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Couverture du roman Huit pertes, un dernier espoir

Huit pertes, un dernier espoir

Huit grossesses brisées, huit deuils imposés par Adrien sous prétexte de protéger notre lien. Quand un neuvième test s'avère positif, l'espoir renaît, mais s'effondre aussitôt : Adrien présente Gisèle comme sa future épouse. Traitée de simple pupille instable, je découvre l'atroce vérité. Par vengeance contre mon père, il a simulé dix ans d'amour et provoqué mes pertes. Pour sauver ce dernier enfant face à ce monstre, je n'ai plus qu'une seule issue : la fuite.
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Chapitre 1

Huit fois, j'avais senti la vie frémir en moi. Une joie secrète, partagée uniquement avec Adrien. Et huit fois, il me l'avait arrachée, en me murmurant que notre amour était trop fragile.

Cette neuvième fois, une fine ligne bleue sur un bâtonnet en plastique, je m'étais juré que ce serait différent. Mais c'est à ce moment-là qu'il est entré, son bras possessif autour de Gisèle Vauthier, annonçant qu'elle était la nouvelle Madame de Valois.

Mon cœur s'est arrêté. Le personnel de maison la couvrait de compliments, et leurs mots étaient autant de blessures invisibles. Adrien, autrefois mon protecteur, m'accusait maintenant de faire des histoires, d'essayer de mettre Gisèle mal à l'aise. Une vague de nausée m'a submergée, le test de grossesse dans ma poche est devenu un bloc de glace.

Il s'est tourné vers Gisèle, sa voix s'adoucissant, me qualifiant d'émotive. Je n'étais que sa pupille, l'enfant dont il avait la responsabilité. Mais qu'en était-il des promesses murmurées, des nuits où il me serrait dans ses bras comme si j'étais tout pour lui ? Tout cela n'était-il qu'un mensonge ?

Le murmure cruel de Gisèle l'a confirmé : Adrien avait passé une décennie à me faire tomber amoureuse de lui, juste pour me détruire, pour que mon père ressente la douleur de perdre un enfant. Il avait qualifié mes bébés perdus d'« erreurs », de « petits accidents non désirés ».

La vérité m'a anéantie. Il s'était servi de moi, un pion dans sa vengeance. Mon amour, ma douleur, mes enfants... tout cela n'avait aucun sens. Je devais m'enfuir, pour protéger cette dernière vie si fragile.

Chapitre 1

Huit fois.

Huit fois, j'avais senti le frémissement de la vie en moi, une joie secrète qui n'appartenait qu'à moi et à Adrien.

Et huit fois, il me l'avait arrachée.

Il me serrait dans ses bras, sa voix un poison doux à mon oreille, me disant que ce n'était pas le bon moment, que notre amour était trop fragile pour ce monde. Je le croyais. Je l'aimais assez pour endurer le vide béant qui suivait chaque perte, une douleur qui était devenue une partie familière et hideuse de moi-même.

C'était la neuvième fois.

Une fine ligne bleue sur un bâtonnet en plastique. Un secret que je gardais précieusement au fond de ma poitrine, un espoir fragile que j'avais trop peur de formuler à voix haute. Cette fois, je me le suis promis, ce serait différent.

Je l'attendais dans le grand salon du domaine de Valois, la maison qui était mon foyer depuis mes seize ans. Mes parents, ses mentors et amis, avaient déménagé à l'étranger pour leurs affaires, me confiant à Adrien de Valois, le héros de guerre décoré qu'ils avaient traité comme un fils. Il était mon tuteur. Mon tout.

Le bruit de sa voiture dans l'allée a provoqué une décharge électrique en moi. J'ai lissé ma robe, ma main couvrant instinctivement mon ventre encore plat.

La lourde porte en chêne s'est ouverte, mais ce n'était pas seulement Adrien qui est entré.

Il tenait une femme par la taille. Une blonde sculpturale, magnifique. Son sourire distillait un venin pur. Gisèle Vauthier.

Mon cœur s'est arrêté.

— Chloé, sa voix était glaciale, dénuée de toute la chaleur que j'espérais. Viens dire bonjour à Gisèle.

J'ai senti mes pieds bouger, une marionnette dont il tirait les ficelles.

Il a attiré Gisèle plus près de lui, sa main possessive sur sa taille.

— À partir de maintenant, tu l'appelleras Madame de Valois.

Madame de Valois. Ce nom résonnait dans le vide de ma poitrine. C'était un titre dont j'avais rêvé, un avenir pour lequel j'avais saigné.

Je savais qui était Gisèle. Des années auparavant, bien avant qu'Adrien ne me regarde, il avait été fou d'elle. Elle était la princesse de la haute société qu'il n'avait jamais pu avoir. Jusqu'à maintenant.

Le personnel de la maison, qui m'avait toujours traitée avec un respect distant, se pâmait devant Gisèle.

— Monsieur de Valois, vous et Mademoiselle Vauthier formez un couple si parfait.

— Une union bénie des dieux.

Leurs mots étaient de petites coupures vives sur ma peau. Je me tenais là, seule, un fantôme invisible dans ma propre maison. Mes yeux me brûlaient, et j'ai cligné des paupières avec force, refusant de laisser les larmes couler.

— Chloé.

La voix d'Adrien a claqué comme un fouet.

— Qu'est-ce que tu fais là, plantée comme ça ? Tes yeux sont rouges. Tu essaies de mettre Gisèle mal à l'aise pour son premier jour ?

L'accusation m'a frappée comme un coup de massue. Une vague de nausée, âcre et acide, m'est montée à la gorge. J'ai vacillé, portant la main à ma bouche pour réprimer l'envie de vomir.

Le test de grossesse dans ma poche pesait comme un bloc de glace. J'avais aussi le rapport officiel du médecin, rangé dans mon sac, qui le confirmait. Six semaines. Une nouvelle vie, un nouvel espoir qu'il s'apprêtait à anéantir.

Adrien ne m'a même pas regardée. Il s'est tourné vers Gisèle, sa voix s'adoucissant pour prendre ce murmure tendre qu'il ne réservait autrefois qu'à moi.

— Ne fais pas attention à elle. Elle a toujours été un peu théâtrale, elle s'emporte facilement.

Mon rôle. J'étais la pupille théâtrale et émotive. L'enfant dont il était responsable. C'était tout ce que j'étais pour lui en public.

Mais qu'en était-il des nuits ? Des promesses murmurées dans le noir, de la façon dont il me serrait comme si j'étais la seule chose qui comptait ? Tout cela n'était-il qu'un mensonge ?

Je me suis souvenue du jour où je l'ai rencontré pour la première fois. J'avais dix ans, une fillette timide cachée derrière la robe de ma mère. Il en avait dix-huit, un garçon hanté dont la famille avait été tuée dans une opération militaire qui avait mal tourné. Une opération que mon père avait commandée. Mes parents, rongés par la culpabilité et la compassion, l'avaient recueilli.

Il était silencieux et renfermé, mais moi, avec la gentillesse simple d'une enfant, j'avais réussi à briser ses barrières. Je lui apportais des goûters, je m'asseyais avec lui quand il fixait le vide pendant des heures. J'ai fait de lui un membre de notre famille.

Il est devenu mon protecteur. Quand des brutes à l'école m'ont coincée, il est apparu comme une ombre, sa seule présence suffisant à les faire fuir. Il m'aidait pour mes devoirs, il se souvenait que je détestais les oignons, il savait que j'aimais mon chocolat chaud avec un supplément de guimauve.

Mon béguin d'enfance s'est lentement, inévitablement, transformé en un amour profond et dévorant.

Quand mes parents ont déménagé à l'étranger, me laissant à sa charge, notre monde s'est réduit à nous deux. J'étais un papillon de nuit attiré par sa flamme sombre. Je le suivais partout, les yeux pleins d'une adoration que je ne pouvais cacher. Mais j'étais terrifiée à l'idée de me confesser, effrayée de briser la paix fragile de notre vie.

Alors, j'ai fait quelque chose de permanent. Le jour de mes dix-huit ans, je suis allée dans un salon de tatouage et j'ai fait encrer son nom, Adrien, en lettres délicates juste au-dessus de mon cœur. Une marque indélébile.

Il l'a découvert une nuit où je m'étais endormie sur le canapé. Je me suis réveillée sous ses doigts qui traçaient les lettres, ses yeux sombres et indéchiffrables. J'ai cru que son souffle coupé était un signe d'amour réciproque. Je n'avais pas compris cet éclat froid et calculateur que je vois maintenant avoir toujours été là.

Cette nuit-là fut la première de nombreuses autres. Pendant des années, nous avons mené une double vie. Le tuteur responsable et sa pupille discrète le jour, des amants passionnés et secrets la nuit.

Il ne m'a jamais laissée couvrir le tatouage, mais il m'a marquée d'autres manières, avec des bleus sur ma peau que je cachais sous des manches longues, les appelant les marques de sa passion.

— Quand est-ce que tu m'épouseras, Adrien ? demandais-je, ma voix fluette dans le silence qui suivait nos étreintes.

— Bientôt, Chloé. Quand le moment sera venu, disait-il toujours, sa voix un mensonge apaisant.

Mais le moment n'était jamais le bon. Ni après la première grossesse, ni la deuxième, ni la huitième. Il n'en a jamais parlé à mes parents. Il n'a jamais voulu de l'enfant.

Et maintenant, je savais pourquoi.

Il n'avait jamais eu l'intention de construire un avenir avec moi. Il voulait juste une remplaçante, un jouet, jusqu'à ce que son véritable amour soit prêt à prendre la place qui lui revenait de droit.

Mon estomac s'est de nouveau noué, une crampe violente et douloureuse. Je devais sortir de là. Je devais appeler mes parents.

J'ai tourné les talons et je suis partie sur des jambes tremblantes, ignorant Adrien qui m'appelait d'une voix sèche.

Dans la solitude de ma chambre, j'ai sorti mon téléphone.

— Maman ? Ma voix s'est brisée.

— Chloé, ma chérie ! Est-ce que tout va bien ? On parlait justement de toi. J'allais t'appeler pour te demander si tu avais enfin reconsidéré l'idée de venir vivre avec nous à Paris.

— Oui, j'ai reconsidéré, ai-je murmuré, ces mots comme une bouée de sauvetage. Je veux venir. Le plus tôt possible.

— Oh, ma chérie, c'est une merveilleuse nouvelle ! s'est exclamée ma mère, folle de joie. Que s'est-il passé ? Vous vous êtes disputés avec Adrien ?

— On a rompu, ai-je menti, les mots ayant un goût de cendre. C'est fini.

Je devais me protéger. Je devais protéger cette nouvelle vie.

J'ai raccroché et j'ai serré le rapport du médecin dans ma main. Le papier s'est froissé sous la force de ma poigne.

— C'est un miracle que vous soyez de nouveau enceinte, Mademoiselle David, avait dit le médecin, sa voix pleine d'un doux émerveillement. Après tant de traumatismes subis par votre corps, ce petit bout est un vrai combattant.

Un combattant. Mon bébé.

Ce n'était pas seulement son enfant. C'était mon enfant. Le seul morceau de famille qu'il me restait dans cette maison.

Je savais, avec une certitude terrifiante, ce qu'Adrien ferait s'il l'apprenait. Il me prendrait celui-ci aussi. Il le ferait avec les mêmes excuses froides et détachées, puis il épouserait Gisèle, et je me retrouverais avec rien d'autre qu'un ventre vide et un cœur en miettes.

Plus jamais.

Je ne le laisserais pas faire. Je m'enfuirais. Je me cacherais. Je protégerais mon enfant, mon combattant.

— Je t'aime, maman, ai-je murmuré dans la pièce silencieuse. On se voit bientôt.

J'allais faire les démarches pour le visa. J'allais faire mes valises. J'allais laisser Adrien de Valois et les ruines de ma vie derrière moi. J'allais tout recommencer. Pour mon bébé.

Je le devais.

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