
Ghosts - Tome 1 : La sélection
Chapitre 2
Le commandant hocha la tête avant de me répondre :
— En grande partie oui. Cette puce, dites-vous que c’est votre carte d’identité, sans ça vous ne pourrez rentrer sur aucun site de L’Agence. Aujourd’hui, je vais vous montrer d’autres de ses fonctionnalités.
Il a relevé sa manche et a appuyé au creux de sa main droite. On a commencé à entendre le mécanisme de la puce se déclencher, la petite sphère s’est illuminée et un long faisceau lumineux bleuet est apparu. Mes camarades se sont extasiés, nos regards étaient désormais tous braqués sur la main du commandant. On l’a vu parcourir plusieurs programmes, et soudain, le faisceau s’est agrandi il planait maintenant au-dessus de nous. On s’est tous levé pour voir ce que c’était :
— Une carte ! s’exclamèrent-ils tous.
C’était une carte de l’îlot en détail, en regardant plus précisément, on pouvait même voir les enfants s’amuser dans le jardin, et on se voyait nous-mêmes en train de regarder la carte. Pour tout vous dire, je connaissais déjà cette fonctionnalité de la puce, alors je me suis contenté de faire semblant d’être étonné.
— Cette carte représente l’îlot et tout ce qui s’y trouve, reprit le commandant, elle peut aussi vous donner des informations sur les bâtiments et la position de chaque personne à tout moment.
Je pense que le cours a basculé au moment où l’un des garçons a demandé si l’on pouvait faire apparaître autre chose.
Lorsque le cours semblait toucher à sa fin, le commandant nous a dit :
— Cette année, c’est votre année, préparez-vous parce que la sélection approche à grands pas.
La sélection, c’était l’aboutissement de notre formation sur l’îlot, le rêve d’une nouvelle vie. J’ai lu l’excitement sur le visage de mes camarades, j’éprouvais la même sensation qu’eux, nous attendions tous ce jour avec impatience. La sélection avait pour but de déterminer quelle serait notre place dans la société de L’Agence. En tant qu’agent combattant, stratège, marchand, ouvrier, bref il y avait plein de possibilités qui s’offraient à nous.
Je ne rêvais pas spécialement intégrer une catégorie en particulier, tout ce dont j’avais envie c’était de faire finalement partie de cette société, en devenir un membre à part entière.
Le cours terminé, nous nous sommes empressés de nous diriger vers la cafétéria. En me relevant, Léa Thompson me bouscula avant de me dire :
— Bouge-toi la tanche.
Généralement, je n’accordais pas la moindre importance à ce genre de remarque mais lorsqu’il s’agissait de cette fille, ça m’irritait au plus haut point.
Elle était en quelque sorte ma pire ennemie. Ça sonne un peu enfantin, mais à l’époque, pour moi c’était quelque chose de sérieux.
Elle avait les cheveux bruns, tirés en arrière, les yeux vert foncé et quatre grains de beauté sur chacune de ses joues. Elle était toujours bonne à faire des coups bas avec ses copines qui la suivaient partout.
Au cours du désamorçage de la bombe, notre professeur avait mis à notre disposition des bombes à désamorcer. Ce n’était qu’un entraînement mais ces bombes étaient quand même chargées d’un minimum d’explosifs. Léa était malheureusement ma voisine de classe. Cela faisait déjà dix minutes que j’avais terminé et l’ennui finit par me gagner ; je me suis levé pour aller prendre une feuille pour dessiner, afin de passer le temps.
Je n’aurais jamais dû me lever. Quand je suis revenu, Léa s’était comme par hasard levée, s’éloignant le plus loin possible de notre table.
Le professeur n’avait même pas eu le temps de lui demander ce qu’elle faisait. Tout m’avait explosé à la tête. J’ai eu besoin de quatorze points de suture, j’en garde une cicatrice au coin de l’œil gauche.
Alors, quand Léa m’a bousculé ce jour-là, j’ai mordu mes lèvres jusqu’à les faire saigner pour m’empêcher de répondre bêtement à sa provocation. Jay qui avait vu la scène m’aida à me relever avant de me dire :
— Quel poison cette fille, tu aurais dû te défendre.
— Laisse tomber Jay, et puis ce n’est pas vraiment Léa qui me préoccupe en ce moment. T’as entendu ce qu’a dit Fruglass ?
— Ouais t’as raison, la sélection avant tout. Tu t’en rends compte ? On y sera enfin !
— Ouais c’est vrai, lui répondis-je songeur.
On a suivi le reste de la classe qui se dirigeait vers la cafétéria. Il y avait à peu près 50 enfants sur l’îlot pour 12 adultes, alors, à la cafétéria c’était un peu le bazar. Pour sûr, les plus petits ne mangeaient pas avec nous, il y avait un mur qui séparait la cafétéria en deux. Malgré tout, il était toujours possible d’entendre les cris provoqués par des batailles de nourritures. Je n’osais même pas imaginer le désarroi des agents en charge de l’autre côté.
Les agents qui se trouvaient de notre côté nous obligeaient à nous asseoir par classe. Il y avait deux classes de dernières années et donc deux tables de huit placées face à face. Je ne savais pas si le but des agents était de nous mettre en compétition avec eux, si c’était le cas, ils avaient bien réussi leur coup. À l’heure du repas, des regards noirs fusaient sans aucune raison, Jay et moi nous étions un peu au milieu de tout ça parce que nous étions devenus amis avec l’un des garçons de l’autre classe.
Il s’appelait Newton Edward, il avait les cheveux châtains de longue taille qui lui arrivaient jusqu’au cou et des yeux de la même couleur. Il était plus grand que tout le monde, Newton était hyperactif, alors on le voyait souvent faire du sport pour se défouler. Il restait très peu souvent en place. Il nous a même confié que dormir le rendait nerveux parce qu’il ne devait plus bouger. Newton avait un an de plus que nous, il était arrivé tardivement sur l’îlot alors les agents ont préféré le mettre avec nous plutôt qu’avec les dernières années de l’époque. On peut dire qu’il s’est rapidement intégré au groupe.
Quoi qu’il en soit, notre amitié n’était pas très bien vue par nos camarades de classe. Personnellement, je trouvais cette rivalité inutile mais les autres ne le voyaient pas du même œil.
Avec Jay, nous avons déposé nos plateaux en fond de table, Newton en a fait de même pour pouvoir nous parler. Il a basculé sa chaise, se penchant vers nous avant de dire :
— Alors les gars, ça tient toujours pour ce soir ?
— Je ne pense pas qu’on pourra y aller cette nuit, lui répondis-je, la directrice m’a convoqué dans son bureau.
— Tu penses qu’elle sait ? me demanda Jay.
— Je ne sais pas, repris-je, mais si elle me confisque la clé je devrais la récupérer la nuit, alors ça dépendra de ce qu’elle me dira.
Avec Newton et Jay, nous avions découvert une salle secrète située dans le bâtiment des filles. Je l’avais remarquée en scrutant les bâtiments plus profondément sur ma carte. L’accès au bâtiment des filles nous était interdit alors on devait s’y rendre la nuit. Nous ne pouvions pas passer par la porte d’entrée car il fallait apposer sa puce sur un scanner et l’ordinateur nous aurait de suite reconnus.
Heureusement, il y avait une porte à l’intérieur de la bibliothèque qui menait droit au bâtiment de filles. Grâce à la carte, on ne s’était jamais fait prendre, nous savions toujours qui était où et quand.
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