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Couverture du roman Je vous envoie un ange

Je vous envoie un ange

Après avoir remercié la mère supérieure, Maggy et Michel s'apprêtent à partir quand une scène bouleversante les arrête sur le perron. Entourant une sœur malgache, les enfants se mettent à chanter pour Noël, offrant leurs présents avec ferveur. Ce moment d'une rare intensité fait voler en éclats toute retenue, et les larmes coulent face aux regards suppliants des petits. Unis dans l'émotion avec Frère Jean, les visiteurs se retrouvent totalement bouleversés par cette communion.
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Chapitre 3

Lydie et Maggy

Pierre, Malgache lui aussi, la quarantaine, svelte, beau gosse, avec ses cheveux bruns légèrement grisonnants, lisses et tirés vers l’arrière, une paire de lunettes de vue et jean-chemisette.

Lorsqu’elle était enseignante dans une école de formation pour adultes à Chambéry, Maggy côtoyait régulièrement Liliane, une collègue malgache. Ayant appris le prochain voyage de Maggy pour Madagascar, Liliale avait saisi l’occasion pour lui remettre un courrier de famille destiné à sa tante Lydie.

Le 26 juin 1960, Madagascar devenant indépendante, les parents de Liliane avaient choisi de partir pour la France ; les autres membres de la famille avaient préféré rester sur place en banlieue de Tananarive…

De ce fait, la rencontre entre Lydie et Maggy créa rapidement un lien particulier… Une réciproque sympathie s’installa spontanément entre elles.

Une fois Maggy arrivée à Tananarive, Michel fit naturellement connaissance avec la tante de Liliane et son mari, tous deux malgaches. Bien au fait des coutumes et de l’histoire de l’île, Pierre, transformé en guide pour la circonstance, leur fit découvrir Tananarive et ses environs à travers moult récits historiques.

Le palais de la reine et ses anecdotes à rebondissements, le marché « Zouma » et ses habitudes, la gare des chemins de fer malgaches, le zoo avec ses crocodiles et ses différentes espèces de lémuriens, les jardins botaniques luxuriants, l’arbre du voyageur et les rues marchandes avec toutes sortes de boutiques achalandées de tout et de rien où s’entrecroisent des gens, des charrettes à bras, des remorques tractées par des zébus. La débrouille est partout. La vétusté effraie. Les visiteurs ont constaté aussi que les rues sont moins sûres dans certains quartiers.

La gare des chemins de fer malgaches à Tananarive

En journée, profitant des absences professionnelles de Pierre et Michel, Lydie a invité Maggy à découvrir son univers. Sa maison, ses enfants, son grand jardin et ses lémuriens apprivoisés. Bien entendu pour parler aussi de leur vie après l’indépendance et le départ de bon nombre de Malgaches, et d’Européens ayant préféré déguerpir, dont les parents de sa nièce Liliane.

Une rue très populaire « moins sûre le soir »

Dans les pas du patriarche et de Lydie, la petite troupe fait mouvement. Elle s’approche du ranch, qui se révèle assez important. Pendue au bras de son papa, Lydie doit assurément revivre et savourer des souvenirs de jeunesse.

Relativement modeste dans ce qui aurait pu devenir un tape-à-l’œil déplacé, sise entre ses murs blanchis à la chaux, la bâtisse paraît cependant imposante et agréable. À l’invitation de Lydie et de son père, le groupe pénètre à l’intérieur, où règne une fraîcheur bienfaisante bien que toute relative. En décembre sous les tropiques, ce n’est pas tout à fait la météo d’un début d’hiver à Chambéry… Le thermomètre frise déjà les trente-deux degrés en ce milieu de matinée !

Dans la légère pénombre qui habite les lieux, les meubles en rotin ou en bambou travaillé mettent en valeur l’artisanat local, et témoignent aussi d’une certaine aisance matérielle.

Toujours au côté de son père, Lydie, en maîtresse de maison avisée, invite ses hôtes à prendre place dans des sièges confortables disposés en arc de cercle. Aussitôt sorti de nulle part, un large plateau de victuailles est présenté par une Malgache d’une cinquantaine d’années ; il finit sa course sur la table basse à la portée de tous, accompagné de boissons fraîches et de quelques fruits magnifiques en prélude au repas de midi… La maisonnée parle le français sauf le papy quand il donne sobrement ses ordres à la dame au plateau. Celle-ci acquiesce et disparaît aussi discrètement qu’elle était entrée.

« Levons nos verres à votre venue et merci d’être là… » lance monsieur Barato2

Papy Barato et son chat

Après un instant de flottement occupé à la dégustation des jus de fruits, papy s’adresse à Maggy :

— Si ce n’est pas trop indiscret, vous êtes à Madagascar depuis longtemps ?

— Non, pas du tout, je viens d’arriver à Tana pour rejoindre mon mari…

— Et vous Michel ?

— Je suis ici depuis deux petits mois.

— Vous connaissiez Lydie et Pierre ?

— Une collègue de travail, Liliane, votre petite-fille, est à l’origine de la rencontre, précise Maggy.

Tous deux s’empressent de remercier leur hôte pour son accueil, et Michel explique très sommairement qu’il travaille sous contrat avec Air Madagascar à Ivato.

Lydie reprend aussitôt la parole afin d’éclairer davantage son père. Elle détaille un tantinet cette relation professionnelle entre Maggy et Liliane.

— Liliane savait que Maggy projetait de passer les fêtes de fin d’année à Madagascar auprès de son mari. Et elle lui a demandé un petit service, prendre contact avec moi et me remettre un courrier pour affaires de famille.

— Ceci n’a été possible qu’au travers des billets GP3délivrés par l’ESMA, l’entreprise pour laquelle je travaille ici, complète Michel. De ce fait, en plus du plaisir de faire la connaissance de votre fille, nous découvrons grâce à Pierre les beautés de Tananarive et ses environs.

— Mais avant de partir pour Madagascar, enchaîne Maggy, mes collègues de travail et moi-même avons organisé une collecte de médicaments et de jouets pour enfants à destination d’une léproserie située à Fort-Dauphin.

— Le bon vouloir des personnels d’Air Madagascar à Roissy a largement contribué à ce petit transport dépassant largement les limites de poids autorisé pour un billet… reprend Michel ; une sorte de chaîne humanitaire tacite s’est mise en place depuis longtemps au fur et à mesure des demandes…

— Du fait des relations familiales, ajoute Maggy, il m’est arrivé de dialoguer notamment avec Pierre W. un père ayant officié durant plus de trente ans dans le sud de Madagascar. En apprenant mon départ pour Tananarive, il a demandé si je pouvais me mettre en rapport sur place avec le frère Richard D., un enseignant à Tananarive4qui saurait nous orienter pour rejoindre l’orphelinat de Fort-Dauphin. Pierre a en effet exercé très longtemps son ministère dans cet orphelinat où survivent de jeunes et moins jeunes enfants dont les parents ont été pour la plupart victimes de la lèpre… Il avait besoin de notre aide éventuelle pour établir une petite pharmacie dans cette institution… Cette idée recoupait parfaitement les recommandations des collègues de Michel qui conseillaient l’emport de médicaments, si rares là-bas. Alors quand il a été question de mon voyage, j’ai bien sûr répondu favorablement à la demande du père…

— Ah ! mais c’est très bien tout ça… s’exclame le maître de maison.

— Mais oui papy renchérit Lydie, nous t’avons préparé une petite trousse avec des médicaments de première nécessité pour toi mais aussi pour les gens d’ici…

— Non !

— Si, si, regarde…

Lydie s’empresse de lui tendre le paquet… Espérons que le choix sera le bon ! Il y a de l’aspirine, de l’Imodium, du Doliprane, de la Nivaquine, une pince tire-tique, des préservatifs, de l’alcool, des pansements autoadhésifs, des compresses stériles et d’autres petites choses avec quelques recommandations écrites par un ami médecin.

Ce présent fait son petit effet. Alors que le papy étale une partie du contenu sur un coin de la table basse, Michel ne peut s’empêcher d’intervenir pour expliquer qu’à l’arrivée du 747-combi d’Air Madagascar il y a deux jours, au petit matin, à l’arrivée de Maggy, il a fallu, en plus du petit bakchich normal intercalé dans les pages du passeport, se délester de quelques échantillons médicaux choisis par le douanier de service.

Le regard attentif et ne paraissant nullement surpris par une telle pratique, papy se permet juste un petit rictus approbateur, un peu résigné, et lâche un long soupir… qui soulève légèrement le chat toujours dans ses bras.

Un autre paquet est prestement déposé sur la table basse ; là il s’agit de tout autre chose que de la pharmacie… quelques bouteilles de Betsiléo rouge… et les prunelles du patriarche pétillent…

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