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Couverture du roman Hors piste

Hors piste

À Avoriaz, un séjour pour célibataires bascule quand deux inconnus chutent dans une grotte isolée en pleine tempête. Face à une nature déchaînée, leur survie dépend de leur capacité à résister ensemble. Entre mensonges et confidences, ce huis clos intense explore leurs rapports sociaux et le lâcher-prise. Porté par des dialogues percutants, ce récit questionne nos conventions modernes alors que le froid et l'isolement poussent ces deux êtres dans leurs derniers retranchements.
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Chapitre 3

Le passage semblait être taillé dans la roche. Assez large pour laisser entrerun homme de corpulence moyenne, mais pas assez haut pour qu’il se tienne droit. Il avançait courbé, une main en avant tenant son téléphone, l’autre assurant sa stabilité sur le mur. Au bout d’une dizaine de mètres, le couloirs’élargit très nettement. Il put se redresser complètement et resta sans voix. La torche envoyait sa lumière sur une grotte de cinq à six mètres de long sur quatre de large. Le sol était fait de terre glacéeprès du couloir et deroche au fur et à mesure que l’on s’approchait du fond. Lesmurs et le plafondsemblaient taillés dans le granit, qui suintaient d’eau gelée par endroits. La caverne ressemblait à un énorme igloo fait de pierre et de glace

En s’avançant, il sentit un souffle de vent au bout de la grotte,le froid se faisait plus mordant. Après plusieurs enjambées, il s’arrêta net, poussé par son instinct. Le mur noir qu’il voyait au bout lui donna des sueurs froides. Il donnait à l’air libre, probablement à des centaines de mètres du solDespas supplémentaires l’auraient conduit à une chute vertigineuse. Il recula doucement, fit volte-face pour retrouver ses esprits et sortit de sa peur en entendant sa compagne de galère l’appeler. Il retourna précipitamment dans le couloir menant à la fosse.

— Vous n’allez pas croire ce que j’ai vu là-bas ! Je viens vous chercher, on va se mettre à l’abri.

— Attendez, j’ai une idée, c’est moi qui viens vers vous.

Toujours assise sur son matelas de neige, elle se coucha, parvint à rouler sur elle-même afin de ne pas trop s’enfoncer dans la poudreuse et rejoignit son compagnon d’infortune sans trop de mal. Il l’aida à se relever, elle claudiqua jusqu’au bord de la fosse et ils se dirigèrent vers le couloir.

— Allez-y d’abord, on ne peut passer que l’un après l’autre, lui intima-t-il. Appuyez-vous survos bâtons, je vous éclaire le chemin.

— Merci, c’est gentil. C’est dingue ce passage, on dirait qu’il a été taillé de la main de l’homme, incroyable ! C’est profond ?

— Une dizaine de mètres et on y est.

— Je vois que cela s’élargit, c’est quoi ? Une grotte ?

— Exactement ! Notre nouveau refuge, avec un toit sur la tête si je puis dire. Mais attention, ne vous aventurez pas trop loin, au bout il y a le vide. On doit être à flanc de montagne.

— Au moins, nous sommes protégés, nous pouvons attendre que le temps soit meilleur pour joindre les secours. Là ! Il y a un coin qui semble sec, observa-t-elle en se posant lourdement sur le sol.

— Je vais farfouiller pour essayer de trouver quelque chose.

Muni d’un bâton et de sa torche, il explora les recoins de leur tanièreet revint s’asseoir près d’elle, bredouille.

— Il y a quelques racines trop grosses pour les arracher et faire un feu, mais à part ça, rien d’intéressant. On va se serrer l’un contre l’autre pour se réchauffer.

— Vous avez un briquet ?

— Et un paquet de cigarettes aussi.

— Je ne fume pas, mais si cela peut réchauffer une infime partie de mon corps je prends. Ma combinaison est trempée, je sens qu’elle est en train de durcir comme de la glace.

— Tenez ! lança-t-il en lui proposantune cigarette. Au fait, je m’appelle Benoît et vous ? Il tendit sa main à la jeune femme qui la trouva à tâtons et la serra.

— Hélène, je suis ravie de vous rencontrer dans ces circonstances catastrophiques, répondit-elle avec ironie. Pouvez-vous me l’allumer s’il vous plaît, je ne sens plus mes doigts.

— Avec plaisir, vraiment.

Il souriait malicieusement en allumant la cigarette d’Hélène. Elle devinait un peu son expression,Benoît avait posé son téléphone allumé sur le sol, ce qui éclairait vaguement le lieu où ils se trouvaient. Elle fut prise d’une forte quinte de toux en avalant sa première bouffée.

— C’est vraiment dégueulasse, mais l’air chaud rentre dans ma gorge. Je la terminerai coûte que coûte.

— Courage, dit-il en riant. Comment va votre cheville ?

— C’est supportable. Je la sens gonfler dans ma chaussure, mais je suppose que le froid va annihiler la douleur, je ressensmême que mes os sont gelés.

— Ah oui quand même !

— Ne me dites pas que vous faites partie de ces hommes qui n’ont jamais froid !

— Désolé. D’habitude, je ne suis pas très sensible, mais là je dois dire que je suis transi

—Il y a une justice ! Vous savez maintenant ce que je subis en hiver, ajouta-t-elleavec une voix enjouée.

— On devrait se préparer à passer la nuit ici, le vent se lève de nouveau, le temps va s’écouler lentement jusqu’à l’aube.

Ils gardèrent leurs téléphones allumés pour se rassurer un peu,jouèrentà éclairer les alentours, assis sur le sol. Le spectacle que leur offraient leurs lampesétait totalement insolite. Le fond de la grotte laissait entrer le souffle du vent qui déplaçait en même temps des morceaux cotonneux de brouillard grisâtre sur fond de nuit noire. Benoît et Hélène, calés et serrés l’un à côté de l’autre, contemplaient la scène une cigarette à la main.

— Il y a un côté surréaliste dans cette atmosphère. On se sent coupé du monde, presque protégé. Regardez ! dit-elle en tendant sa torche vers l’entrée d’air. C’est comme si dehors il y avait un feu de cheminée et que la fumée sortait de l’âtre. C’est beau et inquiétant à la fois. Au fait, quelle heure est-il à votre avis ? Nous sommes hors du temps ici.

— Non ! dit-il en parcourant son téléphone. Sans regarder, vous diriez quoi ?

— 19 h, 20 h à peu près !

— Il est 17 h 45 ! Comment peut-il faire si sombre ? Lanuit est tombée depuis plusieurs heures on dirait !

— La tempête doit être féroce pour que le soleil ne perce plus à ce point.

— Cettenuit va être interminable. Bon ! Je vais récupérer les skis pour essayer de faire une isolation, dit Benoît soudainement.

— Une isolation ?

— Oui, je reviens.

Il se leva d’un coup et disparut dans le couloir, son smartphone toujours allumé, laissant Hélène seule avec sa propre lumière.

Après un temps qui lui parut une éternité, Benoît réapparut avec leurs deux paires de ski.

— Mais vous êtes couvert de neige, s’inquiéta-t-elle.

— C’est un enfer dans le trou. La neige est tellement tombée que j’ai dû creuser pour retrouver mes skis. Les vôtres étaient encore plantés et sortaient à peine de la surface. Si ça continue comme ça toute la nuit, lacrevassesera complètement bouchéeau matin et il ne restera aucune trace de notre chute. D’ici, on a pas du tout l’impression qu’il neige tant que ça !

— Nous trouverons une solution, vous l’avez dit vous-même. Demain, nous verrons peut-être le ciel au bout de la grotte et une façon de sortir de là. Gardons le moral. C’est quoi votre histoire d’isolation ?

— Je vais mettre les skis à l’envers et enfoncer les fixations dans la glace du sol, ça fera des planches isolantes pour s’allonger. Ce ne sera pas large, mais on se serrera pour tenir dessus.

— Si vous le dites ! Ellesemblait dubitative.

Après avoir trouvé l’endroit le plus abrité du ventavec la terre la plus friable, Benoît commença son installation. Muni d’un bâton, il tapa le sol de toutes ses forces pour creuser quatre trous de la taille des fixations, les uns à côté des autres, puis il enfonça les skis à l’envers en sautant dessus.

— En tous les cas, ça réchauffe ! Voilà notre plus belle literie, madame.

— Ho, mais c’est le dernier cri. Cela a l’air tellement douillet. Le bonheur est à portée de skis, rétorqua-t-elle en riant.

— On va dormir comme des bébés.

— C’est certain. Moi qui dors sur un matelas à mémoire de forme avec un surmatelas en plus, je sens l’extase m’envahir totalement.

— Merde ! Mon tél. est presque à plat, s’inquiéta Benoît. Il vous reste de la batterie ?

— 50 %. Je vais le fermer pour l’économiser, nous nous débrouillerons dans le noir.

— Je vous aide à vous installer, appuyez-vous sur moi. Voilà, posez-vous doucement. Bon ! J’éteins maintenant.

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