
J'appartiens au PDG
Chapitre 2
Le visage de Luca hantait ses pensées. Comment avait-il pu laisser les choses aller aussi loin ? Jouer avec le feu, emprunter de l'argent à des gens comme Emilio... C'était non seulement stupide, mais aussi suicidaire. Mais ce qui la rongeait le plus, c'était son propre sentiment de responsabilité. Elle avait toujours essayé de veiller sur lui, même quand tout autour d'eux s'écroulait. Et maintenant ? Elle se demandait si elle n'aurait pas dû abandonner cette tâche impossible bien plus tôt.
Le lendemain matin, les yeux rouges et le corps lourd, Sienna descendit dans la cuisine. La lumière grise de l'aube perçait à peine à travers les rideaux défraîchis. Sa mère, Bianca, était déjà assise à table, une tasse de café à la main. Son regard était aussi froid que la pièce.
« T'as encore pleuré toute la nuit ? » demanda Bianca d'un ton désinvolte, sans lever les yeux.
Sienna sentit une pointe d'agacement l'envahir. Sa mère avait toujours cette manière de minimiser tout ce qui la touchait, comme si ses émotions n'avaient jamais eu d'importance.
« Si tu savais ce qui se passe, tu ne dirais pas ça, » répliqua Sienna, ouvrant le frigo à la recherche de quelque chose à manger.
« Alors, raconte. Qu'est-ce que ton frère a encore fait ? »
Bianca posa sa tasse avec un soupir impatient. Son ton n'était pas concerné, juste curieux. Sienna hésita une seconde, mais elle se lança.
« Il a des ennuis. Grands, cette fois. Il a emprunté de l'argent à un type dangereux, Emilio, et il doit rembourser une grosse somme d'ici... deux jours. »
Bianca haussa les sourcils, l'ombre d'un sourire sarcastique apparaissant sur ses lèvres.
« Évidemment. Et tu vas faire quoi ? Pleurnicher jusqu'à ce que l'argent tombe du ciel ? »
Sienna ferma les yeux un instant, essayant de contenir sa colère.
« Je ne sais pas encore quoi faire. Mais on ne peut pas laisser Luca gérer ça seul. »
Bianca se redressa, un éclat calculateur dans les yeux. Elle se leva et s'approcha de Sienna, croisant les bras.
« Non, on ne peut pas. Mais toi, Sienna, tu dois comprendre une chose : ton frère n'a jamais su se débrouiller seul. Il prend des risques idiots, et toi, tu le couvres toujours. C'est toi qui le laisses sombrer. »
Ces mots frappèrent Sienna comme un coup de poing. Elle fixa sa mère, choquée.
« Tu te fiches de ce qu'il traverse ! Tout ce que tu fais, c'est nous accuser, nous diviser ! »
Bianca soupira avec un calme glacial, comme si elle parlait à une enfant capricieuse. « Tu ne comprends pas. Si tu veux vraiment sauver Luca, il faut agir intelligemment, pas avec tes émotions. »
Sienna sentit le sol vaciller sous elle. Elle ne savait pas encore ce que Bianca avait en tête, mais l'air calculateur de sa mère la mettait mal à l'aise.
L'après-midi même, Bianca convoqua une réunion familiale. Luca, visiblement toujours sous l'effet de la drogue ou d'une nuit sans sommeil, s'assit mollement sur le canapé. Sienna, tendue, s'adossa contre le mur, les bras croisés. Bianca se tenait au centre de la pièce, dominant l'espace comme une reine de glace.
« Bien, maintenant qu'on est tous là, il est temps de trouver une solution, » déclara-t-elle d'un ton autoritaire. « Luca, combien dois-tu à ce Emilio ? »
Luca évita son regard. « C'est... cinquante mille euros. »
Sienna écarquilla les yeux. « Cinquante mille ?! Luca, c'est... c'est impossible ! »
Bianca leva une main pour la faire taire, son visage dur comme la pierre. « Impossible ou non, on doit trouver une solution. Et vite. »
Elle se tourna vers Luca, son regard perçant. « Comment tu comptes rembourser ? »
« J'ai... j'ai des contacts, » bafouilla-t-il, visiblement mal à l'aise sous le regard scrutateur de sa mère. « Je peux... peut-être trouver l'argent en pariant à nouveau. »
« Tu veux parier à nouveau ?! » explosa Sienna. « Tu n'as donc rien appris ?! »
Bianca intervint avant que les choses ne dégénèrent davantage. « Luca, tu n'es pas capable de gérer ça. Alors écoute-moi bien. J'ai une autre idée. »
Il y eut un silence lourd. Bianca tourna lentement la tête vers Sienna, et cette dernière sentit une boule se former dans son estomac.
« Sienna, tu vas nous aider. »
Elle fronça les sourcils, méfiante. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Bianca croisa les bras, un sourire froid sur le visage. « Emilio veut être remboursé, n'est-ce pas ? Et il ne veut pas seulement de l'argent. C'est un homme qui veut des garanties, quelque chose de précieux en échange. Quelqu'un. »
Les mots mirent un moment à faire leur chemin dans l'esprit de Sienna. Quand elle comprit enfin, elle sentit une vague de panique l'envahir.
« Non... Non, tu n'es pas sérieuse. » Sa voix tremblait.
Bianca resta impassible. « Je fais ce qui doit être fait. Si ça permet de sauver ton frère... »
« Tu veux me vendre ?! » cria Sienna, horrifiée.
Luca, jusque-là silencieux, murmura faiblement. « Maman, tu peux pas faire ça... »
Bianca tourna un regard glacial vers lui. « Et toi ? Tu veux mourir ? Parce que c'est ce qui arrivera si on ne trouve pas de solution. Tu crois qu'Emilio va avoir pitié ? »
Sienna sentit ses jambes fléchir. Elle chercha une once de regret ou d'humanité dans le visage de sa mère, mais il n'y avait rien. Juste une froide détermination.
Le silence fut brisé quelques heures plus tard par une série de coups frappés à la porte. Emilio était revenu, cette fois accompagné de deux hommes imposants.
« Alors ? » demanda-t-il en entrant sans y être invité.
Bianca s'avança, un sourire factice sur les lèvres. « Nous avons une solution à votre problème. »
Sienna voulut crier, mais les mots moururent dans sa gorge. Emilio la fixa longuement, puis hocha la tête.
« Bien. Mais on fait ça dans les règles. »
Il sortit un document, le posa sur la table, et tendit un stylo à Sienna.
« Signe ici. »
Elle recula instinctivement, son cœur battant à tout rompre.
« Je ne vais pas signer ça. »
Emilio haussa les épaules, un sourire dangereux sur le visage. « Tu peux refuser, bien sûr. Mais si tu le fais, ton frère ne verra pas demain. Et peut-être que toi non plus. »
Luca détourna les yeux, incapable de soutenir son regard.
Sienna sentit la colère monter en elle, mêlée d'un désespoir écrasant. Elle attrapa le stylo d'une main tremblante et signa, ses larmes coulant silencieusement.
Quand elle reposa le stylo, Emilio ramassa le papier et sourit.
« Bien. Trois jours. Prépare-toi. »
Quand il quitta la pièce, Sienna se tourna vers Luca.
« Tu n'as rien fait. Tu n'as rien dit ! Tu m'as laissée faire ça ! » hurla-t-elle, la voix brisée.
Luca ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit.
Dans un coin de la pièce, Bianca buvait tranquillement son café.
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