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Couverture du roman Johnny Leggy: A literary comic

Johnny Leggy: A literary comic

Entre vengeance et quête de liberté, Johnny Leggy navigue dans un monde moderne où la justice se paie au prix de lourdes blessures. Inspiré par une vision radicale de la force, le récit suit un protagoniste agissant par pure nécessité. Au cœur de cette intrigue mêlant action et mystère, un étrange symbole en forme de fauteuil roulant devient une signature énigmatique. Ce clin d'œil singulier marque le passage d'un homme pour qui l'amour n'est plus qu'une question de temps.
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Chapitre 2

02

Johnny veut et Johnny prend

Johnny veut et Johnny prend. En général, Johnny ne pense pas tellement, tellement il veut. C’est un vrai bon garçon : honnête, franc et fort.

L’aventure ! Un peu d’exotisme dans sa vie d’étudiant fauché. Loin du snack où il travaille pour payer sa pitance, loin de la fac et tous ses fils à papa… Loin des parents qui ne comprennent pas qu’il est fait pour bien mieux et que courir ce n’est pas seulement pour draguer les filles.

Il a eu bien raison, ce type, de lui parler tout de suite de ses études. C’est important les études, et l’autre a bien compris qu’il tenait aussi à faire son Droit. Quand il reviendra, il sera un homme, un vrai. Un qui a connu le feu, la vérité de la vie, son danger, et un qui a des projets concrets plein la tête. Johnny veut tout, absolument tout. Il doit s’y démener, il y est prêt !

Les parents ne comprennent pas cet enthousiasme. Ils ont l’impression de se saigner depuis déjà si longtemps pour Johnny. Le père entre ses trois boulots, la mère avec sa couture et ses ménages. Mais il ne leur en veut pas, Johnny, il sait bien que la vie n’a jamais été facile pour eux. Au fond, il est leur seul bonheur et il leur doit bien de réussir.

Et il réussira, même s’il ne doit pas toujours les écouter. Il vient un temps dans la vie où il faut savoir n’écouter que soi, compter sur son intuition, sa bonne étoile.

S’il reste, il passera encore un été à faire la plonge dans ce snack dégueulasse. S’il reste, il passera encore un été à réviser son Droit sans grand air… Il s’accrochera, mais il s’usera à espérer, une année encore après, la reconnaissance et les fruits de ses seuls efforts.

Le sport, il le sait, ne lui apportera jamais autant de satisfaction qu’il le voudrait : c’est déjà formidable qu’il lui offre la pension universitaire. Tant qu’il court et tant qu’il gagne.

Mais il connaît aussi la chanson : qu’il arrête de gagner, rien qu’une fois, et il sera tout de suite moins intéressant pour l’université. Et il est bien renseigné, Johnny : à L.A. jamais aucun pensionnaire n’a bouclé son cursus en s’appuyant sur ses seuls talents sportifs… L’université attire surtout les athlètes pauvres pour dorer son blason d’excellence et de vivier de la jeunesse, Johnny a bien retenu ses leçons. Mais les beaux diplômés en définitive ont soit l’argent, soit les relations. Lui n’a ni l’un ni l’autre…

Sauf ce Sergent instructeur qui pour la première fois s’est intéressé vraiment à lui. Il sait parler, le bonhomme. Il va droit au but, le bonhomme, et Johnny aime ça. On ne peut pas en dire autant de ses camarades, ni autant de son père, ni du patron du snack…

En fait, rares sont les hommes qui sont vraiment comme ça. Johnny est content d’en rencontrer un, un peu aussi parce que c’est comme ça qu’il veut être : fort, franc, honnête et droit.

Les filles rigolaient encore quand Johnny a signé : « T’es chou, Johnny, on croirait presque que tu vas le faire ! », « On te préfère quand tu cours, Johnny-Johnny ! »…

Lui Johnny se marrait aussi : encore un pied de nez au conformisme de ses camarades, et ces filles avaient l’air de bien aimer. Mais le Sergent instructeur l’a fixé bien dans les yeux et lui a dit tout de go : « On va faire de toi un homme, bonhomme… ».

Le soir suivant, Bella n’a pas apprécié la nouvelle que Johnny lui a apportée : « T’es cinglé ! T’es con ! C’est du suicide ! »

— Mais j’en ai besoin pour finir mes études, il a dit.

— Quelle connerie ! Tu sais combien de types reviennent les pieds devant ?

— Je ne reviendrai pas les pieds devant…

— Tu te feras esquinter… Dans ta tête, ou dans tes tripes, Johnny…

— Mais non, je t’aime…, lui dit Johnny avec les yeux.

— Et d’abord, combien de temps ça durera ces conneries ? … Est-ce que tu as signé pour tuer des gens ?

— Non ! Je ne sais pas : six mois, c’est ce qu’on m’a dit.

Mais en vrai, le papier ne précisait rien. Entre six mois et un an, voilà ce qui est marqué. Le temps de la « mission » qui signe « l’engagement »…

Il a un peu honte, Johnny, de ne pas avoir mieux regardé, de ne pas avoir mieux relu avant de signer. Pour un apprenti avocat, ça n’est pas terrible. Alors, il se tait, se contente du moins mauvais : « Six mois, ce sera bien assez ».

— Et ils te paieront ta dernière année pour seulement six mois de vadrouille dans le désert ? Tu crois vraiment ça ?

Elle ne peut pas comprendre, Donna Bella… Depuis sa naissance, pour tout le monde, elle est un trésor. Papa est sénateur, un vieux politicien riche et con d’Alabama. Il l’a eue sur le tard, à plus de 45 ans, alors c’est sa merveille, sa petite princesse chérie, son fruit unique dans ce monde si dur… Sa mère est une ancienne reine de beauté qui n’a jamais travaillé. Elles ne s’entendent guère toutes les deux, la mère jalouse de la fraîcheur de sa fille, de sa beauté naissante qui n’a rien à lui envier… Mais c’est sa fille, et elle est si brillante : quatrième année de médecine, déjà. Et c’est la meilleure élève, la plus appliquée et, en même temps, la plus appréciée de toutes ses camarades.

Johnny lui-même a peine à comprendre quelle chance il a qu’une fille pareille s’intéresse à lui, l’insignifiant boursier. Il est honnête, volontaire et travailleur, c’est vrai. Beau gosse aussi, surtout : les filles ne manquent pas de le lui rappeler. C’est une vraie star dans le stade, avec sa vitesse et sa foulée, il en impose, même aux merdeux footeux qui tournent autour de Bella…

Mais enfin : il est fauché, Johnny, et il sait déjà que pour payer et l’appart’ à Central Park, comme Bella aimerait, et le cabinet d’avocat qui va avec, il en sera déjà pour s’endetter sur cent ans au moins, quand elle n’aura qu’à demander à Papa de mettre la main à la poche…

De tels écarts coexistent entre eux, avec eux, et malgré tout leur amour, leur passion, les moments incroyables de bonheur partagés.

Cela part et cela revient. Quand ils n’y pensent pas, tout va bien, leurs vies emplies de joies estudiantines suffisent à leur faire oublier tout le sérieux de l’avenir, la vraie vie d’adulte, la réalité de l’argent…

Mais chaque fois que Johnny pense à l’argent, c’est pareil : il n’en a pas assez, jamais assez, même pour ne pas trop y penser, même pas pour en gaspiller, et quoi qu’il fasse, il n’en aura pas assez pour eux deux avant longtemps…

Cela fait, quelquefois, quelque part, que c’est foutu d’avance. Son amour à Donna, en fin de compte, est bien peu de chose à côté de toute la vie, et c’est ce que Johnny commence de croire…

Car s’il y ajoute l’aventure, cette aventure qu’il rêve de vivre : le frisson des armes, la découverte de l’étranger, le désert et la « mission »…, la mission dont lui a parlé le Sergent instructeur : sauver les populations locales de la barbarie de leurs tyrans…

« Nous incarnons la Démocratie dans le monde, merde ! » comme dit le Sergent.

… Alors, Donna, soudain, lui apparaît bien lointaine et Johnny la regarde qui le juge pleine de reproches, d’un œil sans partage qui ne peut plus le comprendre. Johnny aussi… Non plus.

Pour la première fois, elle lui semble bien ignorante, elle lui fait pitié. Oui, car c’est elle qui ne comprend pas.

Il faudra donc partir, pour lui prouver. Il reviendra, beau et fier.

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