
Hope of darkness
Chapitre 2
La jeune fille arrive devant chez elle : un bâtiment imposant doté d’un jardin entouré d’une clôture. Voyant la maison, elle respire un grand coup, comme si elle allait passer un examen. Elle s’avance vers la porte, longeant la poubelle, saisit la poignée, avec la volupté d’un chat, tourne le bouton de porte… Séléna est enfermée dehors. À l’intérieur de la maison, elle entend clairement sa famille qui, comme d’habitude, a complètement oublié son existence. À l’écoute des sons, son frère, sa sœur, sa mère et son père sont en train de regarder la télévision et s’extasient devant leur émission. N’ayant pas le droit à un double des clés, elle pourrait frapper à la porte mais elle se doute de ce qu’il se passera si elle les interrompt dans leur « repas familial » : elle va se faire disputer par sa mère pour les avoir interrompus, son père va certainement la gifler, son frère va probablement la traiter de tous les noms et sa sœur risque fort de s’amuser à lui balancer sa nourriture dessus. Étant donné la situation, elle va devoir passer par le jardin : la jeune fille a prévu un moyen de passer la clôture depuis bien longtemps sachant que sa famille a une vision bien particulière de Séléna. De par ses yeux hétéros chromiques, la jeune fille ne leur semble pas (normale), d’ailleurs son frère et sa sœur la surnomment « la mutante », mais sa personnalité, ses manières et sa façon de penser vont à l’encontre des convictions de sa famille. Son père est le patron d’un casino, casino dont il n’hésite pas à truquer les jeux pour faire perdre plus d’argent à ses clients. Malheureusement, la moindre accusation à son encontre a toujours fait chou blanc… grâce à sa femme, qui est aussi son procureur : une très bonne avocate, toutefois très vénale, n’acceptant de défendre que les plus fortunés même s’ils ont du sang sur les mains. Son frère, quant à lui, est un véritable coureur de jupons, draguant toutes les minettes qu’il croise en leur proposant un petit verre d’alcool jusqu’à ce qu’elles soient tellement ivres qu’elles ne se rappellent même plus leur nuit. Il est bien décidé à reprendre le business que son père compte lui léguer. Sa sœur est une goinfre, qui passe son temps à se bâfrer : elle est donc en surpoids mais se croit toujours aussi mince et se prend pour un mannequin. Et elle pense que perdre du poids est aussi facile qu’en prendre. La jeune fille saisit la poubelle, la place à côté de la palissade, grimpe sur l’objet métallique et passe au-dessus de la barrière. Elle ouvre ensuite la porte du jardin et rentre discrètement dans la maison, avant de monter tout aussi silencieusement dans sa chambre. Une fois rentrée, elle pose son sac et en sort un sandwich qu’elle avait pris soin de préparer au cas où elle se retrouve dans cette situation. C’est ainsi que se déroule sa vie depuis toujours. La jeune fille croque dans son repas tandis que des larmes coulent sur son visage, seule dans cette famille qui pourtant l’a vu naître.
***
Le soleil perce à travers la chambre réveillant la jeune fille. Elle regarde aux alentours : cette petite pièce tout juste assez grande pour contenir un lit, un bureau et une étagère… ce n’est même pas une chambre… juste un débarras aménagé pour elle. Dépitée, elle observe son étagère : elle remarque un livre manquant. Sa famille se fiche complètement de sa vie, en particulier de ses bouquins… donc la disparition d’un livre lui paraît étrange. Toutefois, elle se doute de la réaction de sa famille si jamais elle leur en parle : ou ils en auront rien à faire, ou ils s’énerveront qu’elle gaspille de l’argent pour si peu. Bien que curieuse, Séléna ne veut pas rester dans cette maison qu’elle hait de tout son cœur : elle décide donc d’aller à la bibliothèque, comme à son habitude. Elle prépare donc son sac qu’elle pose au côté de son lit, le temps de prendre les livres qu’elle a empruntés quand un bruit la surprend : elle se retourne et remarque juste que son sac est tombé. Rien d’inquiétant.
***
Séléna arrive à la bibliothèque afin de ranger dans les rayons des livres qu’elle a empruntés… toutefois, elle n’a pas choisi des bouquins qui sont dans les mêmes étagères. Elle finit par trouver un des emplacements où replacer un de ses emprunts. Elle fouille dans son sac à la recherche du bon livre… mais elle ne le trouve pas. Elle se revoit très clairement mettre le livre dans son sac mais à la place, elle trouve le bouquin qui a disparu de son étagère ce matin. N’ayant d’autre choix que faire avec, la jeune fille part dans un autre rayon mais il lui manque encore un livre. Cette fois, elle ferme son sac et saisit fermement la fermeture éclair : si quelqu’un tente d’y mettre la main, elle le sentira sûrement. Malheureusement, son plan se solde par un échec : il ne reste plus que le livre réapparu. La jeune fille vide son sac mais hormis les livres, rien n’a été volé… en plus, le sac ne paraît ni troué ou abîmé… Elle a affaire à un bien étrange mystère.
***
La jeune fille passe la journée à la bibliothèque, comme à son habitude, sauf que cette fois, elle n’a pas pris de livre à emporter, vu qu’elle ne peut pas rendre ceux qu’elle a empruntés. Elle rentre chez elle, dans une maison vide, par chance : les raisons de l’absence des membres de sa famille ne lui paraissent que trop évidentes et pas vraiment morales. Elle a appris à se débrouiller seule ; donc se nourrir et cuisiner n’est donc pas un problème, mais elle doit faire en sorte qu’ils n’apprennent rien : ils considéraient qu’elle devrait leur faire encore plus de boulot. La jeune fille pose son sac sur la table, juste à côté de la corbeille de fruits et se dirige vers la cuisine pour chercher des couverts qu’elle ramène vers la table quand un détail la frappe : les fruits sur la table sont parcourus de motifs en spirale… bien que cela puisse être une simple décoration, il s’agit bien de vrais fruits mais ce n’est le genre de sa famille de perdre son temps à décorer eux-mêmes quoique ce soit. La jeune fille se dit juste qu’ils ont acheté un truc à la mode donc elle retourne dans la cuisine… mais une fois de retour, elle constate que tous les fruits ont disparu…
***
Séléna est en pleine réflexion : entre les livres et les fruits qui disparaissent, elle ne sait plus où donner de la tête. Couchée sur son lit, ça la travaille. Alors qu’elle énumère toutes sortes de possibilités, elle entend soudainement hurler dans la pièce en bas. Elle sursaute alors de terreur : à coup sûr, ses parents sont rentrés et ont constaté l’absence de la corbeille de fruits. Évidemment, celle qui va trinquer, c’est bien sûr Séléna. Selon eux, elle mange trop pour quelqu’un qui veut aussi inutile. La jeune fille, de peur, saute de son lit et se cache dessous, priant pour qu’ils n’aient toujours pas l’idée de regarder sous le meuble. Cachée dans la pénombre, elle entend la porte de sa chambre claquer et son père vociférant contre Séléna. Elle l’entend maugréant sur elle, la rabaissant, indigne de lui. Alors que les secondes semblent durer des heures, la jeune fille tend l’oreille, aux aguets sur les déplacements de son père. Toutefois, autre chose va attirer son attention : une faible lueur rouge va briller au coin de son œil. Elle tourne la tête mais la lueur semble avoir disparu. Cela dit, elle est sûre de ce qu’elle a vu : elle plisse les yeux pour se concentrer sur l’emplacement… quand deux yeux rouges apparaissent devant elle. Poussée par la surprise, elle lâche un cri de surprise, ce qui ne manque pas d’alerter son père… et de trahir sa cachette. Découverte, Séléna se retrouve traînée par les cheveux.
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