
JUDITH
Chapitre 3
M'ayant briefé sur son enfance difficile, son regard était devenu inquiétant, on dirait que je lui avais pointé un poignard dans le cœur, je pouvais ressentir à quel point ce sujet la terrifiait... Mais qu'est ce qui pouvait bien lui arriver pour qu’elle soit aussi triste d'un coup ?! Je m'interrogeais sérieusement, car la voir ainsi ne me plaisait pas du tout. Je voyais à quel point sa souffrance interne était grande et profonde et ça me brisait !!!
Il avait fallu que je la questionne avec douceur sur ce qui la tracassait autant pour qu'elle me révèle, d'une voix faible, qu'à chaque fois qu'on lui parle de sa famille ça ne lui rappelle que de mauvais souvenirs et elle me fit également savoir qu'elle n'aimerait jamais parler de la séparation de ses parents à qui que ce soit. Je la comprenais, c'était tellement visible qu'elle en souffrait énormément...
Certes c'était assez difficile pour elle d'en parler, mais je me disais quand-même que puisque c'était elle qui avait abordé cette conversation, elle ferait une exception de se confier à moi en profondeur étant donné qu'elle savait qui j’étais et qu'elle connaissait déjà certains détails concernant ma famille.
Mais bon, y avait pas de quoi m'énerver parce que je me devais de compatir à son chagrin... Vu qu'elle était déjà dans un mauvais mood, fallait pas en rajouter surtout que moi je voulais vraiment gagner son amitié et sa confiance. Et pour se faire, j'étais prêt à patienter jusqu'à ce qu'elle soit prête de me parler de cette fameuse séparation de ses parents. Je lui avais juste fait savoir qu’il est parfois important de s'ouvrir à quelqu’un lorsqu'on se retrouve dans une situation comme la sienne...
Pendant que je cherchais à la convaincre autrement, sans trop vouloir contourner, elle m'avait clairement fait comprendre que je n'étais pas quelqu'un digne de confiance. Intrigué par ses propos, je lui avais demandé sur quoi elle se basait pour dire de telles choses pourtant on venait juste de commencer à apprendre à se connaître. Elle m'avait répondu qu'elle ne sait pas pourquoi elle le disait, mais qu'elle le voyait juste.
Desordonné de mon état, c'était normal qu'elle me voit ainsi. Intérieurement, je m'attendais déjà à cette réaction de sa part car nous n'étions vraiment pas encore amis. Toutefois, je n’étais pas resté là sans agir, il fallait que je lui dise qu'elle se trompait à mon sujet.
Une fois énervée ou dérangée par une quelconque situation, Judith devenait totalement furieuse et s'en prenait à tout le monde sans raison valable... L'avais-je mise en colère?? Je dirais non. Je lui avais juste renvoyer la question qu'elle m'avait posée et à laquelle j'avais répondu sans problème.
La demi journée de mercredi s’étant donc achevée sans le moindre cours pour nous, je devais aller gérer les prestations post et périls scolaires à la case communautaire. J’étais juste allé à ces prestations parce que Judith participait aux sélections des meilleures danseuses et Clarisse son amie, m’avait demandé de leur tenir compagnie après la présentation du plan de travail de cette journée. J'avais accepté sans trop réfléchir, parce qu'il s'agissait quand-même de Judith...
Hors du portail pendant qu'on cheminait vers la case communautaire, Judith me présenta des excuses contre toute attente... Flatté par sa réaction, je lui avais rapidement dit que c'était pas grave que j'avais laissé tomber depuis... C'est alors qu'elle se mit à pleurer à chaudes larmes, j'essayais tant bien que mal de la calmer mais en vain, elle n'y arrivait pas même si elle le voulait. Quelques instants après, elle m'avait prise ma main et m'avait demandé de lui promettre de ne jamais reveler à qui que ce soit ce qu'elle s'apprêtait à me confier.
Je le lui avais promis et elle s'était donc mise à me parler de la triste séparation de ses parents alors qu'elle n'avait que l'âge de 10 ans. C'est vraiment déplorable ce qu’endurent les enfants pendant et après la séparation de leurs parents qui sont censés leur procurer un avenir et une éducation prometteuse. Je me demande bien si ces derniers pensent souvent aux dommages psychologiques que peuvent engendrer leurs actes avant de souvent envisager se séparer. Les enfants sont toujours les principales victimes alors qu'ils n'ont pas choisis cela...
Désespérée et pleine d'amertume pour cette vie, elle se mit à me parler de l'irresponsabilité parentale dont elle a été victime. À reprendre ses propos, ses parents s'étaient rencontrés dans la ville de Yaoundé en 1995 dans un snack bar de la place. Son père, médecin généraliste à l’hôpital des grandes endemies d'eseka, était allé touché son salaire. Comme vous connaissez si bien les fonctionnaires célibataires avec le libertinage financier, il avait donc décidé de consomer une fine partie de son labeur après un mois de dure corvée. C’était donc pendant qu'il s’amusait au rythme d'un makossa à l'ancienne qu'il découvrit sa future femme venue assister son amie au service d’hôtesse d’accueil.
Ayant les yeux remplis d'alcoolémie, il ne put se retenir face à une beauté aussi naturelle, me disait-t-elle, il avait donc abordé sa charmante conquête et l’avait invité à prendre un pot. Elle avait accepté volontiers et ils s’étaient mis à converser en amoureux !
Étant à la recherche d'une épouse afin de jouir des avantages matrimoniaux dans son lieu de service, monsieur Yebga était prêt à répondre présent à toutes femmes aspirant au mariage. C'est l’erreur que plusieurs personnes commettent souvent car personne ne veut attendre le moment propice, encore moins se donner un peu de temps! Chacun veut faire comme il veut et quand il veut.
La mère de Judith était également à la recherche d'un homme sérieux, et ce dernier répondait favorablement à ses critères car il travaillait déjà et gagnait un salaire satisfaisant. C'est également le principal problème des femmes pareusseuses qui ne veulent pas souffrir avec leurs époux au début. Elles veulent juste récolter sans semer, chose quasi impossible !
Sans perdre du temps, les deux s’étaient fixés des rendez-vous avenirs afin de mieux établir des bases de leur union. Ils s'étaient amusés toute la nuit, et chacun était rentré chez lui aux environs de 5h du matin.
C'est à ce niveau que Judith fit une pause car nous étions déjà proches de la case communautaire. J’étais vraiment surpris du fait qu'elle m’eût raconté cela, moi qui n'avait presque pas de liens solides avec elle, mais tout cela a été le fruit de la pression que Clarisse avait mise sur elle !
Quelques heures plutard, son groupe de danse avait été qualifié pour la phase finale et j'avais déjà réglé tout ce que j'avais à faire. Nous nous étions donc séparés là et chacun avait pris sa route. Toutefois, elle m'avait promis de continuer cette histoire le lendemain au lycée. Une chose est sûre c'est que, j'avais tellement hâte qu'elle me raconte la suite de cette histoire.
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