Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman Huit pertes, un dernier espoir

Huit pertes, un dernier espoir

Huit grossesses brisées, huit deuils imposés par Adrien sous prétexte de protéger notre lien. Quand un neuvième test s'avère positif, l'espoir renaît, mais s'effondre aussitôt : Adrien présente Gisèle comme sa future épouse. Traitée de simple pupille instable, je découvre l'atroce vérité. Par vengeance contre mon père, il a simulé dix ans d'amour et provoqué mes pertes. Pour sauver ce dernier enfant face à ce monstre, je n'ai plus qu'une seule issue : la fuite.
Chapitres
Partager

Chapitre 2

Le sommeil m'a fui cette nuit-là. Je me suis retournée encore et encore, le matelas un lit de braises, mon esprit une mer déchaînée de trahison et de peur. Chaque fois que je fermais les yeux, je voyais le bras d'Adrien autour de Gisèle, son rejet glacial de ma personne.

Quelque part au cœur de la nuit, la porte a grincé en s'ouvrant.

Je me suis figée, mon corps raide comme la justice. Une ombre s'est projetée dans la pièce, puis le lit s'est affaissé à côté de moi.

C'était Adrien.

Son odeur familière, un mélange de parfum de luxe et de quelque chose qui n'appartenait qu'à lui, a envahi mes sens. C'était une odeur qui signifiait autrefois la sécurité. Maintenant, elle ne sentait que le mensonge.

— Tu n'as pas dîné, a-t-il murmuré, sa voix un grondement sourd dans l'obscurité. Il a touché mon épaule, un geste désinvolte et possessif.

Ma peau s'est hérissée. J'ai reculé, fuyant son contact.

Son souffle était chaud sur ma nuque, et je sentais la chaleur de son corps à travers le tissu fin de ma chemise de nuit. Il me serrait comme ça toutes les nuits, ses bras une cage que j'avais prise pour un foyer. Ce soir, mon cœur était une pierre dans ma poitrine, froide et lourde. Il n'y avait aucune excitation, aucune accélération de mon pouls. Il n'y avait qu'un immense terrain vague où se trouvait autrefois mon amour.

J'ai essayé de m'asseoir, de mettre de la distance entre nous.

— Je suis fatiguée.

— Reste, a-t-il ordonné, son bras se resserrant autour de ma taille, me tirant contre lui. Juste un instant.

Ses lèvres ont effleuré ma nuque, se déplaçant avec une confiance paresseuse vers le tatouage au-dessus de mon cœur. Ma marque. La revendication permanente qu'il avait sur moi.

Une vague d'humiliation m'a submergée, si forte qu'elle m'a donné le vertige. Cette marque, autrefois symbole de mon amour éternel, me semblait maintenant être la marque d'une esclave. Un rappel de ma propre stupidité.

Il connaissait chaque centimètre de mon corps, chaque courbe secrète et chaque point sensible. Sa main se déplaçait avec une familiarité experte qui me donnait envie de hurler.

— S'il te plaît, Adrien, ai-je murmuré, ma voix tremblante. Ne fais pas ça.

Il m'a ignorée, ses doigts traçant le contour de ma hanche. Son contact était mécanique, expert, et totalement vide de la passion que j'avais autrefois imaginée.

Il allait me prendre, ici, maintenant, comme si rien n'avait changé. Comme si son « véritable amour » ne dormait pas dans la chambre principale au bout du couloir.

Puis, alors que je sentais son poids s'installer sur moi, il s'est arrêté.

— Tu es en retard pour tes règles, a-t-il dit, son ton désinvolte, presque ennuyé.

La rage, froide et tranchante, a percé ma peur. Il ne se souvenait même pas. Toutes ces fois, toute cette douleur, et ça ne l'avait même pas marqué. Pour lui, mon corps n'était qu'un calendrier, une chose à gérer et à contrôler. Je n'étais rien de plus qu'un réceptacle, une commodité.

La pensée était si ignoble qu'elle m'a rendue malade. J'ai poussé contre sa poitrine, ma voix chargée d'une fureur que je ne me connaissais pas.

— Tu ne devrais pas être avec ta fiancée ? Je suis sûre que Gisèle t'attend.

Ça a marché.

Le nom de Gisèle a eu l'effet d'une douche glacée. Il s'est raidi, chaque muscle de son corps se tendant. Pendant un long moment, il n'a pas bougé. Puis, il a roulé sur le côté, la chaleur de son corps remplacée par un vide soudain et glacial.

Il s'est levé, une haute silhouette se découpant dans le clair de lune qui filtrait par la fenêtre.

— Tu as raison, a-t-il dit, sa voix plate et froide. Il est sorti de la pièce sans un mot de plus, refermant doucement la porte derrière lui.

Quelques minutes plus tard, il est revenu. Il portait un plateau. Dessus, il y avait un bol de soupe de poisson, celle qu'il savait être ma préférée, celle que ma mère avait l'habitude de faire.

Je l'ai fixée. Il avait même enlevé toutes les petites arêtes, comme il le faisait toujours. Je me suis souvenue d'une des premières fois où il l'avait fait. J'avais seize ans, je peinais avec un morceau de cabillaud, et il avait pris mon assiette sans un mot, ses longs doigts élégants retirant méthodiquement chaque arête avant de la reposer devant moi.

C'était l'une des mille petites attentions qui m'avaient fait tomber amoureuse de lui.

Il me connaissait. Il connaissait mes habitudes, mes goûts, mes aversions. Il me connaissait mieux que quiconque. Et il ne m'aimait pas. La pensée était une nouvelle blessure.

L'odeur riche et savoureuse de la soupe m'a frappé le nez, et mon estomac s'est rebellé. Une vague de nausée, plus forte cette fois, m'a submergée. J'ai sauté du lit, attrapant la petite poubelle près de mon bureau juste à temps.

J'ai eu des haut-le-cœur, mon corps convulsant de spasmes secs. Il n'y avait rien dans mon estomac à vomir.

Quand les spasmes se sont finalement calmés, j'ai levé les yeux. Adrien se tenait dans l'embrasure de la porte, son visage un masque de pierre.

— Tu es encore enceinte ? a-t-il demandé, sa voix d'un calme terrifiant.

La glace a envahi mes veines. Mon visage, déjà pâle, a dû devenir blanc comme un linge. C'était le moment. Le moment où il allait m'enlever mon bébé. Je ne pouvais pas le laisser faire. Je ne le ferais pas.

— Non, ai-je dit, forçant ma voix à être stable. Je l'ai regardé droit dans les yeux, priant pour qu'il ne puisse pas voir la terreur qui luttait avec la défiance en moi. Je ne le suis pas.

Le silence dans la pièce s'est étiré, épais et suffocant. Son regard était intense, scrutateur, et pendant une seconde terrifiante, j'ai cru qu'il pouvait voir à travers moi, jusqu'à la petite vie vacillante que je voulais si désespérément protéger.

Mais ensuite, la dureté de ses yeux s'est adoucie, remplacée par quelque chose que je ne pouvais pas lire. Du soulagement ? De la déception ? Je ne savais pas. Je m'en fichais.

— Bien, a-t-il finalement dit, sa voix sèche. C'est mieux comme ça.

Il s'est tourné pour partir, puis s'est arrêté à la porte.

— Gisèle et moi nous marions le mois prochain.

Ces mots étaient le coup de grâce pour mon amour défunt.

— D'accord, ai-je dit, ma voix étonnamment calme. J'étais anesthésiée. Il n'y avait plus rien en moi qu'il puisse blesser.

Il a semblé surpris par mon manque de réaction. Il s'attendait à des larmes, à des supplications. Il s'attendait à la fille brisée qu'il avait si soigneusement créée. Mais cette fille n'existait plus.

— Je suis fatiguée, Adrien, ai-je dit, les mots lourds d'une lassitude qui me rongeait jusqu'à l'os. Je suis juste... tellement fatiguée de tout ça.

J'ai même réussi à esquisser un petit sourire triste.

— Félicitations. J'espère que vous serez très heureux, toi et Gisèle.

Je n'assisterais pas au mariage, bien sûr. Mais j'enverrais un cadeau. Un cadeau généreux. C'était le moins que je puisse faire pour assurer une rupture nette. Un dernier adieu poli.

Vous aimerez aussi

Couverture du roman La bonne femme
7.8
Vendue par son père contre une somme colossale, Dina Malick, vingt ans, se voit contrainte d'épouser Moab Sankara. À vingt-neuf ans, cet homme puissant possède tout pour plaire : fortune, charme et bonté. Pourtant, une mystérieuse maladie l'empêche de mener une vie conjugale normale. Malgré ce lourd secret et un début d'union forcé, les deux époux vont apprendre à se découvrir. Au fil du temps, leur cohabitation forcée laissera place à un amour sincère et profond.
Couverture du roman La relation interdite
9.6
À 22 ans, son diplôme de chef en poche, Anna intègre un prestigieux restaurant. Suite à des imprévus, elle doit se réorienter et devient nounou pour une fillette grâce à un ami. Sa rencontre avec Mateo, le père de l'enfant, bouleverse tout. Elle ne s'attendait pas à servir un milliardaire aussi arrogant. Entre ses responsabilités et son attirance pour son employeur, Anna parviendra-t-elle à rester professionnelle ? Découvrez l'évolution de ce lien complexe.
Couverture du roman L'Addiction du milliardaire
8.7
Caitlin quitte son oncle pour s'émanciper, mais sa route croise celle de Ronnie, un milliardaire hautain. Après un incident impliquant une montre de valeur, elle se retrouve liée à lui par une dette immense. Contrainte de devenir sa secrétaire et son esclave, la jeune femme doit protéger l'unique héritage de ses parents. Entre jeux de pouvoir et rancœur, leur relation devient un duel permanent où les secrets de Ronnie et la volonté de Caitlin s'affrontent.
Couverture du roman Le Millionnaire Qui M'a Relevée
8.0
Après avoir enduré des mois de mépris et de manipulation, elle se retrouve brutalement rejetée par Ryan. Brisée par ses mots cruels, elle touche le fond, convaincue d'avoir tout perdu. Pourtant, ce traumatisme marque le début d'une lente reconstruction. Entre cicatrices et prise de conscience, elle entame un chemin difficile pour s'affranchir de cette emprise toxique. Dans sa quête de guérison, elle pourrait croiser l'homme capable de lui prouver que le véritable amour répare.
Couverture du roman Les Enfants de Mon Patron
9.7
Sans ressources, Amelia Gutiérrez s'installe à Boston pour financer la libération de sa tante. Elle accepte alors de porter les enfants de Noah Koch, un riche veuf. Enceinte de triplés par insémination artificielle, elle voit ses liens avec Noah se transformer en une idylle inattendue. Cependant, un quiproquo sème le doute sur la sincérité du milliardaire. Noah, qui s'était fermé à l'amour, doit désormais prouver à Amelia que ses sentiments sont profonds et authentiques.
Couverture du roman Pris au piège du jeu cruel des jumeaux
8.1
Mon mariage de trois ans reposait sur une trahison : l'homme que j'aimais n'était pas Édouard, mon mari, mais Killian, son jumeau. Édouard a orchestré cet échange pour vivre son adultère librement. Traitée comme un simple trophée à s'échanger entre frères et amis, j'ai fui vers Londres après un divorce radical. Pourtant, malgré ma volonté de briser ce lien toxique, les jumeaux me traquent désormais, refusant de laisser s'échapper celle qu'ils considèrent comme leur jouet.