Couverture du roman Hors piste

Hors piste

9.5 / 10.0
Dans Hors piste, une romance d'aventure intense, deux inconnus luttent pour leur survie après une chute en montagne. Isolés par la tempête, ils doivent briser les conventions sociales et se confier pour s'en sortir. Découvrez ce web novel captivant parmi nos nouveaux fiction books.
Résumé de Hors piste
À Avoriaz, un séjour pour célibataires bascule quand deux inconnus chutent dans une grotte isolée en pleine tempête. Face à une nature déchaînée, leur survie dépend de leur capacité à résister ensemble. Entre mensonges et confidences, ce huis clos intense explore leurs rapports sociaux et le lâcher-prise. Porté par des dialogues percutants, ce récit questionne nos conventions modernes alors que le froid et l'isolement poussent ces deux êtres dans leurs derniers retranchements.
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Hors piste Chapitre 1

Premier jour

— Quelqu’un peut-il me passer le sel ?

— J’espère que le beau temps va tenir.

— Avez-vous bien dormi ?

— En montagne, onne sait jamais.

— Très bien merci. Le matelas est parfait.

— D’où venez-vous ?

— Voulez-vous un autre café ?

— J’ai mis trois pulls sous ma combinaison, c’est trop à votre avis ?

— Je prendrai du thé, merci.

— Vous êtes ravissante.

— Il arrive que le beau temps vire à l’orage.

— C’est gentil, merci. Depuis combien de temps êtes-vous seul dans la vie?

Les conversations allaient bon train dans la salle à manger de l’hôtel où les célibataires d’un club de rencontre prenaient leur petit-déjeuner.

Ils étaient arrivés la veille, tard dans la soirée pour la plupart, et se rencontraient autour du sacro-saint repas qui allait les faire tenir jusqu’au sandwich du déjeuner sur les pistes.

Les dernières tartines avalées, ils se levèrent dans un fracas de cantine scolaire, leurs chaussures de ski les rendaientmalhabiles et donnaientà leurs gestes des mouvements syncopés, dignes des robots des anciennes générations. Ils sortirent les uns après les autres dans l’air frais du matin, continuèrentà deviser gaiement, feignant une assurance propre à donner la meilleure impression d’eux-mêmes auprès deleurs prétendantes ou prétendants potentiels.

Le moniteur les attendait en bas des pistes, non loin de l’hôtel. Le visage buriné par le soleil et ceint d’un bandeau cache-oreilles protecteur, il avait l’allure des baroudeurs des pistes que rien n’intimide, pas même une horde de célibataires trentenaires surexcités.

La montagne étirait ses nuages vers le ciel lorsqu’il s’élança vers le téléphérique suivi par les douze skieurs du club de rencontre. À sept heures du matin, il faisait très froid. Une brume blanchâtre s’échappait parfois d’un stratus pour couvrir les rayons du soleil en donnant aux cimes un aspect cotonneux, mais l’horizon bleu azur laissait espérer une magnifique journée. Il avait beaucoup neigé ces derniers jours et les pistes fraîchement damées étaient prêtes à accueillir ses visiteurs en avance sur la saison hivernale. Cette année, l’or blanc tant attendu était tombé dès novembre dans les Hautes Alpes, laissant à la station d’Avoriaz l’espoir de se rattraper du fiasco financier de l’année précédente, où la neige n’avait recouvert le sol qu’en fin de saison.

Les skieurs confirmés, comme l’exigeait le dossier d’inscription de la semaine « Amitiés et plus encore à Avoriaz» étaient emmitouflés dans des combinaisons dernier cri et enveloppés de bonnets, écharpes et gants qui les cachaient presque complètement.Une température de -10 degrés les attendait au sommet, mais ils n’avaient pas oublié qu’ils étaient là pour se plaire mutuellementCertains exhibaient leurs lunettes de soleil sur la tête et certaines, des lèvres colorées et brillantes, peuprotocolaires.

Il était planifié que les candidats à l’amour s’échaufferaient la première matinée sur les pistes rouges puis déjeuneraient d’un sandwich à flanc de montagne pour terminer par un hors-piste balisé l’après-midi à la « Combe des marmottes »,où les skieurs pourraient s’ébattre en poudreuse sur cette voie réputée facile.

Le groupe, tassé dans le téléphérique,skis et bâtons en main, était prêt à en découdre. Chacun se jaugeait, se souriait parfois comme pour briser la glace, commençait des conversations anecdotiques sur l’hôtel où ils résidaient, sur le temps qu’il faisaitou sur lesdescentes à venir. Certains discutaientde leurs souvenirs de montagne comme s’ils se parlaient à eux-mêmespour se rassurer, d’autres les écoutaient en hochant la tête. Les discussions n’étaient pas personnelles, il s’agissait plutôt de prolonger le contact, de juger les voix, les regards, et la manière qu’avait chacun d’aborder la situation. Ils commençaient à se faire une opinion, à créer les premiers rapprochements.

Après être sagement descendu de la benne, le groupe chaussa les skis et entama tranquillement la descente à la suite du moniteur. Leur niveau étanttrèsbon, ils voulaient tousbriller par leur talent pour essayer de sortir du lot. Les hommes, surtout, exacerbaient leur tendance hâbleuse pour émerveiller les femmes et caracolaient comme de jeunes poulains, tantôt godillant, tantôt faisant des figures acrobatiques sur les bosses. Les intéressées souriaient, les imitaient parfois. La scène ressemblait plus à une fanfaronnade dans un poulailler qu’à une séance d’échauffement au sport d’hiver. Mais tous n’avaient pas la même attitude. Les plus réservés regardaient ces ébats de loin avec ce sourire ironique ou dédaigneux qui faisait dire qu’ils étaient loin de tels enfantillages, qu’ils n’avaient pas besoin de se rabaisser autant pour impressionner à leur tour.

De nombreuses pistes plus tard, la pause déjeuner fut accueillie sous les vivats. La montagne était presque déserte, peu de monde skiait hors saison et en pleine semaine. Le voile de coton qui cachait parfois le soleil s’était épaissi. L’astre disparaissait souvent sous d’opaques nuages très blancs, mais lorsque le vent les chassait, il rayonnaitde mille feux et laissait la montagne vibrer et s’allumer par le chatoiement des cristaux translucides agglutinés entre eux. Il faisait tour à tour un froid Sibérien ou une fraîcheurdouce. Le paysage était grandiose. C’était une marée argentéepiquée çà et là d’immenses sapins dressés comme des stalagmites de glace qui croulaient sous le poids de la neige posée sur leurs branches. On ne distinguait que la base du tronc quand les ramuresbasses s’étaient délestées de leur fardeau immaculé.

Le déjeuner traînait en longueur malgré le froid. Des petits groupes s’étaient déjà formés. Les rires fusaient, parfois un peu exagérés. Les plus enhardis essayaient toujours d’attirer l’attention des jolies femmes, les plus timides les regardaient à la dérobée, hésitant à se lancer dans les conversations. Ce n’était que le premier jour, mais certaines étaient déjà plus courtisées. Une blonde entourée de deux hommes parlait fort, une autre gloussait à chaque dire d’un célibataire avenant, une jolie brune regardait le ciel sous les regards encore frileuxde plusieurs membres du club.

Le temps s’était assombri, l’air glacial gagnait du terrain. La montagne totalement embrumée se nappait de coton épais. De part et d’autre, des vagues cendrées salissaient les nuages. Les skieurs se réunirent sous les injonctions du moniteur. Il fallait prendre le télésiège du Fornet qui menait à la piste de ski libre en poudreuse. Le vent s’était levé doucement comme une brise, et au lieu d’éloigner les nuées sombres, il les concentrait sur les cimeset laissait une purée de pois blanche sur ses flancs.

Deux par deux sur le remonte-pente, les skieurs sentaient le froid s’insérer dans leurs combinaisonsIls essayaient de se débarrasser de cette sensation en secouant leurs mains, mais la position assise ne facilitait pas les choses. À mi-parcours,le vent tourna d’un coupet fit mentir les prévisions météo.Il devint cinglant et balança des nappes glacées sur les silhouettes assises et totalement tétanisées par le froid. La brume noyait les skieurs transisd’humidité gelée, on voyait à peine les pylônes sur le tracé du télésiège qui continuait sa progression vers le sommet de la montagne.

Arrivé enfin au but, le groupe se rassembla tant bien que mal. Les premiers flocons commencèrent à tomber. Plus personne ne parlait. Les piquets délimitant la piste de ski libre étaient ensevelis de moitié, on apercevait l’extrémité de couleur rouge indiquant la difficulté de la piste balisée. Le vent s’était durci, le froid polaire anesthésiait les corps, il neigeait plus fort et des masses blanchess’accrochaient aux bonnets et aux combinaisons. Mais il fallait bien redescendre, impossible de s’abriter dans ce lieu dénué de restaurants d’altitude ou de sapins protecteurs. On ne voyait plus à trois mètres.

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Table des matières de Hors piste

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
Ch. 4
Ch. 5
Ch. 6
Ch. 7
Ch. 8
Ch. 9
Ch. 10
Ch. 11
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