
Ghosts - Tome 1 : La sélection
Chapitre 3
La salle était remplie de gadgets inutilisés ou d’expériences ratées. C’étaient les seuls moments de la semaine ou l’on pouvait clairement parler avec Newton.
Je ne saurais pas vous dire si la nourriture de la cantine était bonne ou pas. Je n’avais jamais rien mangé d’autre que la nourriture des agents alors je ne pouvais pas vraiment savoir. Quoi qu’il en soit, j’ai englouti mon repas pour ne pas arriver en retard à ma convocation. La directrice était encore plus effrayante lorsqu’elle s’énervait.
La directrice était la cheffe de l’îlot. On la voyait très rarement, elle était presque toujours cloîtrée dans son bureau qui était un petit bâtiment qui faisait face aux quatre autres et à la forêt. Je n’ai jamais entendu son prénom, d’ailleurs personne ne l’appelait par son prénom, aussi, je n’ai jamais eu l’occasion de voir son visage. Il était tout le temps caché par un horrible masque rouge. Il était aussi recommandé de ne jamais lui en parler. Elle avait les cheveux bruns et il me semble que ces yeux étaient verts. Lorsqu’elle rentrait quelque part, elle dégageait une certaine prestance. C’était l’autorité ultime de l’îlot.
« J’espère qu’elle ne va pas nous interdire l’accès à la salle », me dis-je.
J’ai traversé le jardin à toute allure, je n’étais pas vraiment en retard mais je préférais arriver un peu en avance. Ça allait être la première fois que je me rendais dans le bureau de la directrice. Je me suis présenté devant le petit bâtiment rectangulaire, la caméra située au-dessus de la porte principale m’a fixé et la voix de la directrice retentit :
— Ayden, tu es en avance, entre mon enfant.
La porte coulissante s’est ouverte en émettant un petit grincement et j’ai entamé le couloir qui menait au bureau. J’étais bien le seul à qui la directrice s’adressait comme ça, à cause de son attitude, tout le monde pensait que j’étais son chouchou.
Sur les parois du couloir, il y avait des tableaux de différentes personnes. Il y était marqué leurs noms et prénoms et une date qui je suppose était leur date de mort. J’en ai déduit qu’il s’agissait des anciens directeurs de l’îlot.
J’ai toqué rapidement à la porte avant de rentrer. La directrice était debout contemplant la forêt à travers sa large fenêtre. Elle ne s’est même pas retournée, elle m’a dit :
— Comment vas-tu Ayden ?
— Très bien madame, répondis-je.
La directrice soupira, elle se retourna enfin et alla s’asseoir sur sa chaise. J’ai balayé la salle du regard, il y avait le bureau où la directrice travaillait et dans la deuxième partie de la salle se trouvait un salon équipé d’une cheminée électrique. En levant la tête, j’ai remarqué le tableau qui représentait la directrice. J’ai noté que le petit encadré où l’on mettait la date de mort était lui vide.
— Ordinateur, éteins la cheminée, dit-elle d’un ton las.
La cheminée s’est éteinte automatiquement, la directrice guetta la moindre réaction sur mon visage avant de reprendre en disant :
— Tu sais le faire toi aussi non ?
— Moi ? répondis-je bêtement, certainement pas madame. Le commandant Fruglass vient juste de nous apprendre quelques commandes de la puce.
— Tu n’as pas besoin de jouer les ignorants devant moi, rallume la cheminée, m’ordonna-t-elle.
J’ai d’abord hésité, mais lorsque j’ai vu la mine sérieuse sur son visage je me suis exécuté :
— Ordinateur, allume la cheminée.
Les flammes sont revenues, la directrice m’a finalement souri, j’ai essayé de sourire aussi mais mon sourire ressemblait plus à une grimace qu’autre chose.
— Eh bien, si tu arrives à utiliser l’Ordinateur c’est que tu as trouvé la salle.
— Je peux tout vous expliquer, en fait…
— Je ne t’ai pas fait venir pour ça, ne t’inquiète pas.
— Ah d’accord, mais je n’étais pas rassuré pour autant, mais pourquoi alors ?
— J’aimerais que tu me prêtes la bague que tu portes.
Je l’ai longtemps regardé, je savais que sa requête était un ordre maquillé. Mais pourquoi avait-elle besoin d’une vulgaire bague en bois ?
Je me suis vite rappelé que l’essentiel était qu’elle ne me prive pas de la salle alors j’ai cédé à sa requête. Je ne la retirai jamais donc la bague a été plutôt dure à enlever. Lorsque j’ai finalement réussi, j’ai pu voir une marque rouge tout autour de mon index. Je la lui ai tendu mais j’ai inconsciemment ramené mon bras vers moi. La directrice, surprise, me dit :
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Pour que vous soyez intéressée par une vulgaire bague en bois, c’est qu’elle doit être spéciale. Qu’est-ce que vous allez faire avec ?
— Ça ne te regarde pas gamin, s’impatienta la directrice, allez donne-la-moi, je te promets de te la rendre.
Je la lui ai donné à contrecœur puis je lui ai demandé si elle avait autre chose à me dire. Elle m’a répondu que non alors je me suis empressé de sortir.
Lorsque que je suis sorti du bâtiment le ciel c’était assombri les enfants avaient tous rejoint leurs bâtiments respectifs. Rares étaient ceux qui comme moi allaient à la bibliothèque à cette heure-là. Rares étaient ceux qui allaient à la bibliothèque tout court. J’ai de nouveau parcouru le jardin et son herbe mouillée par la pluie avant de me retrouver devant la bibliothèque. La porte était ouverte, comme toujours, et à l’intérieur il y avait Miss Prichet pour m’accueillir.
C’était la bibliothécaire, elle était plutôt jeune, bien que je n’aie jamais osé lui demander son âge. Ses journées avaient l’air bien dur vu qu’elle n’avait pratiquement pas de visiteurs. Mais à chaque fois que je rentrais, son visage s’égayait, ces rencontres avec Miss Prichet étaient devenues un rendez-vous à ne pas louper dans mon maigre emploi du temps.
Miss Prichet portait de grandes lunettes rondes qui cachaient ses yeux marron. Elle avait la peau mate et son visage était souvent masqué par ses longues tresses noires qu’elle devait rabattre sur son épaule pour mieux voir. Sur l’îlot, on parlait principalement français, mais il nous arrivait aussi de parler en anglais. Je crois que j’ai appris plus vite que tout le monde à force d’écouter Miss Prichet parler avec son accent britannique.
— Ah, Ayden, tu es en retard ! me dit-elle dit d’un ton sévère.
— Désolé Miss Prichet, j’avais un entretien avec la directrice.
— Ce n’est pas grave, approche et regarde ce que je t’ai déniché, continua-t-elle en m’incitant à venir d’un geste du bras.
Elle tenait dans ses mains une sorte de parchemin, l’objet avait l’air très ancien mais aussi très précieux. Miss Prichet le tenait avec délicatesse, comme une relique inestimable.
En l’examinant de plus près, je n’arrivais toujours pas à estimer son ancienneté. Ce papier ne ressemblait à aucun autre, j’ai cherché dans ma tête à quelle période de l’histoire il avait bien pu appartenir. Le premier papier de l’histoire ? Non, j’avais lu récemment quel le premier type de papier avait été inventé par les Chinois en 150 av. J.-C. « Je suis trop bête ! » me suis-je dit. Les premiers manuscrits n’avaient pu être inventés que par L’Agence. J’en oublierai presque que le peuple du dessus avait au moins une centaine de siècles de retard.
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