
Françoise: La Revanche D'une Épouse Bafouée
Chapitre 2
Françoise Monier POV:
Après ce jour, Danitza Rochon est devenue de plus en plus audacieuse. Elle pensait que j'étais aveugle, que ma gentillesse était de la faiblesse. Elle me considérait comme une femme naïve, facile à manipuler. Ses visites ne se limitaient plus à des "hasards" ou des "urgences" concernant Gaspard.
Elle venait sous des prétextes de plus en plus minces. Un jour, c'était pour "apprendre une nouvelle recette" avec la cuisinière, mais elle passait la majeure partie de son temps à se pavaner près de Cléophas. Une autre fois, c'était pour m'offrir des "herbes rares" pour mes migraines, mais ses yeux scrutaient chaque recoin de la maison, évaluant la richesse, la grandeur. Puis, elle a commencé à demander de l'aide pour ses "projets d'entreprise", des fonds pour des "opportunités prometteuses".
Je savais exactement ce qu'elle faisait. Je voyais ses jeux, ses calculs. Je savais qu'elle se voyait déjà à ma place. Je n'ai jamais refusé. Jamais. J'accueillais chacun de ses caprices avec un sourire poli, une hospitalité impeccable.
Cléophas était ravi. Il aimait cette situation, la commodité d'avoir sa maîtresse et son fils biologique sous mon toit, sous mon œil complice. Il ne réalisait pas que mon silence n'était pas de l'ignorance, mais une lente et méthodique acceptation. Il flirtait ouvertement avec elle devant moi, des regards appuyés, des rires partagés, des gestes intimes. Le dégoût me nouait l'estomac, mais je le masquais derrière mon masque impassible.
L'attachement de Gaspard pour Danitza s'est renforcé. Il l'appelait "ma Danitza", un titre qu'il ne m'avait jamais donné. Sa loyauté m'avait été volée, sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Mais j'avais un plan. Un plan qui leur ferait payer cher chaque rire, chaque caresse, chaque regard volé.
Cette situation a duré jusqu'au jour du test de leadership de Gaspard. Un rituel de passage crucial pour tous les héritiers de notre lignée, qui devait déterminer sa capacité à diriger le Groupe.
Ce matin-là, Danitza était déjà là, se mordant les ongles, attendant les résultats avec une anxiété que je n'avais pas même ressentie le jour de ma propre évaluation.
Quand les résultats sont tombés, ils étaient lamentables. Gaspard avait à peine réussi le minimum requis en logique et stratégie, mais avait échoué catégoriquement aux tests d'empathie et de vision à long terme.
Cléophas a explosé. "C'est inacceptable ! Comment est-ce possible ? Un héritier Verlaine ne peut pas avoir des résultats aussi médiocres !"
Gaspard, lui, s'est contenté de hausser les épaules, un air d'indifférence hautain sur son jeune visage. "Je n'ai pas besoin de ces tests stupides. Je suis un Verlaine. Le Groupe est à moi de toute façon."
Cléophas m'a jeté un regard furieux. "C'est ta faute, Françoise ! Tu l'as trop gâté ! Tu l'as couvé ! Regarde le résultat ! Comment va-t-il gérer ton empire, ton travail acharné, ton génie, s'il est aussi incompétent ?" Il a marqué une pause, son regard glissant vers Danitza, puis revenant vers moi. "Tu as porté le poids de cette responsabilité seule pendant des années. Comment pourrais-je te demander de continuer si notre propre fils n'est pas à la hauteur de l'héritage que tu as bâti ?"
Danitza est intervenue, son visage grave, feignant l'inquiétude. "Gaspard, mon chéri, tu dois comprendre. Ta mère a sacrifié tout pour ce Groupe. Tu dois te montrer digne de son héritage."
J'ai brisé le silence, ma voix calme et posée. "Peut-être a-t-il besoin d'une formation plus rigoureuse. Loin de la maison, dans un environnement où il pourra vraiment apprendre ce que signifie la responsabilité. Un entraînement intensif avec nos alliés des Territoires de l'Est."
Les yeux de Cléophas se sont illuminés. "C'est une idée brillante, Françoise ! Une excellente idée ! C'est exactement ce dont il a besoin ! De la discipline, de la rigueur !"
J'ai posé un regard doux sur Gaspard, un sourire maternel sur mes lèvres. "Gaspard, mon amour, si tu acceptes, je te promets que tout ce que j'ai, tout ce que j'ai construit, te reviendra. Tu seras le seul héritier. Le Groupe Verlaine sera entièrement à toi."
Leurs yeux, ceux de Cléophas, de Danitza, et même de Gaspard, ont brillé d'une avidité à peine dissimulée. Ils ont souri. Ils ont cru que j'étais vaincue, que j'abandonnais enfin.
J'ai souri avec eux. Idiots. Naïfs. Vous ne comprenez pas que je vous tends la corde avec laquelle vous allez vous pendre.
Ne les sous-estime pas, Françoise, a murmuré ma louve intérieure, sa voix pleine de colère contenue. Leur avidité est une maladie.
Je ne les sous-estime pas, ai-je répondu. Je les connais mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes. Leur cupidité est ma plus grande alliée.
Cléophas a posé une main sur mon épaule, un geste de fausse gratitude. "Françoise, tu es vraiment trop généreuse. Notre héritier aura tout ce qu'il mérite grâce à toi."
Danitza a ajouté, sa voix pleine de fausse déférence. "Madame Monier est d'une noblesse rare. Gaspard, tu as une mère formidable."
J'ai pensé à l'entraînement qui attendait Gaspard, loin de nous, dans les Territoires de l'Est. Un entraînement qui n'était pas destiné à faire de lui un leader, mais à exposer son incompétence à la vue de tous. Un entraînement qui me donnerait le temps de consolider mes propres alliances, de tisser ma toile.
Gaspard m'a serrée dans ses bras. "Merci, Maman ! Je serai le meilleur ! Je te le promets !"
Il ne sait pas qu'il marche vers son propre abîme, a gémi la louve.
J'ai caressé ses cheveux, mon sourire figé. Laisse-le croire. Plus la chute sera haute, plus elle sera douloureuse.
Les jours suivants, Cléophas et Danitza se sont affairés à préparer les affaires de Gaspard, agissant comme le couple parent parfait, débattant des vêtements, des livres, des fournitures. Je les ai observés de loin, mon regard glacial. Pendant ce temps, j'ai signé les documents, les autorisations, les transferts. Chaque signature était un nœud de plus sur la corde, chaque paraphe une pièce de plus dans le piège que je leur tendais.
Chaque document que je signe est un anneau de plus dans le lacet que je tisse pour eux, ai-je pensé, ma plume glissant sur le parchemin.
Le soir avant son départ, nous avons eu un dîner d'adieu. Cléophas, Danitza, Gaspard et moi. Ils ont levé leurs verres, célébrant l'avenir radieux de Gaspard, leur future fortune.
J'ai porté mon verre à mes lèvres, mon visage empreint d'une sérénité maternelle. Ils sont aveuglés par leur avidité, leur arrogance. Ils pensent que je leur offre la couronne, mais ils s'apprêtent à s'asseoir sur un trône de ronces.
Ils ont mis le roi en échec, ai-je ajouté silencieusement, mais ils ne savent pas que je suis la reine qui va les mater.
Le jour du départ est arrivé.
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