habitués à manipuler des ustensiles de cuisine que des bijoux fantaisie.
- Oh, arrête un peu avec tes principes. C'est une soirée, Léna, pas un mariage arrangé. Qui sait ? Peut-être que tu tomberas sur un riche collectionneur d'art qui t'achètera tous tes tableaux. - Marina lui adressa un clin d'œil moqueur avant d'ajouter : - Et même si ce n'est pas le cas, au moins tu pourras t'amuser un peu.
Léna hésita, mais elle savait que Marina ne la laisserait pas tranquille. Depuis leur enfance, Marina avait toujours été la plus audacieuse des deux, celle qui sautait dans la rivière en pleine nuit ou osait parler haut et fort aux figures d'autorité du village. Résignée, Léna se laissa tomber sur une chaise.
- Très bien. Mais je n'ai rien à me mettre. - Elle haussa les épaules, espérant que cet argument mettrait fin à la discussion.
Marina éclata de rire, fouilla dans une armoire débordante et en sortit une robe rouge vif.
- Tu as tort, ma chère. C'est la robe de Rosa. Elle l'a portée une fois à un mariage à Séville et s'est plainte qu'elle était "trop voyante". Elle m'a dit que je pouvais la prêter si besoin. Et je pense que ce soir, elle est parfaite pour toi.
Léna fixa la robe, les sourcils froncés. Le tissu rouge semblait briller à la lumière, provocant, presque agressif dans sa beauté.
- Je vais ressembler à une tomate mûre... - murmura-t-elle, mais Marina secoua la tête avec un sourire espiègle.
- Non, tu vas ressembler à une déesse. Maintenant, debout, essaye-la.
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Pendant ce temps, au bord du village, Adrien Delacroix descendait les marches en pierre d'une auberge rustique, ajustant le masque noir qu'il avait choisi pour l'occasion. Devant lui, Diego Alvarez l'attendait, un sourire en coin.
- Vous êtes sûr de vouloir vous mêler à eux incognito ? demanda Diego, visiblement amusé par l'idée qu'un homme comme Adrien puisse se fondre dans une foule villageoise.
Adrien glissa un regard vers son interlocuteur, son expression impénétrable.
- Oui. Je veux comprendre à qui j'ai affaire avant de dévoiler mes intentions. Et vous avez dit vous-même que cette soirée rassemblerait tous les visages influents du village, n'est-ce pas ?
Diego hocha la tête, gardant pour lui le plaisir qu'il prenait à voir Adrien, si habitué à dominer dans les grandes villes, jouer un rôle ici.
- Très bien. Mais sachez que ces gens-là ne sont pas aussi naïfs qu'ils en ont l'air. Ils sentent le mensonge à des kilomètres.
Adrien ne répondit pas. Son masque dissimulait la moitié de son visage, mais ses yeux, froids et calculateurs, brillaient d'un éclat déterminé.
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Le bal se tenait dans la cour d'un ancien domaine, illuminée par des guirlandes de lanternes et des chandeliers suspendus dans les arbres. Les invités, vêtus de costumes colorés et de masques, déambulaient avec grâce. Une musique enivrante s'élevait dans l'air, mêlée au murmure des conversations et au tintement des verres.
Léna entra dans la cour, accompagnée de Marina, qui portait une robe bleue. La robe rouge de Léna attirait les regards, mais elle marchait tête haute, bien qu'une légère rougeur sur ses joues trahissait son inconfort. Marina la poussa doucement en avant.
- Allez, Estranjera. Fais honneur à ton personnage.
Léna avait accepté le surnom proposé par Marina : "l'Estranjera", l'étrangère. Derrière son masque orné de dorures, elle espérait passer inaperçue ou du moins garder une certaine distance avec la réalité. Elle ne voulait pas qu'on la reconnaisse, qu'on parle de la peintre qui vendait ses tableaux pour arrondir ses fins de mois. Ce soir, elle voulait juste observer.
De l'autre côté de la cour, Adrien, appuyé contre une colonne, observait la scène. Ses yeux s'arrêtèrent sur une silhouette en rouge qui semblait ne pas appartenir à cet endroit, tout comme lui. La femme marchait avec une grâce nerveuse, comme si elle voulait disparaître tout en captant chaque regard. Intrigué, il s'éloigna de Diego, qui était déjà en train de charmer un groupe d'habitants avec des anecdotes pleines d'exagérations.
Adrien s'approcha de la piste de danse, où les couples tournaient au rythme d'un tango passionné. Comme par instinct, ses pas le conduisirent vers la femme en rouge.
- Puis-je vous inviter à danser ? demanda-t-il en tendant une main gantée.
Léna, surprise, releva les yeux vers lui. Derrière son masque noir, l'homme avait une allure mystérieuse, presque intimidante, mais son ton était courtois.
- Vous êtes sûr que c'est une bonne idée ? répondit-elle avec un sourire en coin, essayant de masquer son hésitation.
- Absolument.
Sans attendre une réponse, il attrapa doucement sa main et l'entraîna sur la piste. La musique changea, passant à une mélodie plus lente, presque envoûtante. Leurs corps se rapprochèrent, et malgré leur gêne initiale, ils trouvèrent rapidement un rythme.
- Vous dansez bien, pour un étranger, murmura Léna, cherchant à cacher son trouble.
- Et vous, pour une déesse grecque, rétorqua Adrien, son ton à la fois amusé et sérieux.
Le compliment inattendu fit rougir Léna, mais elle répondit avec une pointe d'ironie.
- Ce masque vous donne des ailes, à ce que je vois.
Adrien sourit, mais ses pensées dérivaient déjà ailleurs. Il ne comprenait pas pourquoi cette femme, qu'il n'avait jamais vue auparavant, l'attirait autant. Était-ce sa manière de parler, ou l'aura mystérieuse qu'elle dégageait ?
- Pourquoi l'Estranjera ? demanda-t-il soudain, brisant le silence entre eux.
Léna haussa légèrement les épaules.
- Parce que parfois, il vaut mieux être une étrangère dans son propre monde.
Cette réponse énigmatique le troubla davantage. Il sentit qu'elle ne parlait pas seulement du bal, mais de quelque chose de plus profond.
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